Un site utilisant unblog.fr

JOYLAND-La grande roue de la vie

joyland-stephenking-albinmichel

1973. Un jeune étudiant de 21 ans, Devin Jones, rêvant de devenir écrivain, est victime d’une cruelle déception sentimentale. Pour tenter de fuir son mal-être, il prend un job saisonnier dans un parc d’attractions, Joyland. Il y rencontrera des amis pour la vie, un amour bref mais fort et sincère, ainsi qu’un petit garçon handicapé qui changera son regard sur le monde. Mais il croisera aussi un fantôme et l’ombre menaçante d’un tueur en série…

Depuis quelques temps, Stephen King enquille les romans à une assez grande vitesse: trois (22/11/63, Doctor Sleep et Joyland) en moins de deux ans, plus un recueil de quatre grandes nouvelles! Si encore on pouvait noter une baisse de qualité chez lui, mais non! Son plaisir de raconter des histoires est toujours intact et son talent n’a pas baissé d’un iota. Joyland est un « petit » roman ( 320 pages), qui semble beaucoup moins ambitieux que d’autres de ses livres. Ce n’est pas la première fois que King écrit ce genre de court roman (cf La Petite Fille Qui Aimait Tom Gordon) et généralement, ils sont moins populaires que les autres. Et c’est bien dommage!

Le quatrième de couverture français de Joyland est assez mensonger.  Si Joyland propose un élément fantastique, il est discret et presque en arrière-fond de l’histoire. Joyland n’est pas un roman de terreur. C’est une chronique douce-amère sur le passage à l’âge adulte d’un petit con de 21 ans, assez égoïste, et qui devient un homme bon et juste. Le livre est écrit à la première personne par ce personnage. Devin Jones nous raconte son histoire maintenant, alors qu’il est devenu sexagénaire depuis peu. Il revient avec nostalgie, mais sans complaisance, sur cet été 73 qui a changé sa vie. L’empathie du lecteur fonctionne parfaitement pour Devin Jones. Il nous paraît proche. Le style de King est toujours aussi bon mais son propos n’est pas bêtement « nostalgique mélancolique ». Devin Jones ne nous cache rien des défauts qu’il avait à cette époque. Le personnage est lucide. Sa métamorphose n’en est que plus réussie au fil du récit. Le jeune homme se découvre un don pour amuser les enfants et y trouve beaucoup de plaisir. Sa rencontre avec le jeune Michael sonne comme une évidence. Lourdement handicapé, le petit garçon sait qu’il va mourir. Il l’accepte avec une résignation quasi-adulte…et un solide sens de l’humour. Lui et Devin deviennent amis.  A son contact (et à celui de sa jolie maman), Devin reprend goût et foi dans la vie. Sans pathos, mais avec une justesse incroyable, King nous émeut aux larmes avec le personnage de Michael et de sa mère, une femme en apparence dure mais terriblement fragile sous la surface.

Stephen King nous parle du temps qui passe (le narrateur revient sur les faits, quarante ans après) et des souvenirs qui ne meurent pas. Certains sont lumineux, d’autres douloureux. Mais l’atmosphère reste triste, par moments. Alors oui, il faut vivre et profiter de tous les petits instants de joie mais le destin est cruel et frappe autour de nous. Quand un ami de trente ans meurt subitement d’un cancer, par exemple… La vie est belle mais elle demeure parfois cruelle. En cela, Joyland nous laisse une petite impression de chagrin quand on le referme.

Le livre est aussi une formidable description, haute en couleurs du milieu des parcs d’attractions et des forains. Joyland est un petit parc indépendant mais c’est un paradis pour les enfants. Aujourd’hui, Disney a tout bouffé et des parcs comme Joyland ont disparu. C’est une époque bénie qui prend fin sous nos yeux. Mais les forains, les manèges, le public, tout est décrit à la perfection et on s’y croirait. King réussit une brillante évocation de ce milieu.

Au récit d’initiation de Devin Jones, vient se greffer, en arrière-fond, une histoire de fantôme et de meurtres de jeunes femmes. Loin d’être inintéressant, cet aspect est un plus conventionnel mais reste prenant. Derrière le bien-être de façade, il y a toujours quelque chose de pourri dans le Rêve Américain version King… comme dans la vraie vie d’ailleurs! King tricote une petite sous-intrigue inquiétante dont la résolution culmine dans un climax bourré de suspense!

Au final, Joyland est un grand « petit » livre, qu’on ne lâche pas avant la fin et que l’on referme sur une scène bouleversante et apaisante. Note: 17/20

Joyland, de Stephen King, 324 pages, éditions Albin Michel, 2014

 

9 mai, 2014 à 11 h 17 min


2 Commentaires pour “JOYLAND-La grande roue de la vie”


  1. Keneda écrit:

    Bonjour Wolf, j’ai beaucoup aimé ce roman et je l’ai dévoré jusqu’à la fin. Même si la fin ma un petit peu déçu et je reste nostalgique d’une période plus ancienne de Stephen King. Merci pour ton site, que je vais continuer de suivre avec grand plaisir, mon cher Holmes!

    Répondre

    • leschroniquesduloupblanc écrit:

      Joyland est un roman qui est plus porté sur l’émotion que le suspense et l’effroi. C’est plus un parcours initiatique. Mais pour moi, le dernier chef d’œuvre du King reste 22/11/63. Un grand roman! Sinon, ça fait longtemps qu’on a pas discuté toi et moi. Mais le contact vient de se renouer. La partie est engagée, Watson! A plus! Et merci pour tes encouragements!

      Répondre


Laisser un commentaire