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TWIXT-Fenêtre secrète

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V (Elle Fanning) et Hal Baltimore (Val Kilmer): le fantôme et l'écrivain

 

Hal Baltimore (Val Kilmer) est un écrivain qui parcourt les Etats-Unis pour vendre son dernier roman, Le Chasseur de Sorcières, lors d’improbables scéances de dédicaces. C’est une sorte de Stephen King au rabais, un écrivain alcoolique et hanté par un drame personnel. Son succés est derrière lui. Il arrive dans une petite ville. Il y fait la connaissance du shériff Bobby Lagrange (Bruce Dern) qui lui parle d’une jeune fille qui vient d’être assassinée, un pieu dans le coeur. Tout cela serait peut-être lié aux meurtres de plusieurs enfants quelques décennies auparavant. Aidé du shériff, du fantôme d’une jeune fille (Elle Fanning) et de celui d’Edgar Poe (Ben Chaplin), Baltimore décide de rester mener l’enquête, afin d’en tirer un livre qui pourrait devenir un best-seller.

Derrière cet intriguant résumé, se cache le nouveau « petit » film de l’un des géants du cinéma américain, Francis Ford Coppola. Depuis l’échec financier (mais pas artistique) d’Apocalypse Now en 1979, celui-ci a du éponger ses dettes et travailler sur des films de studio. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a fait que des mauvais films depuis, au contraire: Cotton Club, Outsiders, Rusty James, Tucker, Jardins de Pierre, Peggy Sue s’est mariée ou Dracula. Il est toujours parvenu à rendre des films magnifiques  et porteurs de son style et de ses obsessions, même si il était freiné dans sa « folie » créatrice par ses producteurs, qui ne voulaient pas  voir se répéter la « catastrophe » Apocalypse Now. Coppola ne se fourvoira que deux fois avec les médiocres Jack (1996) et L’Idéaliste (1997).  

Depuis 2007, il a décidé de s’auto-financer et de ne plus travailler pour les grands studios, afin de retrouver sa liberté créatrice. Et force est de constater qu’il a eu raison. Après l’intriguant (mais perfectible) L’Homme sans Age (2007) et le magnifique Tetro (2009), voici son dernier-né: Twixt. Ce dernier est le prototype même du film dont il est difficile de parler sans en dévoiler les tenants et les aboutissants. Aussi je vous invite, si vous décidez d’aller voir le film, à lire mon décryptage après vision de la chose.

Sachez seulement que ce film est assez unique en son genre (donc précieux). Il mélange beaucoup de genres: film de fantôme, thriller, film de vampire, drame intimiste et traite de thèmes comme la perte d’un être cher, la culpabilité, la jeunesse sacrifiée ou la création artistique (içi littéraire). Hal Baltimore (magnifique Val Kilmer, qui trouve enfin là un grand rôle) est l’alter ego de Coppola. A travers ce personnage traumatisé par la mort de son enfant, Coppola nous parle de lui, de son rapport à la création et surtout de la mort de son propre fils, Giancarlo, il y a 25 ans et qui a détruit sa vie et celle de sa famille. A ce niveau-là, le film est bouleversant.

Pour  l’atmosphère et  la réalisation, nous sommes en face d’un univers qui rappelle David Lynch (pour les personnages et situations bizarres ainsi que les séquences oniriques) et les films de Roger Corman, où Coppola a débuté (pour le macabre et les éléments de films d’horreur). Les scènes de rêve sont magnifiques, d’une beauté folle. Elles sont filmées dans un noir et blanc somptueux et sont gorgées de visions obsédantes (le massacre des enfants, le personnage de Flamingo qui rappelle celui de Motorcycle Boy dans Rusty James). En outre, Elle Fanning y déploie une beauté incroyable et confirme là tout le bien qu’on pensait d’elle après sa remarquable prestation dans Super 8.

