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THE GRAND BUDAPEST HOTEL-Le conte d’Anderson

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Quelque part en Europe orientale, dans l’ancienne petite république de Zubrowka, une jeune fille lit un roman d’un auteur très célèbre dans ce pays. Flash back: 1985, le même auteur (Tom Wilkinson) raconte, face caméra, cette histoire. Deuxième flash-back: 1968, l’auteur, plus jeune (incarné par Jude Law), rencontre, dans un vieil hôtel de montagne, Zero Moustafa (F. Murray Abraham) le propriétaire de l’endroit. Celui-ci lui raconte comment il est devenu propriétaire de l’hôtel. Troisième (et dernier!) flash-back: 1932, le jeune Zero entre au Grand Budapest Hotel, au service de M. Gustav (Ralph Fiennes), le concierge en chef de l’endroit. Ils vont se retrouver mêlés à une rocambolesque histoire de meurtres, de vol d’un tableau, d’évasion…et aussi d’amour!

 On le voit, le début de ce Grand Budapest Hotel est assez complexe à se mettre en place. On rentre par une époque qui donne sur une autre époque qui donne sur une autre époque. Exactement comme dans cet hôtel que Wes Anderson nous fait visiter en détail comme une gigantesque maison de poupées ou comme le récit lui-même qui prend tant de virages à 180 ° que plusieurs genres cinématographiques se télescopent. Pour autant, ce nouvel opus du cinéaste américain n’est pas un simple caprice ni un film d’auteur m’as-tu-vu qui veut épater la galerie au détriment de l’histoire qu’il raconte. Ici, c’est la même nostalgie et la même drôlerie déjà à l’œuvre dans Moonrise Kingdom (2012) qui prévalent. Et disons-le tout net: Anderson se bonifie de film en film et avec son petit grand dernier, il signe son œuvre la plus accomplie et la plus jubilatoire.

Car c’est à un film-plaisir que nous avons affaire. Anderson et toute son équipe ont pris du plaisir à le faire. Mais c’est à nous, spectateurs, de ressentir une extrême jubilation devant ce film. On s’y sent bien. Une fois, la lumière rallumée, on a envie que le voyage continue. Le plaisir éprouvé est enfantin. On a l’impression de feuilleter une bande-dessinée comme des gosses. Anderson est parvenu à un véritable miracle. Plus le film avance, plus notre plaisir grandit. The Grand Budapest Hotel file à 100 à l’heure et nous émerveille. C’est un film qui fait du bien, un film qui redonne le moral, qui nous projette dans un autre univers et nous fait oublier nos soucis. Ce n’est que du cinéma. Et c’est un régal!

D’où vient exactement ce plaisir éprouvé? De plein de choses! L’humour d’abord. Car c’est une comédie et on y rit quasiment à chaque scène…et de bon cœur! Anderson voulait rendre hommage aux comédies des années 30 et le pari est gagné haut la main! Les répliques piquantes et acérées côtoient le burlesque le plus élémentaire avec une grande évidence. Le scénario est vif, malin et terriblement bien écrit. On ne s’ennuie pas. Et tous les seconds rôles ont leur importance. Le casting est exceptionnel: Ralph Fiennes est extraordinaire dans son rôle de majordome psycho-rigide et….attiré par les vieilles femmes. On notera aussi un Willem Dafoe terrifiant (rôle quasi-muet qu’on croirait sorti d’un Fritz Lang ou d’un Murnau!), un Harvey Keitel étonnant, un Edward Norton hilarant en officier prussien quelque peu bonasse mais finalement sympathique et une lumineuse Saoirse Ronan! A l’image de son casting hétéroclite, le film aborde tous les genres: comédie, enquête criminelle, course-poursuite (en ski et luge!), suspense (ah la partie de cache-cache dans le musée où l’angoisse arrive d’un coup!), amour, action (la fusillade dans l’hôtel est à mourir de rire!) et aussi satire politique (la montée du fascisme et du nazisme est évoquée, d’ailleurs la Seconde Guerre Mondiale éclate à la fin du film). Et à chaque fois, Anderson réussit son coup. On ne sait jamais où il va nous emmener mais on le suit les yeux fermés!

Et quelle réalisation! Chaque mouvement de caméra (et dieu sait qu’ils sont nombreux chez Anderson) est précis et apporte quelque chose. Anderson aime filmer et ça se voit. On le ressent à la vision du film. L’atmosphère dépeinte est si bien rendue qu’on s’y croirait presque! Et certains choix visuels sont à tomber: la différence de format de pellicule entre les différentes époques, la poursuite en stop motion ou….l’ensemble des décors qui sont incroyables! Bref, ce film est une pépite, une merveille, une chose délicieusement désuète et anachronique que chaque cinéphile se doit de voir. Et c’est la preuve qu’on peut faire du cinéma tout en faisant une comédie. De plus, le film s’ouvre et se clôt sur une jeune fille qui… ouvre et ferme un livre. Anderson célèbre ici la toute puissance de la fiction et de la narration. Il y aura toujours des histoires à raconter…

 Enfin, si vous voulez voir la scène d’évasion la plus improbable de toute l’histoire du septième art, c’est ici que ça se passe! En un mot: courez-y! Note: 20/20

The Grand Budapest Hotel, de Wes Anderson, avec un casting génial mais trop long à citer en entier, en salles depuis le 26 février.

 

2 mars, 2014 à 17 h 03 min


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