Un site utilisant unblog.fr

LES RADLEY-Les liens du sang

LES RADLEY-Les liens du sang dans Lecture les-radley-204x300

 

Depuis le succés de la saga Twilight, le roman de vampires connait un essor considérable en librairie. Le problème, c’est que la plupart des oeuvres sont à classer dans la littérature pour adolescentes fleur-bleues. Loin de moi l’intention de dénigrer ce public mais les amateurs de fantastique, d’horreur et de littérature gothique, eux, tirent la tronche devant ces Twilight-like, uniquement écrits pour rapporter du pognon aux éditeurs et ayant plus de rapport avec la collection Harlequin qu’avec Bram Stoker ou Anne Rice. Le style de cette littérature juvénile étant, souvent, d’une médiocrité abyssale, il est cruel de constater que nos suceurs préférés sont tombés aussi bas!

Heureusement, des lueurs d’espoir apparaissent. Après un sympathique Dracula l’Immortel, écrit par Dacre Stoker (arrière-petit neveu de Bram) et Ian Holt ( roman gothique, sanglant et sexy, ayant plus de rapport avec le film de Coppola qu’avec le roman originel, un paradoxe pour une suite officielle!), voici un roman anglais qui nous venge de Twilight et de ses clones: Les Radley de Matt Haig.

Ce jeune auteur anglais (37 ans) nous conte l’histoire d’une famille de vampires abstinents, c’est à dire ayant renoncé à boire du sang. La famille est composé des parents (Peter et Helen) et de leurs deux enfants (Rowan et Clara). Ces deux derniers ne sont pas au courant de leur nature vampirique, leurs parents leur cachant la vérité. Ils vivent dans une petite bourgade anglaise, du genre aussi ennuyeuse que celles servant de décor à la série Barnaby. Les enfants Radley, sont victimes de carence en sang. Le garçon, Rowan, est couvert d’eczema et doit s’enduire tout les matins d’écran total (!). Sa soeur est migraineuse…et végétarienne, ce qui arrange bien ses parents! Des parents qui vivent dans un mensonge depuis 17 ans: faire comme si ils étaient des gens normaux. Mais la réalité va rattrapper les Bradley…

Ce qui fait la force de ce roman, c’est qu’il s’agit d’une histoire de famille. Une famille dysfonctionnelle comme il en existe tant d’autres. Si on enlève l’élément surnaturel, on a juste des parents en pleine crise de la quarantaine et des enfants en pleine crise d’adolescence. Mais cela se double d’une crise existentielle: qui sont-ils? Des monstres ou des gens normaux? Les Radley vont souffrir de cette question et tenter d’y répondre. Cette famille, Matt Haig sait la rendre attachante et ce jusque dans les plus petits détails. D’ailleurs tous les personnages de ce roman sont bien décrits. Certains sont même trés émouvants comme Rowan Radley ou Jared Copeland. Voilà déjà un bon point en faveur du livre.

Ensuite, et c’est le plus important, nous avons affaire à une formidable satire sociale de la middle-class britannique. Le vampirisme représente la liberté et la transgression. La normalité est elle synonyme de renoncement et de refoulement. Les Bradley étaient libres. Ils ont choisi de vivre comme les gens normaux c’est à dire d’une façon ennuyeuse et anesthésiante, ce qui les force à nier leur vraie nature. Car c’est cela vivre en société: se fondre dans le moule et perdre son individualisme. L’idée géniale du roman est que le vampirisme symbolise cette résistance de l’esprit. Etre vampire vous ouvre les portes de la perception au niveau des sens, de la sexualité, de l’art (littérature, musique, cinéma) et de la vie. Haig n’hésite pas à nous révéler que certains des plus grands artistes ou créateurs (Lord Byron, Jimmi Hendrix ou Tod Browning) étaient des vampires! L’art est une transgression et représente la liberté totale.

Alors faut-il vivre comme les autres (comme un mouton docile) ou comme ce que l’on est vraiment? C’est ce que devront décider les Bradley. En tout cas, le conformisme anglais en prend pour son grade. L’un des protagonistes pense que refouler ne sera pas difficile vu que la société anglaise a « le refoulement dans le sang »! Haig fait preuve d’un humour féroce et salvateur. Mais il n’oublie pas l’émotion. Les dilemmes des personnages sont parfois déchirants. Et les relations qu’ils entretiennent évoluent constamment. Le personnage de l’oncle Will apparait ainsi comme une figure shakespearienne tragique. C’est un vampire libre mais trop. Il tue des innocents et sa soif de sang irrépressible l’aménera à commettre l’irréparable. La liberté doit avoir une limite: ne pas nuir à autrui.

La trame principale est certes classique, mais Matt Haig nous conte une histoire prenante, drôle et touchante. D’autant que la mythologie vampirique qu’il dévéloppe est trés originale, mais je vous laisse la découvrir. Son style est prenant. Le rythme ne faiblit jamais et l’émotion jaillit, souvent, au coin d’une ligne, sans qu’on s’y attende. Voilà donc, un formidable roman qui pourrait faire, prochainement, l’objet d’un film réalisé par Alfonso Cuaron (Les Fils de l’Homme). En tout cas, Matt Haig est un auteur à suivre de trés prés!  Note : 15/20

Les Radley (The Radleys) de Matt Haig, éditions Albin Michel, 2010.

14 juin, 2012 à 15 h 09 min


Laisser un commentaire