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JUSQU’A LA FOLIE-Liaison fatale

En 2009, un nouveau talent du thriller américain nous était révélé. Son nom: Jesse Kellerman. Son crime (parfait): Les Visages. Un bouquin incroyable entre tragédie familiale, rédemption et histoire de serial-killer. Dans l’univers codifié du suspense littéraire, Kellerman apportait du sang neuf. Il est, avec R.J Ellory (un génie), l’un des nouveaux écrivains de polar sur lesquels il va falloir compter. On attendait la suite avec impatience.

La suite? Jusqu’à la Folie (Trouble en anglais). Mais, et c’est là la première surprise, ce roman a été publié 2 ans avant Les Visages. Il a fallu le succès de ce dernier pour que les éditeurs français daignent traduire le reste de son oeuvre. Car Kellerman est un dangereux récidiviste. Il avait déjà frappé. 

L’histoire est celle d’un jeune étudiant en médecine, Jonah. Il vit et poursuit des études de médecine à New-York. Il est en stage en chirurgie gastrique. Il est un peu cynique et développe une sorte de calme et de froideur pour endurer ce stage assez éprouvant. Une nuit, il sauve une femme d’une agression, la jolie Eve. Il tue son agresseur, en légitime défense. Eve lui est trés reconnaissante. Ils se reverront, tomberont amoureux…et l’enfer va s’abattre dans la vie de Jonah.

Que ceux qui s’attendent à une histoire similaire à celle des Visages, que ceux qui s’attendent à une histoire avec des rebondissements toutes les pages, que ceux qui s’attendent à croiser un tueur en série, tous ceux-là, passaient votre chemin. Parce que Kellerman nous propose autre chose, preuve de la diversité de son talent: une plongée dans la folie et plus exactement l’étude d’un cas pathologique. Car Jonah, en sauvant Eve, est tombé sur la mauvaise personne. Une cinglée, une vraie.

Et Kellerman va prendre son temps pour faire monter la sauce. Il nous décrit la vie de Jonah avec tellement de justesse qu’on croirait que c’est de lui-même qu’il parle. Jonah, prototype d’une jeunesse cynique, qui s’amendera tout au long du récit et deviendra plus humain au terme de cette histoire. A moins qu’il ne soit trop tard pour lui…Ce qui ont lu Les Visages, verront là une ressemblance entre les héros de ses deux romans (même détachement apparent et même humanisation progressive). On s’attache à Jonah. On lui découvre des fêlures. Sa relation avec son ancienne petite amie Hannah, par exemple. Un personnage et une situation bouleversants. Tous les personnages secondaires sont admirablement décrits et crédibles (le père d’Hannah, la soeur de Jonah, son avocat, son colocataire Lance qui introduit un humour bienvenue). Le style de Kellerman est à la fois alerte, précis, minutieux, parfois lyrique mais toujours juste. On prend le temps de découvrir Jonah et son entourage. Et puis tout se dérègle, progressivement.

La violence n’est pas éludée. Kellerman utilise le gore et sait nous retourner l’estomac. La description du service de chirurgie et son mode de fonctionnement est à la fois repoussante et fascinante. On espère une chose: ne jamais avoir besoin d’y aller. Et toujours ce sens du détail qui fait mouche: le personnel soignant qui se moque de l’anatomie des patients endormis qui passent au bloc, par exemple.

Et puis il y a le service pédopsychiatrie où Jonah poursuivra son stage. Au contact d’enfants malheureux, il fera preuve de plus d’empathie, même si ces rapports avec Hannah abondaient déjà dans ce sens, mais peut-être plus par obligation morale de la part de Jonah. Mais Eve est là et va piétiner sa vie.

Ah, Eve! Je ne dirai rien de plus, je vous laisse faire connaissance avec elle. Mais sa psychose peut aller loin et Kellerman, habile, sait doser les effets à son sujet. On a l’impression, au début, qu’elle est gentiment toquée. C’est bien pire. Et l’angoisse monte progressivement pour Jonah et pour le lecteur. Kellerman frappe toujours quand on ne l’attend pas. Eve est un personnage qu’on n’oublie pas. Un personnage qui confond amour et destruction, inadapté à notre monde, ou alors c’est notre monde qui est inadapté à elle. On pourrait presque l’aimer. C’est un personnage fascinant mais dangereux…pour elle et les autres.

En tout cas, voilà un formidable roman. De part son style, ses personnages, sa description des étas d’âme et de la folie, il rappelle furieusement la façon d’écrire de Stephen King. Vivement le prochain crime littéraire de Jesse Kellerman! Note: 17/20

Jusqu’à la folie de Jesse Kellerman, éditions des Deux Terres, octobre 2011 

16 mars, 2012 à 16 h 07 min


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