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LE VENT SE LEVE-Les ailes du désir

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« Le vent se lève….Il faut tenter de vivre! » Paul Valéry

 

Hayao Miyazachi l’a dit et répété: Le Vent Se Lève sera son dernier film, il prend sa retraite à 72 ans, rideau! Cette annonce a traumatisé tous les fans du réalisateur, dans le monde entier. Le magicien derrière Mon Voisin Totoro, Porco Rosso, Princesse Mononoké ou Le Voyage de Chihiro, décide de raccrocher ses pinceaux. Il a fait rêver au moins trois générations de spectateurs (avec seulement 10 longs-métrages réalisés en 30 ans plus des scénarios comme ceux de Pompoko ou Le Petit Monde d’Arriety). Son œuvre est reconnue par la critique et son travail dépasse le simple cadre du film d’animation pour entrer dans le domaine du grand cinéma. Alors, Le Vent Se Lève se vit forcément comme un film-testament qui clôt une œuvre riche et passionnante.

L’histoire est inspirée de la vie de l’ingénieur en aéronautique Jiro Horikoshi. Dans les années 30, c’est lui qui a construit le tristement célèbre avion Zero qu’utilisèrent les pilotes kamikazes durant la Seconde Guerre Mondiale, et notamment l’attaque de Pearl Harbor en 1941. Le film se concentre sur la jeunesse et les premières années de la vie professionnelle de Jiro. Il est bien sûr judicieux de remarquer les ressemblances entre ce personnage et Miyazachi lui-même. Les deux sont des enfants myopes qui ne pourront réaliser leur rêve: voler et être pilote d’avion. Alors ils en dessineront: l’un sera ingénieur, l’autre dessinateur puis réalisateur. Les machines volantes sont souvent présentes dans l’œuvre du cinéaste nippon. Il était normal que pour son dernier film, ce dernier revienne sur cette obsession. Car voler c’est non seulement un rêve mais c’est la liberté. Dans le film, Miyazachi va nous montrer l’ambiguïté de la situation que vit Jiro. Ce dernier est un idéaliste, il veut construire des avions pour transporter des gens. Mais il sera obligé de construire un avion pour l’armée, dans une forme d’inconscience (le personnage aime dessiner des avions, c’est sa passion quelqu’en soit le prix) même si il n’est pas dupe des intentions de l’armée. Miyazachi (ancien syndicaliste, militant pacifiste et écologique) nous décrit avec beaucoup de justesse l’insouciance et l’inconscience du Japon d’avant-guerre et qui précipitera sa chute. Jiro en est le parfait reflet. Mais le film ne s’embourbe pas dans les méandres du film à thèse. Miyazachi veut, avant tout, raconter une histoire et faire passer des émotions.

Le cœur du film est une magnifique histoire d’amour qui éclate entre Jiro et une jeune malade de la tuberculose, Naoko. Une histoire d’amour placée d’emblée sous le signe de la tragédie vu qu’elle est née durant le terrible tremblement de terre de Nânko, en 1924; ce qui nous vaut une reconstitution brutale et tétanisante de la catastrophe. Condamnée à brève échéance par la maladie, Naoko décide de vivre le plus possible auprès de Jiro. Le personnage est tiraillé entre cet amour et son travail, sa deuxième passion. C’est toute l’histoire du film. Celle d’un homme qui durant 10 ans poursuit sa quête de l’avion parfait et de son amour pour une jeune fille (qui devient son épouse), un amour bref, limité dans le temps mais terriblement passionné (le film devient un vrai mélodrame sur la fin). Ce qui n’exclut pas de l’humour (les jeux avec l’avion en papier entre Jiro et Naoko). Et c’est peut-être cela qui déconcertera les fans du réalisateur. Car Le Vent Se Lève est le premier film réaliste de son auteur. Ce n’est pas un film fantastique comme le reste de son œuvre. De plus, tous les problèmes de mécanique et de construction sont un peu redondants et ralentissent le rythme du film qui fait un peu du sur-place en son milieu. C’est la première fois qu’un film de Miyazachi  souffre de ce défaut. Mais on retrouve intact son style. Le film est d’une splendeur visuelle ahurissante, les scènes sont admirablement construites et » filmées », les couleurs sont magnifiques, la musique de Joe Hisaischi est d’une beauté incomparable et le film gagne en émotion jusqu’à la fin. C’est un enchantement de tous les instants, comme toujours chez Miyazachi.

Néanmoins, il y a un élément onirique très bien trouvé. Ce sont les rêves de Jiro où il rencontre l’ingénieur italien Gianni Caproni. Celui-ci fait office de guide spirituel (« Les avions sont faits pour voler, pas pour la guerre et les affaires » explique-t-il  à Jiro). Dans ses rêves, Jiro est libre de toute entrave terrestre mais surtout c’est sa conscience qui s’exprime. Il voit l’avenir (des bombardements, un cimetière d’épaves d’avions). C’est là que s’exprime toute l’horreur de la guerre de Miyazachi, d’une façon subtile et non-didactique. Mais l’ultime rêve de Jiro, qui termine le film, l’amènera à s’apaiser et à continuer de vivre.  L’image finale est terriblement émouvante. Miyazachi préfère terminer son œuvre sur une note d’espoir et d’amour. Le vent se lève, il faut tenter de vivre…. Note: 16/20

Le Vent Se Lève, de Hayao Miyazachi, en salles depuis le 22 janvier.

 

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26 janvier, 2014 à 15 h 04 min


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