Un site utilisant unblog.fr

PHILOMENA- Searching for Tony

Philomena (Judi Dench) et Martin (Steve Coogan) partent à la recherche de Tony.

Philomena (Judi Dench) et Martin (Steve Coogan) partent à la recherche de Tony.

 

Irlande, 1952. La jeune Philomena Lee, enceinte, est confiée à un établissement qui accueille des filles mères, tenu par des religieuses. Son fils Tony lui est enlevé et confié à une famille de riches américains. 50 ans plus tard, Philomena (Judi Dench) décide de découvrir ce qu’est devenu Tony. Elle est aidée dans cette quête par un journaliste cynique: Martin Sixsmith (Steve Coogan). Ensemble, ils partent à la recherche de Tony. Pas gagné vu qu’ils ne semblent n’avoir rien en commun. Et pourtant une amitié sincère naîtra entre eux.

Depuis quelques films, le britannique Stephen Frears (Les Liaisons Dangereuses) nous livre de très réussis portraits de femmes: Mrs Henderson Présente (2005), The Queen (2006), Chéri (2009), Tamara Drewe (2010), Lady Vegas (2012). Pour son dernier film, il part d’une histoire vraie, celle de la véritable Philomena Lee. Le journaliste Martin Sixsmith avait écrit un livre sur l’histoire de Philomena, paru en 2009. Emu par cette histoire, l’acteur Steve Coogan en achète les droits et l’adapte lui-même en scénario. Il embauche Frears pour le réaliser et s’octroie le rôle de Martin Sixsmith. Le livre se concentrait sur l’histoire de Philomena et de son fils. Sixsmith ne se mettait pas en scène. Ici, Coogan décide, au contraire, d’articuler son adaptation sur le parcours et l’enquête de Philomena et Martin, ainsi que sur l’évolution de leur relation. Un choix qui s’avère judicieux.

Il y a deux films en un dans Philomena. Tout d’abord, il y a l’histoire de cette femme partie à la recherche de son fils qu’on lui a enlevé et de ce qu’elle va découvrir sur lui. Non seulement l’histoire est bouleversante (difficile de ne pas avoir la gorge serrée devant certaines scènes) mais elle est vraie, ce qui nous rend Philomena encore plus proche. Avec beaucoup de retard, Philomena découvre la vie de son fils, sa réussite mais aussi ses malheurs, via des photos, des films ou des témoignages de proches. Le procédé est assez subtile et permet à Frears ne pas user de trop de flashs-backs lourdingues. Il y a aussi une dimension sociale et une dénonciation assez virulente de l’église catholique irlandaise et de la façon scandaleuse dont elle traitait les filles mères. Non seulement, les jeunes filles se voyaient privées de leurs enfants à jamais mais elle servait aussi de main d’œuvre gratuite aux religieuses pour les dédommager. Un film comme The Magdalen Sisters (2002) de Peter Mullan y revenait avec beaucoup de force. Ici, Frears n’en fait pas non plus sa priorité absolue mais en quelques scènes, ils montrent l’intolérance et la bêtise de certains bien-pensants, des deux côtés de l’Atlantique.

La deuxième histoire, c’est cette amitié improbable entre Philomena et Martin. Philomena est catholique fervente (elle n’en veut pas à l’église malgré ce qu’elle a subi), c’est une femme du peuple dotée d’un bon sens à toute épreuve et d’une confiance inébranlable en l’humanité. Tout le contraire de Martin qui est misanthrope, cynique et cache ses émotions sous des tonnes de sarcasmes. Il faut saluer l’excellente interprétation de Dame Judi Dench et de Steve Coogan. Elle, drôle, pétillante, au regard parfois malicieux et qui passe du rire aux larmes avec une grande aisance. Difficile de ne pas s’émouvoir quand elle essaie de se confesser à un prêtre, par exemple. Le visage de Judi Dench est d’une grande expressivité sans que l’actrice ne force le trait. Coogan est drôle et spirituel. Mais il est tellement maladroit qu’il en devient touchant. On sent qu’il contient ses vraies émotions. Durant tout le film, les deux personnages s’envoient des piques (notamment sur la religion) très drôles mais ils finissent par se lier d’une amitié profonde. Martin Sixsmith s’ouvrira comme jamais à la fin, quand sa colère éclate et quand il exprime, maladroitement, son attachement à Philomena. Les derniers instants du film sont bouleversants, l’un des personnages enseignant à l’autre les vertus du pardon (la scène est très forte) et l’autre exprimant la colère que l’autre refuse de montrer. C’est là le plus touchant dans ce film: le rapprochement et l’estime affectifs que finiront par se porter deux personnages fort différents. Stephen Frears ponctue son film de moments drôles et émouvants, sans jamais verser dans le pathos, à l’aide d’une mise en scène élégante, classique et proche des personnages. Philomena est un film peut-être un peu statique par moment (seul reproche qu’on pourrait lui faire) mais terriblement humain. Note: 16/20

Philomena, de Stephen Frears, avec Judi Dench et Steve Coogan, en salles depuis le 8 janvier.

12 janvier, 2014 à 10 h 49 min


Laisser un commentaire