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L’ETRANGE AFFAIRE DE SPRING HEELED JACK- 10/06/40

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Londres, 1861. L’explorateur Richard Francis Burton, dont la réputation est salie suite à la polémique sur les sources du Nil, est chargé par le gouvernement britannique d’enquêter sur deux affaires mystérieuses. Dans l’East End londonien, de jeunes ramoneurs sont enlevés par des créatures étranges que les témoins décrivent comme étant des loups-garous. Et dans les environs de Londres, des jeunes filles se font brutalement agresser par un monstre effroyable baptisé Spring Heeled Jack par la population, et capable de faire des bonds dans les airs! Entraînant avec lui son ami Algernon Swinburne, poète libertin, Burton va découvrir une vérité incroyable dans une Angleterre déchirée par le conflit entre Technologistes et Débauchés.

L’Etrange Affaire De Spring Heeled Jack est le premier roman du britannique Mark Hodder (scénariste à la BBC, journaliste et webmaster). Il a été couronné du prestigieux Prix Philip K. Dick en 2010. Trois ans après, les éditions Bragelonne nous en proposent la traduction française (bravo et merci à Olivier Debernard).  Et autant le dire, c’est un véritable chef d’oeuvre! Un des meilleurs romans fantastiques des dix dernières années. Pour une première oeuvre, le niveau d’excellence de Hodder est tout simplement bluffant. Incroyable!

La trame du roman est passionnante. On a pas envie de le lacher. Les deux affaires sur lesquelles enquêtent Burton (et qui finiront par se rejoindre à un moment) recèlent suffisamment de mystères et de rebondissements pour tenir en haleine le lecteur sur 500 pages. Avec un art consommé du suspense et de l’aventure, Hodder conduit son récit de main de maître et nous entraîne avec lui. D’autant qu’il a le mérite de centrer son récit sur Spring Heeled Jack (littéralement « Jack Talons à Ressort »). Ce dernier est une figure, peu connue en France, du folklore anglais de l’époque Victorienne, curieusement annonciatrice des méfaits de Jack l’Eventreur. Ce croquemitaine (véritable légende urbaine) est supposé avoir fait de nombreuses victimes parmi les jeunes filles de l’époque, sur une période allant de 1837 à 1903. Certains n’y ont vu qu’un canular, d’autres l’oeuvre du Diable, certains même l’action d’extra-terrestres! Pour plus de renseignements, tapez Spring Heeled Jack dans un moteur de recherche et vous verrez les résultats!

Mais certaines agressions semblent ne pas avoir été inventées (peut-être y-a-t-il-eu un phénomène d’hystérie collective comme à Salem?). Mark Hodder les a repris, avec les bonnes dates et le vrai nom des victimes. Dans la deuxième partie du roman (qui en comporte trois), il nous propose une explication sur ce mystère. Une explication originale mais fantastique (ce qui veut dire que ce n’est sûrement pas la bonne!) qui précipite soudain le récit vers une tout autre direction (si on relit le roman, on voit la première partie sous un autre angle). Encore que le contexte de l’histoire aurait du nous mettre la puce à l’oreille. Bien que se passant en 1861, le roman ne se situe pas à l’époque Victorienne. Curieux paradoxe, n’est-ce pas? L’explication de ceci, Hodder vous la donnera. Nous sommes ici dans une réalité alternative. Et la science y a fait des progrés stupéfiants. Il y a des machine volantes et des centrales énergétiques! Pourtant, à part cela, le monde décrit ressemble bien à l’Angleterre Victorienne.

Le récit flirte avec la science-fiction. Les questions de progrés (notion d’éthique dans les recherches scientifiques) et de déterminisme y sont débattus. On parle aussi beaucoup de Darwin et de sa théorie de l’évolution. Et une question est posée tout le long: « La destinée de l’Homme est-elle inéluctable ou peut-il la changer et être maître de son destin? » Et le héros, Sir Richard Francis Burton, a été trés bien choisi par Hodder. L’explorateur (véritable personnage historique, rappelons-le) est ici à un carrefour de sa vie. C’est un homme frustre, en proie au doute et trainé dans la boue par la presse. Le portrait de cet homme dessiné par Hodder est remarquablement précis et nous le rend crédible et attachant.  Burton va s’affirmer tout le long du récit et finira par prendre une décision lourde de conséquences. Mais ce n’est pas la figure la plus tragique du roman. Un autre homme va sombrer dans ces abîmes de réflexion et provoquer l’irréparable pour lui comme pour les autres…..mais chut!

Le style de Hodder est abolument parfait. La description de l’Angleterre Victorienne (en particulier les bas-fonds) est saisissante de réalisme (mention spéciale à la société des Ramoneurs). L’humour présent dans les joutes verbales entre Swinburne et Burton aére le récit tout comme la présence d’hilarants perroquets messagers!  On nage, en plus, en plein esprit serialesque avec des courses-poursuites, des visites nocturnes dans des cimetierres, des loups-garous, des enfants enlevés, des expériences scientifiques aberrantes, etc. Les amateurs seront comblés! Et puis beaucoup d’émotion mais chut, là encore! Le roman se clôt sur une interrogation qui n’a pas fini de questionner le lecteur. Et lui, qu’aurait-il fait? Oh non, vous n’oublierez pas de sitôt Spring Heeled Jack et son terrible secret! Note: 20/20

The Strange Case Of Spring Heeled Jack de Mark Hodder, éditions Bragelonne, 2013.

11 septembre, 2013 à 9 h 45 min


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