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L’ANTRE DE LA FOLIE (1994)-Ghost writer

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John Trent (Sam Neill) est-il fou? Peut-être….Peut-être pas!

Résumé : John Trent (Sam Neill) est enquêteur pour une compagnie d’assurances. Il est chargé de retrouver l’écrivain Sutter Cane, mystérieusement disparu avant de rendre son dernier roman. Sutter Cane écrit des livres d’horreur très populaires. Flanqué de Linda Styles (Julie Carmen), la seule personne de sa maison d’édition à qui Cane fait lire chacun de ses romans avant publication,  Trent commence sa recherche qui le mène bientôt dans la mystérieuse ville de Hobb’s End…

ATTENTION! IL EST PREFERABLE D’AVOIR VU LE FILM AVANT DE LIRE CET ARTICLE!!!!!!

Décryptage : John Carpenter, à travers beaucoup de ses films (Halloween, Fog, Prince des Ténèbres, Invasion Los Angeles), n’a cessé de traiter de la contamination du monde par le Mal. C’est même un thème qu’il a complétement intégré à sa mise en scène (cf Halloween où le psychopathe Michael Myers cherche toujours à envahir le cadre jusqu’à fusionner complétement avec lui dans les dernières images du film). L’Antre De La Folie ne fait pas exception à la règle. Carpenter n’est pas l’auteur du scénario (au contraire d’Assault, Halloween ou Fog entre autres) mais celui-ci épouse complètement ses thématiques. Le script est du à Michael DeLuca, jeune scénariste à l’époque, qui deviendra par la suite l’un des dirigeants de New Line (distributeur de L’Antre De La Folie), avant de partir travailler chez Dreamworks. Carpenter avait d’abord refusé (5 fois!) son scénario. En fait, il était excité par l’idée de départ mais jugeait le scénario inabouti et poussait constamment DeLuca à le réécrire pour atteindre la perfection. Méthode qui va s’avérer payante! L’Antre De La Folie s’avérant être le dernier grand film de Big John, son dernier chef d’oeuvre qui va lui permettre de s’amuser avec la frontière fiction/réalité, chose qu’il n’avait jamais fait avant de manière aussi frontale (sauf peut-être Invasion Los Angeles mais d’une façon subtile…et trés politique!).

La contamination de notre monde par le Mal est bien présente. Sauf que cette fois, c’est l’Humanité toute entière qui risque d’être contaminée. Ici, le Mal, c’est l’imaginaire diabolique de l’écrivain Sutter Cane, qui corrompt ses lecteurs et les fait basculer dans la folie. Une folie qui ménera à une sorte d’apocalypse, la fin de l’Humanité! Pour reprendre une analogie empruntée à Stephen King, la folie est une balle élastique, elle rebondit et finit par toucher beaucoup de monde. La fin de l’Humanité… En fait, ce rebondissemnt final était largement prévisible dès le début du film. Le héros, John Trent, est clairement l’alter-ego de Carpenter. Il est cynique, misanthrope à l’excés et professe tout haut son mépris pour le reste du monde. On dirait vraiment Carpenter, lorsque celui-ci nous livre des films méchants et terriblement lucides sur notre société….Le film offrira à John Trent la fin du monde sur un plateau. Et 2 ans plus tard, Carpenter autorisera Snake Plissken à « éteindre » le monde….

Mais le nihilisme n’est pas une fin en soi chez Carpenter. Heureusement, L’Antre De La Folie n’est pas que ça! La folie est bien présente. Dès le début, Trent est enfermé dans un asile d’aliénés. Le ton est d’emblée donné. On peut choisir de croire Trent…ou non! Mais nous y reviendrons plus tard, tant le cas Trent est trés complexe! L’Antre De La Folie va permettre à John Carpenter de se lâcher et d’aller trés loin dans le délire. Le film ne cesse de nous interroger constamment sur notre rapport à la réalité. Qu’est-ce que la réalité? Ou s’arrête-t-elle? Ou commence la fiction? Sommes-nous fou de croire tout ce que nous voyons? John Trent ne cesse de dire à Styles: « C’est la réalité » en désignant ce qui les entoure, par opposition aux écrits de Sutter Cane. Mais lui-même voit ses repères brouillés. Lorsque le fantastique débarque sous ses yeux, il affirme le contraire: « Ce n’est pas la réalité! ». Peut-être a-t-il raison, nous sommes dans un film, après tout….Mais allons doucement sur ce terrain! Avant d’aller plus loin, soulignons juste la grande qualité visuelle du film, qui n’a coûté….que 12millions de dollars! Carpenter n’est jamais meilleur que dans les petits budgets de série B. Ici, son sens parfait (et maniaque) du cadre s’allie à des décors, une lumière et des effets spéciaux de toute beauté! Le film baigne dans un climat étrange, à la limite du cauchemar éveillé et Carpenter nous livre des visions d’horreur, véritables tableaux horrifiques (justement, il y a un tableau à un moment, qui ne cesse de changer…), et sous influence lovecraftienne (Sutter Cane est clairement un Lovecraft moderne). Il y a d’abominables créatures qui se cachent derrière une porte qui se gondole doucement….L’une des visions les plus fortes du film!

