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DARK SHADOWS-Ma sorcière mal-aimée

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Barnabas Collins (Johnny Deep) et Angélique (Eva Green): le vampire et la sorcière.

 

Il y a 2 ans, Alice au Pays des Merveilles avait violemment divisé les fans de Tim Burton, avec au final une balance qui finissait par pencher beaucoup plus du côté des « anti » Alice. Il faut dire que pour ce film (bien plus « burtonien » qu’il n’y paraît), l’ami Tim avait fait beaucoup (trop?) de concessions au Studio Disney, producteur et distributeur du film. Le dénouement et le sort réservé à la Reine Rouge trahissait une allégeance plus que douteuse aux diktats du studio aux grandes oreilles et ce, malgré un film fantastique aux allures de trip sous acide et une vision assez sombre des romans de Lewis Carroll. Mais voilà, Tim Burton a un grand projet qu’il traîne depuis 25 ans: refaire son court-métrage Frankenwenie (1984) en long-métrage d’animation de stop-motion (image par image). C’est ce qu’il avait déjà proposé à Disney au début des 80′s mais le studio refusa et lui octroya tout juste assez d’argent pour faire un court de 25 minutes en live. Frustré, Burton attend son heure. Quand Disney lui propose Alice, il accepte. Quand il lit le script de Linda Woolverton (Le Roi Lion), il ne bronche pas et accepte toutes les concessions. Car Disney détient toujours les droits de Frankenweenie. Burton accepte tout sur Alice en échange de quoi, le studio le laisse remaker Frankenweenie. Le deal est conclus. Alice sort et fait un carton mondial. Burton pourra donc tout se permettre sur Frankenweenie sans que Disney vienne y fourrer son nez. Le film sortira le 31 octobre prochain pour Halloween. Mais entre-temps, poussé par Johnny Deep, il s’octroie une petite récréation: Dark Shadows. Et tous ceux qui avaient enterré Burton vont l’avoir mauvaise même si ils affirment le contraire.

La bande-annonce de Dark Shadows laissait entrevoir une comédie fantastique à La Famille Addams. Ce que le film est par moments. Mais c’est surtout une histoire d’amour contrariée et tordue. Et c’est là que réside la surprise. Car le personnage principal n’est pas le vampire Barnabas Collins (interprété par un Johnny Deep maniéré, hautain et mélancolique) mais la sorcière Angélique (incarnée avec passion et fougue par une Eva Green luciférienne, vénéneuse, sensuelle, bref une vraie femme fatale!). Cette dernière, amoureuse éconduite de Barnabas, poussera sa fiancée au suicide et lancera sa malédiction: Barnabas est transformé en vampire et emprisonné pour l’éternité dans un cercueil. Réveillé 2 siécles plus tard, en 1972, il rencontre ses descendants et retrouvera…Angélique. Et c’est cette dernière qui intéresse Burton. Elle aime Barnabas à la folie mais ce dernier ne la voie que comme une éphémère distraction. Tout le film est le long cri de rage et de douleur de cette femme. Burton ira jusqu’à la sanctifier à la fin du film, accomplisssant ainsi ce qu’on lui avait interdit sur Alice. Angélique deviendra alors une figure tragique et bouleversante, à l’image du Pingouin dans Batman Returns ou de Sweeney Todd dans le film éponyme.

Car Barnabas Collins, bien que trés attachant, est un personnage assez lâche: grand séducteur (sex-addict?) et en même temps amoureux transi et romantique de sa Victoria (la jolie Bella Heathcote). Bref, un homme du 17ème siècle: à part la femme aimée qu’on épouse, les autres sont des catins! Mais le côté vieux-jeux et démodé de Barnabas face au contexte des années 70 est assez savoureux. Un être ancien égaré dans la modernité. Il faut voir là l’autoportrait de Burton lui-même, jeune homme plus porté vers les monstres et les vieux manoirs gothiques et poussiéreux, égaré dans les années 70 dont il ne comprennait pas l’esprit et desquelles il se sentait rejeté. Il faut voir le sort qu’il réserve aux hippies, à qui il reproche d’occulter la violence du monde! Enfin, Barnabas ressemble beaucoup à Edward aux mains d’argent: il n’arrive pas à s’habituer à ses longs doigts griffus et ne sait qu’en faire.

Car bien sûr, c’est encore un film sur la marginalité et la difficile acclimatation au monde extérieur. Barnabas en est le premier symbole. Mais c’est aussi le cas de toute sa famille, une belle collection de freaks complètement inadaptés au monde et vivant reclus dans leur vieux manoir décrépit. Mais c’est une famille trés attachante, notamment ce petit garçon qui recherche l’amour de son père mais ne sera pas payé en retour. Ce qui donne lieu à une scène drôle en apparence mais finalement bouleversante et qui prouve que la paternité et ses responsabilités sont des thèmes qui font désormais partie intégrante de l’oeuvre de Burton.  Et c’est un vampire qui joue les pères de substitution. Burton, quand il fut enfant, se sentit incompris par son père et se refugia dans les films d’horreur. Oui, tout cela est trés intime!

Côté réalisation, que dire, sinon que Burton emballe les scènes les plus fortes de sa carrière: le suicide de Josette (où la violence des sentiments est traduite par le ressac des vagues sur les récifs), ainsi que le final, gothique et échevelé en diable. Burton convoque toute l’imagerie baroque qu’il affectionne pour le plaisir de nos yeux. Le film est drôle, rythmé, émouvant et sombre. Car c’est la sorcière qui gagne à la fin: les amants maudits sont réunis dans la nuit sans retour de la damnation éternelle, 2 vieilles âmes dans un monde trop moderne pour elles.

Bref, sur un mode léger, en apparence du moins, Burton vient de livrer l’un de ses films les plus émotionnellement forts. Note: 17/20

Dark Shadows de Tim Burton, avec Johnny Deep, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter et Eva Green, en salles depuis le 9 mai.

P.S: Quand vous êtes un être sensible et différent, on vous prend pour un fou. On peut aussi vous foutre à l’asile. C’est ce qui est arrivé à de nombreux jeunes dans les années 60 et 70. Burton y fait allusion via le personnage de Victoria. Je vous renvoie aussi au méconnu et magnifique Une Vie Volée (1999) de James Mangold avec Winona Ryder et Angelina Jolie.

11 mai, 2012 à 12 h 55 min


Un commentaire pour “DARK SHADOWS-Ma sorcière mal-aimée”


  1. Ailleurs écrit:

    J’ai adoré ton analyse…
    Et ça m’a une fois de plus donné envie de le revoir…
    Merci et bonne continuation

    Répondre


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