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NUIT NOIRE, ETOILES MORTES-La part des ténèbres

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La nouvelle est un genre que l’écrivain Stephen King maîtrise quasiment à la perfection; il suffit de lire  les recueils Danse Macabre, Brume ou Rêves Et Cauchemars, pour s’en convaincre. Le petit dernier, que voici, semble le confirmer même si, fait assez rare pour l’auteur, l’une des histoires va s’avérer assez ennuyeuse. Et le problème, c’est qu’elle est la première de ce court recueil (4 histoires). Mais, au moins, le meilleur arrive par la suite et le lecteur achève sa lecture l’esprit content et rassasié.

Le recueil s’ouvre sur 1922. Au début du siècle, un fermier du Nebraska, aidé de son fils de 15 ans, tue son épouse et dissimule le corps dans le puits de sa ferme. L’homme va alors basculer dans la folie. Voici donc cette fameuse nouvelle ratée. La trame principale est peu passionnante et les développements de l’intrigue s’avèrent vite un concours de clichés assez pénibles (spectre de la femme qui revient hanter le mari, présence surnaturelle de rats, conclusion attendue sur la folie et la mort solitaire du meurtrier). King ne développe rien de neuf. Et ce n’est pas l’histoire du fils perturbé qui s’improvise bandit de grand chemin qui va relever le niveau. Mais le pire est atteint quand on se rend compte que l’auteur peine à nous faire entrer dans l’esprit du personnage principal. L’écriture à la première personne handicape clairement le récit. On n’arrive pas à s’attacher au « héros », ni à le comprendre. De plus, la lecture s’avère ardue et ennuyeuse. Un comble pour du King! On se traîne pendant 180 pages d’une lecture pénible, sans vraiment rentrer dans l’histoire. Et on tremble pour le reste du recueil!

King accélère le tempo avec Grand Chauffeur. En gros, il s’agit d’une femme écrivain qui se fait violer et qui va se venger de son agresseur. King donne là dans le rape and revenge. Et il n’y va pas de main morte! La description du viol, et de ses conséquences sur l’héroïne, est brutale et bouleversante. Jamais le portrait intime d’une femme violée, avec le traumatisme et la folie qui peut en découler, n’avait été rendu avec autant de justesse. Et quand elle assouvit sa vengeance, elle va jusqu’au bout. Néanmoins, King ne l’angélise pas et montre que la vengeance est parfois douloureuse. Mais le génie de l’auteur, c’est qu’il finit sur une note bouleversante où il rend hommage et justice à toutes les femmes ayant subi un viol. Imparable!

Extension Claire nous conte l’histoire d’un banquier atteint d’un cancer incurable et qui va passer un marché avec un étrange marchand ambulant. Il s’agit de la seule histoire ouvertement surnaturelle du recueil (1922 étant plus la description de la folie hallucinatoire d’un homme). Et c’est la plus politiquement incorrecte, la plus noire et…la plus drôle! King brûle tous les feux rouges avec elle. C’est une véritable satire de l’American Way Of Life et de la société de consommation. Mais le meilleur, c’est l’humour. King nous décrit le sort d’un personnage avec tant d’accumulations de malheurs, qu’on finit par en attraper le fou rire. Et c’est trés cruel, vu qu’on devrait s’appitoyer! De plus, la conclusion est doucement immorale. Clairement, la meilleure histoire du recueil.

Recueil qui se clôt sur Bon Ménage où une femme mariée depuis 27 ans à un homme, découvre que ce dernier lui cachait un effroyable secret. Comment va-t-elle réagir? C’est donc à un dilemme moral auquel nous invite à réfléchir Stephen King. Et comme dans Grand Chauffeur, la description du personnage principal (avec ses peurs, ses doutes et sa colère face à la trahison) est criante de vérité. King a l’art de nous faire entrer dans la tête de ses personnages avec une aisance qui n’appartient qu’à lui. Bon Ménage et Grand Chauffeur nous montre l’envers du rêve américain où peut se nicher le mal le plus innommable. Un mal qui se cache derrière les traits d’un bon mari (Bon Ménage) ou d’une gentille ménagère provinciale (Grand Chauffeur). Mais le mal, c’est aussi l’autre en nous, notre passager noir, qu’il ne nous faut jamais écouter.

Bon Ménage se termine sur une discussion incroyable entre une femme au foyer esseulée et un flic à la retraite. Et la dernière parole échangée ainsi que le dernier geste esquissé sont d’une émotion qui vous serre la gorge! Conclusion: ne vous arrêtez pas à la première nouvelle de Nuit Noire, Etoiles Mortes, vous passeriez à côté du reste! Note: 15/20

Nuit Noire, Etoiles Mortes (Full Dark, No Stars) de Stephen King aux éditions Albin Michel (2012).

2 janvier, 2013 à 17 h 17 min


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