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IMITATION GAME-Un homme d’exception

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Connaissez-vous Alan Turing? Non? Bon, c’est normal, il est sorti de l’ombre il y a seulement quelques années, plus de 50 ans après sa mort. Ce mathématicien anglais est l’homme qui a cassé le code Enigma des nazis durant la Seconde Guerre Mondiale et qui a inventé, pour ce faire, une machine précurseur des futurs ordinateurs. Alan Turing a donc sauvé des vies et bouleversé nos vies. Pourtant, sa mort fut solitaire (suicide) et il fut mis au banc de la société car il était homosexuel, chose très mal vue dans l’Angleterre de l’Après-Guerre.

Il y avait quelque chose d’excitant dans le projet de ce film: rendre hommage à un homme injustement calomnié et à qui notre civilisation est redevable. On était en droit d’attendre un grand film. Ce n’est pas le cas. Le film est bon, mais pas excellent. Il faut dire qu’il est parfois trop classique et sage dans sa mise en scène. Le réalisateur n’y injecte peut-être pas assez de mystère et de nuances. Néanmoins, le film est bien réalisé et agréable à l’œil. Bref, du cinéma classique et classieux. Du point de vue du scénario, certaines zones d’ombre du personnage sont laissées de côté et quelques libertés semblent avoir été prises. Bon, globalement, l’histoire est bien écrite. Elle est surtout remarquablement structurée, ce qui la rend passionnante à suivre.

Le film se déroule sur trois époques entre lesquelles il fait le va et vient: 1928 où l’on suit un jeune Alan Turing dans son pensionnat, la période 1939-1945 où il est engagé par l’Amirauté pour casser le code Enigma et 1951 où l’on suit la déchéance du personnage. Cette façon de raconter l’histoire est astucieuse car elle permet de mieux caractériser le personnage principal et de mieux le comprendre. Au début du film, on a affaire au petit génie arrogant et sociopathe de service, limite autiste. Et puis on se rend compte de la carapace que le personnage a bâtie pour se protéger du monde et de lui-même. Victime de brimades, hanté par un premier amour tragique, obligé de cacher sa sexualité (contre laquelle il essaye de lutter), le personnage devient vite une figure tragique. Il faut saluer l’extraordinaire performance de Benedict Cumberbatch qui incarne les différentes facettes de ce personnage avec talent et précision. Tour à tour agaçant et fragile, il prouve qu’il est l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Son duo avec l’émouvante Keira Knightley est prodigieux. On assiste à une belle histoire d’amour/amitié entre deux personnes partageant la même sensibilité et…le même amour des mots croisés.

Le film est prenant dans sa partie Enigma. On doute constamment que Turing et son équipe arrivent à leurs fins. Il y a beaucoup d’humour dans les échanges entre les personnages. Mais le film délaisse parfois cette légèreté pour montrer des aspects plus sombres de cette recherche comme la manipulation du MI6 (avec un Mark Strong froid comme la mort) qui cherche à tromper les bolchéviques même si ce sont des alliés. Et puis, il y a le fait de devoir sacrifier quelques vies pour en sauver le plus grand nombre ou comment des mathématiciens et des cryptologues sont amenés à prendre une décision trop lourde pour eux lors d’une scène très forte sur le plan dramatique.

La dernière partie nous montre la vie honteuse et solitaire que mène un homme qui a pourtant conduit à la victoire de son pays. Alan Turing paye le fait d’être homosexuel. Cette fin est bouleversante et on se demande comment le gouvernement de Sa Majesté a pu faire une chose aussi abominable. Alan Turing n’a été gracié qu’en 2013 par la Reine, près de 60 ans après sa mort tragique. Mieux vaut tard que jamais…

Note: 14/20

The Imitation Game, de Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbacht, Keira Knightley, Matthew Goode, Charles Dance et Mark Strong, en salles depuis le 28 janvier.

1 février, 2015 à 10 h 26 min


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