Ce film est une rêverie. Il y règne un charme hypnotisant et une douce torpeur. Pour autant ce n’est pas un trip auteuriste et ennuyeux comme on pu le dire certains. Faut-il vraiment que certains critiques dits cinéphiles, ne comprennent plus ce qu’est le cinéma pour énoncer de tels propos? C’est sûr, venant de personnes défendant le dernier « téléfilm » français qui sort sur les écrans, on a juste le droit de trouver cela consternant.

Car Twixt ce n’est QUE du cinéma. Une déclaration d’amour d’un père à son enfant perdu ainsi qu’au septième art qui est sa passion. Un acte de création artistique fou, poétique et complètement libre. Toutefois, on pourra malheureusement déplorer que le récit manque d’une véritable colonne vertébrale et que Coppola ne décrit pas les habitants du village ( 7 personnes et basta!). Mais le voyage et les émotions proposés suffisent à envoûter et enchanter le spectateur. A 72 ans, il est libre, Francis. Y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler… Note: 15/20

Twixt de Francis Ford Coppola, avec Val Kilmer, Elle Fanning, Bruce Dern et Ben Chaplin, en salles depuis le 11 avril  

DECRYPTAGE   (attention! à ne lire qu’après vision du film!)

 Twixt est un film, qui derrière son apparente simplicité et sa courte durée (89 minutes), s’avère plus complexe qu’il n’y parait.

Si vous avez vu le film, la fin a du vous laisser perplexe. Car toute cette histoire n’est, au final, qu’une fiction. Une fiction inventée par un écrivain pour écrire son nouveau roman. En cela, la fin est cohérente, tant les indices l’annonçant étaient nombreux. Il y a d’abord cette voix off (le chanteur Tom Waits en V.O) qui nous présente l’intrigue au début du film comme un narrateur lisant le début d’un livre. Ensuite, la thématique de la création artistique enfonce le clou, vu qu’elle devient l’un des deux sujets principaux du film. Hal Baltimore écrit des romans de sorcières qui connaissent un succés relativement modeste. Il est pressé par sa femme (jouée par la propre ex-femme de Val Kilmer, la trop rare Joanne Whalley) d’écrire autre chose et de ramener plus d’argent. Elle le somme aussi d’arrêter de boire et de faire face, une bonne fois pour toutes, à la mort de leur fille.  Mais son éditeur, lui, préfère qu’il écrive des histoires d’horreur, ça rapporte plus de fric! Si ça n’est pas une mise en abyme de la situation de Coppola qui, à une époque, était tiraillé entre sa femme, Eleanore, et les studios tout en faisant face à la mort de son fils!

Une mort dont l’artiste se sent coupable. Cela est aussi symbolisé par ce prêtre assassin qui tue des enfants innocents pour les préserver de la violence du monde. Le père est responsable de la mort de son enfant et tue sa famille (symbolisé içi par les orphelins dont s’occupe le pasteur)  à cause de son aveuglement et de son incapacité à affronter la mort en face.

 Mais l’artiste doit s’y confronter pour pouvoir continuer à vivre. Lors d’une scène cathartique, Hal Baltimore revit la mort de sa fille et finit par accepter son décès, sous l’oeil bienveillant d’Edgar Poe, symbole tutélaire de la création artistique. Baltimore (autre référence à Poe qui a vécu dans cette ville, mais les références à l’écrivain sont içi légion, je vous laisse les recenser. On a même une citation de Baudelaire, le traducteur français de Poe). L’écrivain accepte la mort de sa fille, il peut donc « conclure » son histoire.

Cette histoire, celle du film, a deux conclusions: la découverte de la culpabilité du shériff dans la mort de la jeune fille et le face à face avec cette dernière lors d’une scène magnifique qui renvoie, dans une gerbe de sang somptueuse, au Dracula de Coppola. Car  les personnes dont on ne fait pas le deuil finissent par nous « vampiriser » l’âme. Belle métaphore qui trouve son écho en V (Elle Fanning) cette dernière symbolisant la fille de Baltimore qui lui « vampirise » l’âme. Compliqué? Non, juste pertinent!

