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THERESE DESQUEYROUX-Le miroir se brisa

Thérèse et Bernard Desqueyroux (Audrey Tautou et Gilles Lellouche): un bonheur apparent mais fragile...

 

Dans le sud de la France, en 1928, Thérèse (Audrey Tautou) épouse Bernard Desqueyroux (Gilles Lellouche). Il s’agit d’un mariage arrangé pour agrandir les terres de leurs deux familles, des terres qui renferment des grandes plantations de pins. Mais Thérèse, à priori insatisfaite, va commettre l’irréparable…

Ce film est le dernier réalisé par Claude Miller (Garde à Vue, Mortelle Randonnée, Un Secret, etc), juste avant qu’il ne soit terrassé par le cancer contre lequel il luttait. On n’aurait pu craindre que, étant malade sur le tournage, le film ne soit d’une qualité inférieure à ses précédentes oeuvres. Il n’en est rien. Non seulement Thérèse Desqueyroux est un grand film mais c’est aussi l’un des meilleurs de son réalisateur. Une véritable élégie funèbre qui sonne comme le testament de Claude Miller.

Car ce film lui permet d’aborder des thèmes forts et riches: le poids des conventions et de la famille, l’émancipation des femmes, le droit de choisir sa vie,… Mais c’est aussi un film qui regarde la mort en face, comme pour la narguer, et qui montre que la vie est plus forte (cele se voit surtout dans l’acte final). Pied de nez évident d’un homme (Miller) qui refuse d’abdiquer devant la mort et qui continue son film, avec talent. Sur ce plan-là, Miller a largement gagné son combat contre la maladie.

La réalisation de Miller, en apparence classique, s’avère être à son zénith. Chaque plan, chaque petit mouvement de caméra trahit quelque chose sur le ressenti des personnages que Miller observe. Le film en devient fascinant. Miller nous livre un suspens domestique de haute volée, quelque part entre Hitchcock (on pense à Soupçons) et Wilkie Collins (pour l’aspect social). Si le film n’était pas adapté de François Mauriac, on se serait cru chez l’écrivain anglais. D’autant qu’à cette tension psychologique, Miller appose une critique sociale aiguë, véritable attaque contre le conservatisme en général. Les acteurs sont au diapason, en paticulier le couple vedette. Gilles Lellouche est fantastique, mélange de préjugés bourgeois insupportables et d’une tendresse pour sa femme qu’il essaie de masquer. Quant à Audrey Tautou, elle trouve là le rôle de sa vie. C’est une prestation remarquable à laquelle elle se livre. Tour à tour émouvante, glaçante, effrayante. Impossible d’oublier son visage après la projection. Impossible d’oublier Thérèse Desqueyroux.

Un personnage insaisissable que cette Thérèse. Car qui est-elle vraiment? Même elle, ne le sait pas vraiment. Elle avouera, à un moment, ne pas ressentir son existence individuelle. Claude Miller la filme souvent se regardant dans une glace ou dans une vitre. Thérèse ne comprend pas son reflet et l’image qu’il lui renvoie. D’ailleurs le film s’ouvre sur un reflet dans une glace. Comme pour montrer que ce que nous percevons de Thérèse est une illusion. Est-elle jalouse du bonheur de sa meilleure amie (la lumineuse Anaïs Desmoustiers)? Est-elle amoureuse d’elle? Que ressens-t-elle face à son enfant? Pourquoi passe-t-elle de l’indifférence à l’émotion la plus à fleur de peau? Haït-elle son mari ou ce qu’il représente? Thérèse restera un mystère jusqu’à la fin. Mais elle finira par avouer à son mari qu’elle ne voulait pas jouer un rôle. En fait, Thérèse voulait rester cette enfant rieuse qu’elle était au début du film. Mais elle semble étouffer dans le milieu où elle vit. Sauf que Thérèse ne sait pas ce qu’elle veut exactement et c’est son mari, l’être à priori, le plus éloigné d’elle, qui lui donnera sa liberté et la réponse à cette question. Mais son chemin de croix sera douloureux. Elle passera même par une mort symbolique (sociale et physique) pour pouvoir survivre. Car étrangère à sa propre vie, Thérèse ira même jusqu’à la nier en se laissant dépérir.

Thérèse Desqueyroux est un film profond, grave, le requiem d’une âme en peine mais qui s’achève sur le sourire d’une femme qui s’est (enfin?) trouvée. Et Claude Miller, pour sa dernière scène de cinéma, de nous montrer un visage épanoui comme pour exorciser sa mort prochaine. Note: 20/20

Thérèse Desqueyroux de Claude Miller avec Audrey Tautou, Gilles Lellouche, Anaïs Desmoustiers, Catherine Arditi et Francis Perrin, en salles depuis le 21 novembre.

24 novembre, 2012 à 17 h 41 min


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