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DJANGO UNCHAINED-Black Rider

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King Schultz (Christoph Waltz) et Django (Jamie Foxx), un duo attachant

 

1858, quelque part au Texas. Un esclave noir, Django (Jamie Foxx), est libéré de ses entraves par un chasseur de primes allemand, King Schultz (Christoph Waltz). Django est le seul à pouvoir identifier trois négriers que Schultz recherche. Django accepte, à condition que Schultz l’aide à retrouver sa femme, Broomhilda (Kerry Washington), esclave elle aussi. Mais sur leur route, ils devront faire face à un planteur de coton assez retors: Calvin J. Candie (Leonardo DiCaprio). La poudre va parler…

Le voici donc enfin ce western spaghetti que Quentin Tarantino annonçait depuis 10 ans. On en trouvait des traces dans Kill Bill et Inglorious Basterds (thème de la vengeance, présence de morceaux d’Ennio Morricone), mais Tarantino ne faisait que tourner autour. Il vient enfin de franchir le pas et de réaliser son fantasme cinématographique. Parfois, ce genre de fantasme de cinéaste cinéphile n’aboutit qu’à un exercice de style creux. Parfois…mais pas chez Tarantino!

Django Unchained est un plaisir de tous les instants, le genre de film qui représente ce que le cinéma devrait être. Libre, frondeur, iconoclaste, jouissif, lyrique, émouvant, hilarant… Le cinéma semble avoir été inventé pour Tarantino! Visuellement, le réalisateur américain est toujours au sommet. Il s’autorise tous les excés, à l’image des réalisateurs italiens de western des années 60/70 (Sergio Corbucci en tête): ralentis, gros plans, violence exacerbée et extrême,… Tarantino adopte le style western spaghetti mais ne le singe pas bêtement. Il est remarquable de constater que son film posséde son propre style, celui que le réalisateur cultive depuis ses débuts, il y a 20 ans. Tarantino réussit la parfaite synthèse entre « film de fan » et « film d’auteur ». Le film n’est jamais ennuyeux, le rythme est fluide, à tel point qu’on ne voit pas passer les 2h40 (!) que durent le film. Donc un style flamboyant qui ravira les fans de Tarantino, les fans de westerns spaghetti et…les autres aussi! Mais cette folle jouissance purement visuelle posséde-t-telle une résonnance thématique?

Oh que oui! Et c’est là qu’est la grande surprise du film. Sur une structure et un tempo quasiment identiques à ceux d’Inglorious Basterds ( un long acte d’exposition, une longue scène tendue de discussion à table et une violence finale « purificatrice »), Tarantino réalise un western politique majeur. Car il aborde un thème qu’Américains (et Italiens) n’ont jamais abordé dans leurs oeuvres: l’esclavagisme des Noirs Américains. Ce film pourrait même être vu comme une ode au peuple afro-américain et à sa culture. Une culture (films de blaxpoitation, soul music, rap) dont Tarantino est un immense fan (revoir le magnifique Jackie Brown pour s’en convaincre). Et Tarantino en profite pour faire un réquisitoire contre les blancs américains, tous racistes, cupides et inhumains. Le miroir que Tarantino tend à l’Amérique n’est guère complaisant avec ce pays. Et il est juste de noter que le seul personnage blanc « positif » de ce film, n’est pas un Américain sans reproches mais un européen (allemand), un type affable et cassant: King Schultz.

Mais attention pas de clichés et de manichéisme chez Tarantino! Il brise allègrement les lois du politiquement correct. Ainsi, le personnage le plus infâme du film n’est pas l’immonde Calvin J.Candie (campé par un DiCaprio étonnant en planteur pervers et cruel) mais son majodorme noir: Stephen. Ce dernier est sans aucun doute le personnage le plus abject vu sur grand écran depuis longtemps. Il est interprété par un Samuel L. Jackson méconnaissable, inquiétant et…drôle (sa crapulerie est tellement extrême qu’elle en devient risible). C’est un Noir qui trahit allègrement les siens et qui semble se prendre lui-même pour un Blanc! Le personnage de Christoph Waltz (génial!) est lui aussi ambigue. King Schultz, bien qu’opposé à l’esclavagisme, s’en sert pour pouvoir se faire obéir de Django. C’est aussi un tueur impitoyable, capable d’abattre (ou de faire abattre) un père sous les yeux de son fils. Il se réfugie derrière la justice pour justifier son mêtier de chasseur de primes mais on voit bien que c’est l’argent qui le motive. Néanmoins, Schultz se prend d’affection pour Django et les deux hommes deviennent rapidement amis. L’allemand finira par acquérir une conscience. Et les tortures infligées aux esclaves le rongeront jusqu’à lui faire commettre un acte aux conséquences lourdes…

Django Unchained, porté par un Jamie Foxx transfiguré et magnifique, est donc un film brillant, merveilleusement écrit, doté de répliques cultes et tranchantes et qui rend hommage à tout un genre sans pour autant en être une pâle imitation. Comme dans Inglorious Basterds, c’est dans les flammes et le sang que Tarantino noie les idées les plus dégueulasses (l’antisémitisme, le racisme). On pardonnera au réalisateur quelques « gamineries » ou fautes de goût (du rap sur un gunfight, bof!) car ce Django est un putain de film! Note: 18/20

Ah oui! Et la scène du Ku Klu Klan est à se tordre de rire!

Django Unchained de Quentin Tarantino avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Don Johnson et la participation du grand Franco Nero, en salles depuis le 16 janvier.

18 janvier, 2013 à 17 h 28 min


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