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NOS HEROS SONT MORTS CE SOIR- Je suis l’autre

NOS HEROS SONT MORTS CE SOIR- Je suis l'autre dans Cinéma nos-heros-sont-morts-ce-soir-300x127

France, début des années 50. Simon (Jean-Pierre Martins), catcheur, porte le masque blanc. Sur le ring, il est Le Spectre. Il propose à son ami Victor (Denis Ménochet), de retour de la guerre, d’être son adversaire au masque noir: L’Equarisseur De Belleville. Mais pour Victor, encore fragile, le rôle paraît bien trop lourd à porter: pour une fois dans sa vie, il aimerait être dans la peau de celui qu’on applaudit. Simon suggère alors à son ami d’échanger les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-là impunément….

Au milieu de la cascade de sorties cinématographiques qui s’abat chaque semaine, il arrive qu’un petit film passe un peu inaperçu. Il y a entre 15 et 20 sorties par semaine et, la plupart du temps, certains de ces films ne valent pas tripette. Mais il faut bien observer et, quelquefois, partir à l’aventure et donner sa chance à un petit film. On peut être déçu mais on peut être agréablement surpris et faire une découverte. C’est ce qui est arrivé à l’auteur de ces lignes durant la projection de Nos Héros Sont Morts Ce Soir de David Perrault.

On tombe instantanément sous le charme de ce film dés ses premières minutes. Perrault filme avec élégance et maîtrise dans un noir et blanc superbe. L’œil est déjà conquis. Car il s’agit, surtout, d’un film-impression, d’un film-atmosphère. Perrault ressuscite toute une époque: celle des années 60. C’est la France gaulliste de la guerre d’Algérie, la France des bistrots, des quartiers populaires et des milieux interlopes (gangsters, catcheurs, tenancière de bar). On y croit. On y est. On peut presque le respirer. On est avec les héros au comptoir ou dans leur chambre d’hôtel. La grande beauté formelle du film n’exclut pas la proximité qu’on éprouve pour les personnages et l’histoire.

Là réside peut-être le point faible du film, mais qui ne gâche en rien le plaisir du spectateur. L’histoire est un peu lâche et certains de ses aspects ne sont pas assez développés. C’est un premier long-métrage et il manque une certaine rigueur dans l’écriture scénaristique. Mais ce n’est pas forcément un grand mal! Les deux personnages principaux, incarnés par les formidables Denis Ménochet et Jean-Pierre Martins, sont remarquablement écrits. Deux hommes liés par un passé commun mystérieux et hantés par la guerre d’Algérie (surtout le personnage de Denis Ménochet). Des personnages cassés, qui n’apprécient pas leur propre image, comme dévalorisés. Le catch et ses masques/identités secrètes les révèlent à eux-mêmes et en font des super-héros (mais sans super-pouvoirs!). Mais l’un ne veut plus être le « méchant » sur le ring. Ils échangent leurs identités. Jalousie, vertige de l’identité…Devenir l’autre… Le film bascule, discrètement, dans un fantastique atonal, qui culmine lors de son épilogue mélancolique ( Qui est qui? Tout cela est-il réel? Où commence la fiction? Où finit la réalité?). On notera aussi le cauchemar récurrent de Victor, splendide séquence où éclate un désespoir et un sentiment de paranoïa prégnants. Les second rôles sont formidables (les lumineuses Constance Dollé et Alice Barnole, le truculent Philippe Nahon). Le personnage du Finlandais (Pascal Demolon, génial!) semble tout droit sortir d’un film de Tarantino.

Tarantino, justement. Perrault semble avoir la même démarche: citer des films qui l’ont marqué mais sans les singer et en y apportant quelque chose de nouveau. Pêle-mêle, on y trouve des références à Robert Wise, Jean-Luc Godart, George Franju, Melville, bien sûr, dont le fantôme semble planer sur le film. Mais on trouve aussi des références littéraires (Gérard De Nerval). Des séquences magnifiques impriment la rétine et la mémoire: celle du coup de foudre entre Simon et Anna, le combat de catch entre les 2 amis (d’un réalisme brut percutant!), l’incendie final,…  La grande force du film demeure, néanmoins, cette grande histoire d’amitié entre Victor et Simon. Deux amis qui s’apprécient et se respectent mais ont du mal à se le dire.

Alors, si vous voulez voir un film français filmé autrement qu’un épisode de Joséphine Ange Gardien ou Louis La Brocante, donnez sa chance à ce petit film et laissez vous porter par ses charmes et son mystère!  Note: 14/20

Nos Héros Sont Morts Ce Soir, de David Perrault, avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Philippe Nahon, Pascal Demolon, Alice Barnolle et Yann Colette (grand plaisir perso de le revoir!), en salles depuis le 23 octobre.

 

25 octobre, 2013 à 16 h 21 min


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