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KEVIN COSTNER, AN AMERICAN HERO

KEVIN COSTNER, AN AMERICAN HERO dans Le regard du loup danse-avec-les-loups-1990-17-g-300x197

Le 22 février, lors de la cérémomie des Césars, un ami américain recevra un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Autant être franc avec vous, mais les Césars, je m’en tamponne un peu. Les Oscars un peu moins (surtout quand c’est Dujardin qui gagne!), mais, en fait, j’y accorde pas non plus une importance démesurée. Et puis comme Jeannot est pas nommé cette année, je crois que je peux dire que je m’en fous un peu aussi. Mais je dévie de mon sujet principal. Vous vous demandez donc quel est cet acteur américain qui va se voir distinguer par les professionnels du cinéma français.  Soit vous ne vous intéressez pas à l’actualité des Césars (ce qui doit être le cas d’au moins les trois quarts de la population française, le dernier quart étant encore à la crèche), soit vous êtes myope comme une taupe et vous n’avez pas vu le titre de ma chronique (là, juste au-dessus…non, là, c’est le plafond,….laissez tomber!). Auquel cas, veuillez consulter un ophtalmo, merci.

Kevin Costner va recevoir un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Je sais pas si ça lui fait plaisir mais moi, oui! Kevin sera là, vendredi soir, pour recevoir sa récompense. Moi non, j’ai un cocktail mondain de prévu, c’est ballot. Mais en jetant un oeil sur la chaine Canal+, je devrais pouvoir apercevoir Kevin. Alors oui, je suis content! Pourquoi? Mais parce que j’adore ce mec! Sans rire! Au fil des ans, il a toujours eu, contre lui, les rires et les quolibets d’une partie du public et de la critique (Seigneur, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font…). Mais moi, je fais partie de ceux qui lui sont restés fidèles. Car Kevin est un des derniers grands héros classiques du cinéma américain (celui qui ose me parler de Jason Statham, je l’écrabouille!) et parce qu’il a quelques trés bons films qui resteront dans les annales. Et puis cet acteur me renvoie à ma jeunesse, et je pense ne pas être le seul.

La première fois que je le « rencontrais », ce fut au printemps 1991. A la télé, dans les journaux, à la radio, on ne parlait que d’un film: Danse Avec Les Loups, réalisé et interprété par un jeune acteur américain ( 36 ans) et qui venait de raffler 7 oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Le film était un western de 3 heures et qui racontait l’histoire d’un lieutenant de cavalerie, Jim Dunbar, qui devenait ami avec les Indiens. Il y avait des passages en indien sous-titré. Malgé cela, le film connaissait un énorme succés partout dans le monde. Je décidais d’aller le voir. Ce fut dans la grande salle de feu le cinéma Le Paris, à Clermont-Ferrand. Et ce fut magique! Il est rare de se sentir en symbiose totale avec un film. Et ce fut ce qui m’arriva avec Danse Avec Les Loups. Au delà de la résurrection fabuleuse de l’Ouest sauvage, des talents évidents de Costner comme réalisateur et acteur, c’était cet élan de fraternité, ce rapprochement entre deux cultures et ce message de paix et de tolérance  qui emportait le morceau. Vous ressortiez comme galvanisé de cette expérience. C’est pour cela que ce film magnifique restera à jamais dans l’histoire du cinéma. Et à mon avis, sans lui, James Cameron n’aurait pas fait son Avatar…. La modernité était peut-être plus du côté de Costner, en 91. Modernité (du propos) mais aussi respect du grand cinéma classique américain que Costner admire et qui hante toute sa carrière.

Parmi tous les jeunes enfants de mon âge (11 ans et demi à l’époque), le film avait touché quelque chose. On en parlait beaucoup entre nous. Je pense qu’il avait tout simplement parlé à nos coeurs et nous avait montré qu’il y avait de belles choses en ce bas-monde et des valeurs morales simples à préserver. Kevin Costner devint le héros de toute une génération. L’été suivant, on se précipait tous pour voir Robin Des Bois, Prince des Voleurs en salles. Un bon film , qui, sans égaler le chef d’oeuvre de Michael Curtiz avec Errol Flynn, proposait une chouette proposition de cinéma d’aventures. On redécouvrait les anciens films de Costner à la télévision. Et le niveau était excellent: Silverado, Les Incorruptibles, Sens Unique, Jusqu’au Bout Du Rêve… Mais les choses changèrent subitement.

