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BLUE JASMINE-Portrait de femme

BLUE JASMINE-Portrait de femme dans Cinéma blue-jasmine-300x211

Blue Jasmine est, sans conteste, le meilleur film de Woody Allen depuis Le Rêve de Cassandre, en 2007. On y retrouve sa qualité d’écriture habituelle et aussi sa férocité sans concession qui amène le film vers une certaine noirceur. Cette fois, Woody s’intéresse à la crise, mais du côtés des nantis (remarquable de constater que Le Rêve de Cassandre anticipait largement les ravages de celle-ci dans les milieux populaires). Nous suivons le parcours d’une femme de la haute-société, époux d’un magnat de la finance (excellent Alec Baldwin), qui sous des dehors bienveillants, cache un escroc et un coureur de jupons. Cette femme, Jasmine, est brillament interprétée par Cate Blanchett. Tour à tour fragile, déterminée, hautaine voire pitoyable, l’actrice livre ici l’une des meilleures  performances de sa carrière (un Oscar! Un Oscar!).

Car tout la grande réussite du film est de nous intéresser à cette femme. Au début, on a vraiment envie de la gifler. Elle vit dans son petit univers de riches snobinards et regarde le monde avec des oeillères. Elle méprise ouvertement son beau-frère (pauvre petit prolo) avec qui s’est mariée sa soeur (irrésistible Sally Hawkins). Et puis, on en apprend plus sur elle et son histoire. Le film fait d’incessants voyages entre le passé et le présent, mais avec une grande fluidité, sans que le spectateur soit perdu. Et là, Jasmine nous émeut. Elle n’est qu’une femme trompée par son mari et, par extension, par toute une bonne société qu’elle croyait inébranlable. Les fêlures du personnage nous apparaissent: alcoolisme, dépendance aux cachets, dépression nerveuse,….le film se clot, d’ailleurs, sur une image bouleversante et terrible.

Woody épingle avec une grande jubilation le monde des riches et de la finance. Le mari de Jasmine finit par descendre de son piédestal et n’être plus qu’un Bernard Madoff queutard et magouilleur. Mais ce genre d’homme a entraîné la faillite de nombreux salariés et épargnants plus modestes. Et Woody nous le rappelle, via le personnage de Augie (l’ex beau-frère de Jasmine), dont la vie et le mariage ont été brisés à cause de cela. La vie ancienne de Jasmine, riche et insouciante, n’était qu’une illusion. La vraie vie, ce n’est pas ça. Le seul personnage qui le comprend, le beau-fils de Jasmine, rompt avec cette vie et avec sa famille. Peut-être la chose la plus sensée à faire….

Mais cette Jasmine est-elle un monstre? Non, juste une femme seule et trahie qui fera un geste terrible précipitant sa propre chute. Woody se moque de sa coquetterie et de son snobisme. Mais il est incroyablement délicat quand il la filme tentant de refaire sa vie. Après tout, elle en a le droit. Mais son passé finira par la rattrapper alors qu’elle essayait, encore une fois, de cacher la vérité. Une vérité qu’elle ne veut pas affronter. Il y a ensuite un portrait croisé entre sa rencontre amoureuse avec un diplomate et les hésitations sentimentales de sa propre soeur. Blue Jasmine est élégant, touchant et trés sombre. Mais on retrouve l’humour Allenien, par petites touches (le dentiste obsédé sexuel, les crises de jalousie et de larmes du petit ami de la soeur). Mais ça grince. Car le film reste lucide. Blue Jasmine est un film dont le parfum reste entêtant, même après la fin. A voir! Note: 18/20

Blue Jasmine, de Woody Allen, avec Cate Blanchett, Alec Baldwin et Sally Hawkins, en salles depuis le 25 septembre.

27 septembre, 2013 à 16 h 11 min


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