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SHADOW DANCER-Au nom de la mère

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Mac (Clive Owen) tente de rassurer Colette (Andrea Riseborough)

 

Londres, 1993. Une jeune veuve irlandaise, Colette (Andrea Riseborough), est arrêtée, suite à une tentative ratée d’attentat dans le métro. Elle se voit proposer un marché par un agent du MI5, Mac (Clive Owen): devenir leur indic et retourner à Belfast pour espionner les siens. Si elle refuse, elle prend pour 25 ans de prison et ne reverra jamais son fils. Colette accepte et retourne en Irlande pour faire son « travail ». Ce qui l’amènera à trahir ses deux frères, tous deux membres de l’IRA. La situation va vite devenir intenable pour Colette.

Dès sa scène d’ouverture, Shadow Dancer est un film qui prend aux tripes. Emotionnellement, la scène est forte et elle nous présente le trauma du personnage d’Andrea. Un trauma qui expliquera sa fidélité à sa famille, mais aussi sa réticence face aux méthodes de l’IRA. On comprend qu’elle éxécute souvent ses ordres à contrecoeur et qu’elle tente, parfois, de les empêcher (cf son coup de fil anonyme à la police avant l’attentat du métro). Le film embraie ensuite sur la séquence dans le métro où l’on suit Colette au plus près, grâce à une caméra proche et mobile. Tout le poids qui pèse sur elle, ses responsabilités face à l’IRA ainsi que ce que lui dicte sa conscience, nous est formidablement restitué à travers ces quelques minutes. Suit le face à face avec l’agent secret anglais, où l’on voit que Colette n’a pas vraiment le choix. Mais l’a-t-elle jamais eu, elle qui a grandi sous le giron de l’IRA? Colette accepte le rôle de traître et rentre chez elle. Au bout d’un quart d’heure, tous les enjeux sont plantés, sans dialogues superflus, et l’on comprend les motivations de l’héroïne.

Et jusqu’à la fin, Shadow Dancer est un film prenant, puissant, romanesque et d’une remarquable sobriété esthétique. La réalisation de James Marsh est classique et dépouillée de toutes expérimentations visuelles qui auraient ruiné son formidable scénario. Ce qui n’exclut pas des moments de tension ou des pics d’émotion remarquablement gérés et qui font qu’on est scotché au film, à son histoire et à ses personnages. Le suspense et l’émotion sont donc omniprésents. Si l’on rajoute des situations crédibles et des acteurs remarquables (la magnifique Andrea Riseborough en tête), on obtient un film, certes réaliste dans son approche, mais lyrique et palpitant. On pense beaucoup au James Gray de Little Odessa et The Yards, qui mêlait trame policière et tragédie familiale.

Mais c’est dans ses thématiques et enjeux narratifs, que Shadow Dancer acquiert toute sa force. Le film n’est pas un bête pensum politique sur le conflit nord-irlandais avec méchants terroristes irlandais et gentils agents secrets anglais (ou l’inverse!). A l’image de ce conflit, les personnages ne sont pas tout d’un bloc et demeurent complexes (Mac et Colette en tête). Car Shadow Dancer est un film « intimiste » avec le conflit nord-irlandais comme toile de fond. Et ce qui est le plus frappant c’est le rôle dévolu aux femmes. Bien sûr, comme dans les films que Jim Sheridan a consacré au sujet (Au Nom Du Père et The Boxer), il y a une condamnation sans appel de la violence et des méthodes de l’IRA et des Anglais (qui a force de placer des « mouchards » partout, on détruit des familles). Mais Shadow Dancer est un film féministe qui s’interroge sur le rôle joué par les femmes dans cette guerre, ainsi que la douleur qu’elles ressentent en tant que mères, épouses ou soeurs. Une scène le montre particulièrement: lors d’une cérémonie funèbre, quand les membres de l’IRA décident de faire une salve d’honneur pour le défunt, les femmes se réunissent d’instinct contre un mur, silencieuses et résignées. Elles n’approuvent pas mais leur protestation est muette, car elles demeurent fidèles à leurs hommes.

Shadow Dancer est un film magnifique, qui nous parle de trahison, de responsabilités à prendre et d’amour. Amour d’une mère pour son fils. Et un amour impossible entre un homme et une femme que tout sépare. Une lueur d’espoir. Mais, quelquefois, et malgré ses sentiments, la fidélité à sa famille est parfois plus forte. Shadow Dancer se clôture sur un nouveau départ et sur la fin d’une affection naissante. On en sort la gorge serrée. Grand film! Note: 18/20

Shadow Dancer de James Marsh, avec Andrea Riseborough, Clive Owen et Gillian Anderson, en salles depuis le 6 février.

 

8 février, 2013 à 17 h 37 min


Un commentaire pour “SHADOW DANCER-Au nom de la mère”


  1. fireconsulting écrit:

    Hello,

    Bah ça donne envie d’aller le voir….

    Bruno

    Dernière publication sur FIRE-CONSULTING : LE CO...DANGER !!!

    Répondre


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