Aux Etats-Unis, Costner fut attaqué dans la presse car on révéla qu’il avait trompé sa femme. Il divorça dans la foulée. Et oui, le héros vertueux était un homme comme les autres. La campagne contre lui fut dégueulasse. Et en plus, ça relevait de sa seule vie privée. Nous, en France, on s’en foutait! Ensuite, Costner commença à choisir des rôles plus ambitieux (JKF) ou plus sombres (Un Monde Parfait). Cela désarçonna le public. Si JFK marcha assez bien, ce ne fut pas le cas du Monde Parfait de Clint Eastwood, échec injuste car c’est un chef d’oeuvre et Costner y trouve son meilleur rôle. Difficile de ne pas pleurer à la fin… Ensuite, il y eut Bodyguard, énorme carton mais film médiocre qui divisa beaucoup les spectateurs. Le charisme de Costner était intact à l’écran, mais le film était mièvre et servait la soupe à la chanteuse Whitney Houston. Passons…

Et c’est à partir de ce moment que le succés désertera, petit à petit, notre ami Kevin. Un de ses principaux défauts (corrigé depuis) était son ambition de vouloir incarner le héros ultime et de ressusciter, avec faste, le cinéma qui avait berçé son enfance.  Car Costner est le seul, à Hollywood, à encore croire au western ou au grand film d’aventures. En 1994, il tourne Wyatt Earp, réalisé par Lawrence Kasdan. Un échec publique retentissant. Pourtant ce western demeure un trés bon film. Mais le public se détourne de Costner et court applaudir Keanu Reeves dans Speed. En 95, c’est l’affaire Waterworld. Premier film à avoir, officiellement, atteint la barre des 200 millions de dollars de budget, il a bien failli couler Costner définitivement. Durant le tournage, que des problèmes! Intoxication alimentaire d’une partie de l’équipe technique, tempête qui coule les décors, retard dans le tournage, budget qui grimpe en conséquence, dispute entre Costner et la réalisateur Kevin Reynolds, départ volontaire de ce dernier, remontage du film par Costner (aussi producteur),.. Au final, on lui prédisait un bide. A l’été 95, le film fit un score honnête aux States (quasiment 100 millions de dollars de recettes) et marcha bien à l’international. Finalement, avec tout ce qu’ils avaient lu sur le film, les gens voulaient le voir. Ni vrai succés (encore que le budget a été tout juste remboursé!), ni vrai échec, le film est assez moyen, vaguement distrayant, mais assez ridicule par moments. Dommage…

Arrive le cas Postman, en 1997. Costner n’aura eu que deux ans de répit avant de couler pour de bon….mais pas définitivement! Postman est sa deuxième réalisation, sept ans après Danse Avec Les Loups. Le film est une sorte de western d’anticipation de prés de 3 heures. Pourquoi pas? Mais Costner n’a pas vraiment retenu la leçon de Waterworld et s’entête à vouloir faire trop ambitieux. Néanmoins, le tournage se passe bien. Et le film sort…..et devient le plus gros bide de la décennie. La critique le descend en flammes et le public ne se déplace pas….même dans les autres  pays! Kevin peut faire son adieu aux gros films hollywoodiens. Outrage suprême, le film est le grand vainqueur  des Razzie Awards 98 (les pires films, réalisateurs et acteurs). Le constat est amer. Sept ans après avoir tout gagné pour Danse Avec Les Loups, Costner atterrit au fond de la poubelle et devient, d’un coup, un has-been. Injuste. Car loin d’être aussi abouti que Danse Avec Les Loups, Postman demeure un sacré bon film. Tour à tour épique et émouvant, jamais ennuyeux, le film est réussi. On pourra juste lui reprocher des longueurs et la naïveté (et non pas la mièvrerie) de son message. Car Costner véhicule toujours le même message que dans son premier film, mais avec plus de lourdeur. En France, certains critiques ignares ont accusé le film d’être la vitrine légale du Parti Républicain. Ah bon? Vous en connaissez beaucoup des films « républicains » où  deux chefs ennemis s’affrontent mano à mano pour ne pas sacrifier inutilement la vie de leurs hommes? En plus, Costner est démocrate! N’importe quoi!

Mais Kevin est un cow-boy, un vrai! Il remonte en selle et continue, vaille que vaille, sa carrière. Depuis la fin des années 90, on l’a vu dans beaucoup de merdes (Coast Guards, Road To Graceland, Apparitions, Une Bouteille à La Mer) où il gaspillait son talent. Mais, ponctuellement, il jouait dans des films corrects voire réussis (Tin Cup, 13 Jours, Pour L’Amour Du Jeu, Les Bienfaits De La Colère, Company Men). Il a même interprété un père de famille serial-killer dans le sympatoche Mr Brooks (2007) où il était vraiment bon. Son duo avec William Hurt était jouissif et délectable. Mais surtout, il a réalisé (et interprété) un troisième film: le magnifique Open Range (2003). Le meilleur western de ses 10 dernières années (pardon Quentin, même si j’adore ton Django!) avec un superbe Robert Duvall. Un  chef d’oeuvre, tout simplement! Et puis, s’il reflète la personnalité de Costner, on sent poindre une légère amertume. Le grand Kevin se met à nu, comme jamais, dans cet opus majeur. Et tous ces critiques qui avaient craché sur Postman, de retourner leur veste en le portant (à nouveau) aux nues. Seuls les imbéciles, etc. Bref, Kevin, on l’aime ou pas mais c’est un homme droit dans ses bottes et qui n’a pas fini de nous étonner. Alors pour Danse Avec Les Loups, pour Postman, pour Open Range, pour avoir cru au potentiel de Wyatt Earp, pour sa ténacité et pour son talent, je dis que le César d’honneur est mérité! Et puis, il y a toujours ce petit garçon de 11 ans, au fond de moi, qui lui est éternellement reconnaissant pour Danse Avec Les Loups.

21 février, 2013 à 17 h 38 min


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