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PANIC SUR FLORIDA BEACH (1993)- La dernière séance

PANIC SUR FLORIDA BEACH (1993)- La dernière séance dans Un oeil dans le rétro photo-panic-sur-florida-beach-2131-11

Gene (à gauche) et son copain Stan

 

 

 Résumé:Octobre 1962.  A Key West, en Floride, le jeune Gene (Simon Fenton) attend la venue du producteur/réalisateur Lawrence Woolsey, venu présenter, en avant-première son dernier film: Mant! L’histoire d’un homme-fourmi! Mais la crise des missiles cubains éclate et la panique gagne la petite ville….

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Mant! le film dans le film…

Décryptage:Panic sur Florida Beach est, sans aucun doute, le film le plus personnel de Joe Dante, voire le plus autobiographique. Le personnage de Gene Loomis est un véritable autoportrait de Joe Dante enfant. Il aime les séries B fantastiques et grandit dans l’Amérique des années 60. C’est exactement ce que Joe Dante était, un gosse des 60′s amoureux de cinéma fantastique. D’ailleurs, dans le film, la décoration et les accessoires de la chambre de Gene et son frère sont directement issus de la collection personnelle de Joe Dante: affiches de films, jouets, magazines (Famous Monsters of Filmland), autant d’objets que Dante a gardé de son enfance. Pourtant, cette base autobiographique n’était pas le vrai film d’origine. Au départ, Dante voulait faire un film de monstre rendant hommage à ceux des années 50/60. Avec le scénariste de Gremlins 2, Charlie Haas, il rédige un traitement de scénario et filme des essais (qui vont nourrir Panic sur Florida Beach). Le titre du film aurait été Mant! (l’homme fourmi!). Mais personne n’est vraiment convaincu et le projet capote. Haas et Dante n’en reste pas là. Durant la préparation de Mant! , ils discutent de leurs enfances et….de cinéma fantastique. Et l’idée de faire un film là-dessus prend forme. Le film s’appelle Matinee en V.O (hommage aux doubles scéances du samedi) et va raconter l’histoire d’un jeune garçon qui rencontre son idole, un producteur/réalisateur de séries B fantastiques, sur fond de crise des missiles soviétiques. Le film présenté par le réalisateur fictif s’intitule….Mant! Dante en tourne des séquences entières dans un noir et blanc somptueux et  Rick Baker (Le Loup-Garou de Londres, Gremlins 2) donne vie à un magnifique homme-fourmi, délicieusement rétro. Toutes ces séquences transpirent tellement la passion de Dante, qu’on les croirait vraiment issues d’un film des années 60! Dante tourne même une parodie hilarante des productions Disney de l’époque, avec une Naomi Watts alors débutante.

L’action de Matinee se passe en octobre 1962. La crise des missiles de Cuba a alors éclaté et toute l’Amérique plonge dans la peur d’un holocauste nucléaire. Gene est particulièrement touché par cet événement. Il vit à Key West, en Floride, à 150 km des côtes cubaines. Il habite une base militaire avec sa mère et son petit frère. Ils déménagent souvent car le père, militaire de carrière, change d’affectation assez fréquemment. Et là, son père est envoyé en mission, probablement au large de Cuba (on ne le verra jamais pendant le film, sauf en photo ou sur un film familial en super 8). Gene a plus peur de perdre son père que d’une explosion atomique. Néanmoins, la psychose ambiante finira par le gagner, lors d’une tétanisante scéne de cauchemar. Alors Gene trouve refuge dans le cinéma fantastique, et plus particulièrement dans les films d’un certain Lawrence Woolsey (incarné par un John Goodman absolument génial!). Joe Dante va  doucement faire basculer son film en faisant déborder la fiction dans le réel (mais d’une façon non-fantastique cette fois). C’est un thème qu’il aborde dans beaucoup de ses oeuvres, la lente contamination de la réalité par la fiction fantastique ou cartoonesque (Dante est un fan de Chuck Jones). D’ailleurs, il est remarquable de constater, à ce propos, que son formidable segment pour La Quatrième Dimension-Le Film (1983) contient sa réflexion la plus poussée sur ce thème. Mais revenons à Matinee. Les jeunes héros vont voir un film sur les conséquences du péril atomique et où un monstre engendre une panique. D’une façon détournée, c’est exactement ce que va leur faire vivre Joe Dante. Il y a une menace de catastrophe nucléaire qui plane dans l’air, il y a un monstre en liberté (en fait le voyou engagé pour jouer l’homme-fourmi pendant l’avant-première du film), il y a une histoire d’amour (deux en fait), des personnages secondaires comiques (le directeur du cinéma, par exemple) et des personnes en détresse à sauver (une jeune fille enlevée par le monstre/voyou, un petit garçon suspendu dans le vide),… La réalité rejoint la fiction! Une scène l’illustre parfaitement: la scène de l’alerte à l’école. La jeune Sandra refuse de participer à ce simulacre inutile. Dante la filme alors comme dans un vrai film fantastique, avec le cadre penché. Elle symbolise la personne qui sait la vérité face aux autorités qui mentent. Comme chez Tim Burton, les marginaux sont souvent la solution pour dénouer les crises. Içi, nous avons l’imagination (Gene) et la lucidité (Sandra).

