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PRISONERS-Dans le labyrinthe

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Le détective Loki (Jake Gylenhaal) tente de calmer Keller Dover (Hugh Jackman)

 

 

Deux petites filles disparaissent le jour de Thanksgiving, dans une banlieue américaine. Suite à un signalement, le détective Loki (Jake Gyllenhaal) arrête un suspect, un simple d’esprit nommé Alex Jones (Paul Dano). Ce dernier nie et, faute de preuves, est relaché. Le père d’une des filles, Keller Dover (Hugh Jackman), ne l’entend pas de cette oreille et le kidnappe afin de lui faire avouer où il a caché sa fille. Le détective Loki poursuit, quant à lui, son enquête….

Prisoners, réalisé par le canadien Denis Villeneuve (Incendies), est certainement le meilleur polar américain de ces dix dernières années. Le film cumule des qualités d’écriture, de réalisation et d’interprétation qui le hissent, sans problèmes, au rang de classique du genre. On pense beaucoup à des films comme Le Silence des Agneaux, Seven ou Mystic River. Il faut dire que Prisoners a un point commun avec les films pré-cités: la volonté de regarder le Mal droit dans les yeux.

Le film s’ouvre par la voix-off de Hugh Jackman récitant le Notre Père et des images nous montrant un père (Jackman) et son fils chassant. Avant de tuer un animal innocent (de prendre une vie), le père de famille prie pour le salut de son âme. Cet homme, croyant et respectueux de toute vie, va effectuer, durant le film, un voyage qui va l’amener à renier ce principe, et ce pour un noble motif: retrouver sa fille. Keller devient un homme brisé mais qui décide de se battre. Il mène sa propre « enquête » en torturant un suspect. Les actes que commet Keller sont abominables et pourtant, on reste à ses côtés. Villeneuve ne le glorifie pas mais ne le condamne pas pour autant. C’est un père de famille qui veut retrouver son enfant, à tout prix, même s’il doit commettre l’irréparable. Les scènes d’ »interrogatoires » sont violentes et insoutenables. Keller les justifie en disant que  Alex Jones  »n’est plus un homme ». Il n’a donc plus à respecter la vie de son prochain. Mais ce suspect est-il vraiment coupable? Est-ce un manipulateur ou juste un pauvre simple d’esprit? Il faut souligner l’interprétation saisissante de Paul Dano dans un rôle qu’il ne rend jamais caricatural. Cette partie-là de Prisoners est passionante. Les repères moraux du spectateur sont brouillés (où est le bien? où est le mal?) et on ne sait quelle issue aura le dénouement. Hugh Jackman trouve là le rôle de sa vie. Fragile, déterminé, violent. On lit la douleur, le chagrin, la colère, la rage dans chacun de ses regards. Il est le coeur vibrant du film.

La deuxième partie du film, montée en parallèle, suit l’enquête de l’inspecteur Loki, incarné par un Jake Gyllenhaal au regard hanté, à l’obsession palpable et qui se retient de ne pas éclater (l’antithèse de Keller). On devine un lourd passé d’enfant martyr chez lui, ce qui nous le rend attachant (le rôle de l’enquêteur est souvent un rôle ingrat dans les films). Loki mène son enquête sur les disparitions, tout en surveillant Keller du coin de l’oeil (leur scène de discussion dans la voiture est l’une des meilleures du film). L’enquête de Loki est complexe et semble déboucher sur quelque chose d’innattendu. Mais peut-être que ce ne sont que des fausses pistes… Néanmoins, on est scotché à notre fauteuil jusqu’à la fin. Le doute ne nous quitte pas. Nous sommes perdus dans un labyrinthe, et cette image n’est pas innocente.

Le Mal est partout dans ce film. Il se cache chez le voisin, à l’abri d’une maison de banlieue. Il se cache en nous, quand nous croyons agir pour le bien (comme le personnage de Keller). Et les enfants (incarnation suprême de l’innocence) en sont souvent les victimes. Il ne semble pas y avoir d’espoir. Le Mal brise des vies, à jamais. Villeneuve adopte un style classique et ample. Il scrute les visages, les rues, les façades des maisons. Il ne cherche pas à édulcorer son propos. Le film est sombre et sans concessions. Il y a beaucoup de suspense, un suspense au paroxysme avec la folle course d’une voiture, à la fin. A cette tension constante, répond une émotion sincère et bouleversante (les parents des fillettes disparues, on pense notamment aux magnifiques Maria Bello et Viola Davis). Le film se passe entre automne et hiver, dans la brume et le froid et sous la pluie. L’atmosphère laisse peu passer la lumière (superbe photo de Roger Deakins). Denis Villeneuve a l’art de réussir toutes ces scènes (l’arrestation du suspect au début est un modèle du genre) et de se focaliser sur des détails troublants (des poupées enterrées, des serpents dans une malle, un chien maltraité) qui achèvent de donner une atmosphère de cauchemar au film. Un film qui s’ouvre sur une prière et se clôt sur un déchirant appel à l’aide qui vous vrille le coeur.

Oui, Prisoners est un grand film noir, brutal, sans concessions et qu’on garde longtemps après la projection. Note: 18/20

Prisoners, de Denis Villeneuve, avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo et Paul Dano, en salles depuis le 9 octobre.

 

11 octobre, 2013 à 16 h 29 min


Un commentaire pour “PRISONERS-Dans le labyrinthe”


  1. Zig Zag écrit:

    Un bon film mais que j’ai trouvé un peu longuet quand même, et avec quelques incohérences..

    Répondre


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