Alors bien sûr, l’écrivain alcoolo a-t-il tout inventé un soir sous l’emprise du vin (comme Coppola qui prétend que Twixt lui est venu après un songe effectué après une soirée arrosée)? Ou s’est-il servi d’éléments réels? Le shériff est-il réel et est-il un meurtrier? Le massacre des enfants par le pasteur maléfique a-t-il eu lieu? Ou n’est-ce qu’un faux flash back? N’oublions pas que Baltimore rencontre les fantômes après avoir bu ou pris des médocs. Baltimore est-il devenu un vampire? On peut penser que non. La dernière scène est claire: Baltimore a tout inventé, cette histoire est celle de son roman, point final. Mais s’est-il inspiré d’une histoire vraie (comme le laisse supposer le texte explicatif final) et a-t-il mené l’enquête? Ah, ça, mystère et boules de gomme! 

twixt1-300x150 dans Cinéma
Hal Baltimore (Val Kilmer) et Edgar Poe (Ben Chaplin)
13 avril, 2012 à 9 h 02 min


4 Commentaires pour “TWIXT-Fenêtre secrète”


  1. emeric écrit:

    bonjour.
    merci pour les explications que tu nous donnes.
    Je viens de regarder twixt et une fois le film terminé je me suis posé des tonnes de questions. ton site et ton interpretation m’a aidé à y voir plus clair.
    Je recherche souvent ce genre de dévelopement sur certains films et je t encourage à continuer même si cela doit te prendre du temps.
    bonne continiaton
    PS: si tu regarde un jour the incident : asylum blackout previens moi car il faut s accrocher et sacrément cogiter pour comprendre ;)

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    • leschroniquesduloupblanc écrit:

      Twixt n’est pas un film livré clefs en main et, perso, j’aime ce genre de film (comme 2001) où rien n’est acquis et où il faut essayer de revenir sur ce qu’on a vu. Je viens de voir The Incident en dvd et effectivement, la fin est assez intéressante (le personnage est-il devenu fou suite à son aventure où était-il fou dés le départ et fantasmait-il une mutinerie des fous dans l’asile?). En tout cas, un excellent film. Merci de ta réaction. Suite à une panne informatique, j’avais mis mon blog en suspens mais là, c’est bon, je m’y remets! Ta réaction me pousse à continuer!

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  2. elisa95 écrit:

    Je suis venue içi pour avoir confirmation sur une fin plausible et tangible^ ( je te remercie non point d’erreur de ma part concernant la chute^^) .Façe a tant d’incoherences et de perplexite « simplistes »je t’avoue avoir visionne ce film en mode « rapide », ce dernier etant bien plus efficace qu’une intra-veineuse de tranxene ,bref:soporifique.Je suis amatrice de thriller psychologique,mais la je pense comme toi que coppola (que j’adore) devait etre tres « aviné » lors de la redaction du script.Ne manipule pas qui veut l’univers fantastique d’ e.a.poe,j’ai trouve comique voire hilarante l’adaptation de ce personnage dans ce mauvais thriller,val kilmer n’est pas tres credible et performant…bref film a zapper de toute urgence ou a prescrire en cas d’insomnies recurrentes.merci pour ce blog ciné qui est vraiment super,je vais me mater « 21 grammes » ou NON,plutot ce bon lars von trier »melacholia »,mais apres tout,tous les gouts sont dans la nature humaine et heureusement!

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    • leschroniquesduloupblanc écrit:

      Twixt est un film qui divise beaucoup. Vu le film, c’est assez évident. On est face à une vraie oeuvre d’auteur auquelle on adhère ou pas. On est loin d’un consensus mou à la Intouchables. Petite précision: oui, tous les goûts sont dans la nature. Sache que j’aime Twixt, ainsi que…..21 Grammes ou Melancholia que tu as cités!

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