Mais le plus important dans ce film, c’est qu’il est une formidable déclaration d’amour au Cinéma. Le personnage qui le symbolise le mieux, est bien sûr Lawrence Woolsey. Cet homme est une sorte de grand enfant qui n’aurait pas grandi. Car son rôle de réalisateur, il l’applique dans la vie elle-même. Woolsey met en scène la réalité comme si c’était un film et manipule les spectateurs, au dedans comme en dehors de la salle (voire tous ces trucs à la William Castle pour secouer les spectateurs et les avants-premières pimentées par de fausses ligues de vertu qui viennent manifester contre le film). Le cinéma est un art du mensonge. Woolsey est donc un menteur de génie, mais un menteur habité par une passion dévorante pour le 7ème Art. On peut le voir grâce à la scène de la « caverne préhistorique » où il explique à Gene les origines et la fonction du cinéma (embellir la réalité). S’ensuit un joli mini-plan-séquence où Dante nous promène dans un cinéma des 60′s, tandis que Woolsey déclame une tirade à la gloire de cet endroit. On sent la nostalgie comme si Woolsey savait que cette conception du cinéma allait disparaître (et c’est la nostalgie de Joe Dante pour une époque révolue qui apparaît alors). Mais Woolsey a, certes, un esprit enfantin mais il y a chez lui, la roublardise de l’adulte bonimenteur. Car les adultes, pour Joe Dante, mentent parfois et, surtout, ne font pas preuve d’un grand sens des responsabilités, qu’ils prônent pourtant (cf les parents progressistes de Sandra qui, sous couvert de l’émanciper, délaissent leur fille). Il arrive que les adultes deviennent fous et ne savent plus ce qu’ils font. Le directeur du cinéma (l’hilarant Robert Piccardo, fidèle second rôle de Joe Dante) devient complétement parano à cause de la crise cubaine. A un moment, Dante le filme en train de regarder les informations à la télé. On voit d’abord son reflet dans le téléviseur. Il a été happé par l’écran et il est prisonnier de sa propre psychose.

L’irresponsabilité des adultes est souvent pointée du doigt par Joe Dante dans ses films. Les enfants, eux, sont détenteurs d’un grand pouvoir: l’imagination. Mais avoir un grand pouvoir signifie avoir de grandes responsabilités. Dante aime l’anarchie que peut faire régner une bande de sales gosses mais s’ils ne se canalisent pas et si les adultes, qui doivent les protéger, ne prennent pas leurs responsabilités, les enfants deviennent des petits voyous. A la fin de Gremlins, Bill rend Gizmo car il ne se sent pas prêt à s’occupper de lui (mais à la fin du 2, devenu plus mûr, il pourra le faire). C’est la même chose dans Matinee. Gene doit grandir tout en gardant sa candeur d’enfant. Il doit veiller (et sauver) son petit frère comme Bill devait veiller sur Gizmo. C’est la fin de la fiction et le début de la vraie vie. Le passage à l’âge adulte mais en gardant ses rêves d’enfant. A la fin du film, un projecteur s’éteint et un petit garçon (qui a mûri) attend le retour de son père (symbolisé par le vol d’un hélicoptère) en compagnie de sa petite fiancée. Gene a vu l’envers du décor. Il sait que le cinéma est un art de « truqueur » mais ça ne fait rien. Il garde son amour pour les séries B. Etre adulte, tout en rêvant, c’est la seule façon, pour Joe Dante, de ne pas sombrer dans la folie au sein d’un monde complètement fou. Vivons heureux jusqu’à la prochaine guerre…..

Panic Sur Florida Beach (Matinee) de Joe Dante, disponible en DVD et Blu-Ray chez Carlotta Films.

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2 août, 2013 à 16 h 11 min


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