Le point de vue du film semble être exclusivement celui de John Trent. C’est lui qui raconte son histoire (donc le film) à un psychiatre (joué par David Warner), du fond de sa cellule en asile psychiatrique. Nous épousons donc sa vision des faits. Mais Trent est-il sain d’esprit? N’est-il pas lui aussi devenu fou suite à la lecture des œuvres de Cane? C’est après avoir lu un roman de Cane, sur son canapé, que l’histoire commence vraiment. D’ailleurs Trent rêve à un moment qu’il se réveille d’un cauchemar! « La réalité n’est plus ce qu’elle était! » comme lui affirmera l’un des habitants de Hobb’s End. Hobb’s End, justement, est la représentation mentale des délires de Sutter Cane. La ville est fictive tout comme ses habitants. Mise en abîme évidente qui permet à Carpenter de nous rappeler que nous sommes devant un film, pas devant la réalité… Le moment le plus jouissif est celui ou Trent apprend de la bouche de Sutter Cane qu’il n’est qu’un personnage qu’il a inventé! Un personnage de film apprend….sa propre existence « fictive » devant nos yeux! De là à dire que Sutter Cane et John Carpenter ne font qu’un….Pourtant, nous avons établi la similitude entre Carpenter et John Trent. Et puis le film épouse le point de vue de ce dernier! A moins que John Trent et Sutter Cane ne soit une seule et même personne! Un enquêteur d’assurances (Trent) qui écrit des histoires d’horreur sous pseudonyme (Cane). La véritable personnalité serait celle de « Cane », « Trent » n’étant qu’un masque (cela valide le fait que Cane dévoile son caractère fictif à Trent). John Trent serait donc devenu schyzophrène et aurait refoulé son identité d’écrivain. Tout le film se déroulerait alors dans son inconscient. Petit indice allant dans ce sens: la façon dont l’éditeur joué par Charlton Heston apprend à Trent que celui-ci lui a apporté le manuscrit de Cane deux mois auparavant, alors qu’il vient juste de rentrer de mission!

Enfin, il y a cette scène finale, cette ultime pirouette qui achève le film d’une façon assez surprenante. Quand Carpenter tournait L’Antre De La Folie, pour lui, tout ceci n’était pas sérieux et l’humour tient une grande place dans le métrage. Pour autant, le film n’est pas une comédie fantastique. Il fait souvent assez peur mais il y a toujours un second degré qui vient contrebalancer tout ça. D’ailleurs l’interprétation de Sam Neill est assez parodique par moments. Le comédien livre ici une de ses meilleures prestations, donnant un visage crédible à la folie. Mais revenons à cette fin. John Trent déambule dans un monde ravagé par les écrits de Sutter Cane. Dernier survivant de l’Humanité, il entre dans un cinéma qui projette un film adapté de Cane: In the Mouth Of Madness (L’Antre De La Folie). Sur l’affiche, le nom de l’acteur principal est John Trent et le réalisateur….John Carpenter! La mise en abime continue donc. Mais le plus beau arrive. Dans une salle où il est seul, Trent regarde le film….qui est exactement celui que l’on vient de voir! Il se voit donc à l’écran, en « messager » de Sutter Cane, responsable du chaos. Et John Trent, devant ce spectacle, éclate de rire. Son rire finit par s’étrangler à la fin mais il est toujours là. Une ultime image de la folie qui clôt le film. Mais si Trent est Cane, nous avons peut-être le rire d’un créateur devant sa création…  Mais ce rire, c’est aussi le rire de Carpenter. Ce dernier semble s’adresser au public: « C’était fun, ce film! Je me suis bien marré et vous? Non? Allons, les enfants, cette histoire n’est pas très sérieuse! » Peut-être est-ce aussi le rire de Carpenter le cinéaste face à toute sa filmographie? « Je m’éclate à faire des films d’horreur mais je ne crois pas au surnaturel. Je suis comme Sutter Cane, prisonnier d’un genre et j’effraie les foules. Quel pied! » Le rire d’un éternel maverick face à un système hollywoodien qu’il ne comprend plus (en cette première moitié des 90′s, les films d’horreur sont de plus en plus bâclés et cyniques) et qui ne l’a jamais compris? Connaissant le bonhomme, c’est fort probable!

In The Mouth Of Madness, de John Carpenter, avec Sam Neill, David Warner, Julie Carmen, Jurgen Prochnow, John Glover et Charlton Heston. Disponible en DVD Zone 2 chez Metropolitan.

rmouth4 dans Un oeil dans le rétro

18 octobre, 2013 à 9 h 38 min


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