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Mr MERCEDES-Seconde chance

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2010. Bill Hodges est un inspecteur de police à la retraite. Divorcé, ayant une fille qu’il n’a pas vu depuis deux ans, il vit seul dans son petit pavillon de banlieue. Hodges semble fatigué. Il passe ses journées sur son canapé, devant sa télé, à se gaver de cochonneries (aussi bien alimentaires que télévisuelles). Parfois, il prend son revolver avec lui et en caresse le manche, tout en ayant des humeurs mélancoliques. Mais un jour, il reçoit une étrange lettre. Elle est signée Le Tueur à la Mercedes. Ce dernier est un tueur de masse. Un an plus tôt, au volant d’une Mercedes, il a tué 8 personnes et en blessé d’autres, lors d’une foire à l’emploi, en leur fonçant dessus. Ce fut la dernière affaire de Bill Hodges. Le tueur ne fut jamais identifié et arrêté. Aujourd’hui, le Tueur à la Mercedes nargue Bill Hodges. Il semble vouloir le pousser au suicide, en le manipulant. Seulement, il a sous-estimé la force de caractère et la détermination de Bill Hodges qui va se mettre en chasse et retrouver plus qu’une rédemption,: une nouvelle raison de vivre.

Le nouveau roman de Stephen King est un roman noir. On y retrouve le style que King avait quand il signait les romans de son alter-ego Richard Bachman. On est ici en terrain connu: un vieux flic à la retraite pugnace, un psychopathe complètement taré, des flics dépassés et une noirceur à toute épreuve. Mr Mercedes n’est pas à ranger dans la catégorie des chefs-d’œuvre de King. Il lui manque un petit quelque chose par rapport à ceux-ci. Néanmoins, c’est un très bon roman qui se lit d’une traite.

Le prologue est, sans conteste, l’une des plus brillantes entrées en matière du romancier. A la fois terriblement émouvant et poignant et profondément horrible quant à sa conclusion. Lors d’une foire à l’emploi, un homme d’âge mûr se lie d’amitié avec une jeune mère célibataire accompagnée de son bébé. Ils recherchent tous les deux un emploi. Ils sont venus, ainsi que d’autres, dans la nuit pour être bien placés le lendemain matin. Il fait froid, il bruine. King nous montre, sans pathos, les effets dévastateurs de la crise. Il nous décrit avec humanité et bienveillance les espoirs et les craintes des sans-emplois. On est là avec eux….jusqu’à ce que l’horreur s’invite au bal. King n’ira pas jusqu’au bout, il préfère arrêter avant. Mais le choc est là. La tristesse aussi. Un petit coup de maître!

L’Amérique post-crise et de l’ère Obama est au cœur de ce roman. On y voit les effets dévastateurs de la crise en arrière plan: entreprises et emplois menacés, désespoir et pauvreté, contraste entre quartiers pauvres et riches. Ce petit air en sourdine reste présent tout du long.  King va choisir comme héros un homme simple mais usé. Cet homme est un petit retraité qui regarde la télé-réalité tout en la fustigeant. C’est le dernier divertissement pour les pauvres. En quelques pages, King enfonce cette abomination télévisuelle avec férocité et nous montre un esprit brillant complètement anesthésié par ces programmes. C’est une métaphore évidente de la classe populaire américaine. Le personnage de Bill Hodges est remarquable. Il nous est proche. C’est un excellent enquêteur mais aussi un homme bon et juste. Ce roman est l’histoire d’un homme au fond du trou qui se relève et se bat. Il rencontrera même l’amour en chemin! Il y aussi sa relation avec son jeune voisin noir de 17 ans, Jérôme Robinson. C’est une véritable amitié et une profonde estime qui les réunit. Seulement, faut pas trop pousser Bill Hodges comme le Tueur à la Mercedes va l’apprendre! Bon sang, on a même droit à une scène où le vieux flic corrige deux racketteurs qui emmerdaient un gamin. Jouissif!

Le portrait du Tueur à la Mercedes est glaçant car terriblement troublant et réaliste. King nous balance son identité au début du roman. On va suivre son parcours en parallèle de celui du héros. Il est issu d’un milieu populaire. Suite à une enfance traumatisante, il se met à haïr l’humanité en général. King ne lui donne aucune excuse. Il nous décrit son comportement et ses névroses avec un grand talent. C’est une plongée dans la folie totale. Cet homme est terriblement banal mais dangereux. C’est une bombe à retardement. Le suspense du livre va crescendo jusqu’à la fin, qui devient carrément stressante. Mais le pire, c’est qu’à un moment, King nous livre les pensées du tueur sur un évènement « culturel ». Le plus troublant….c’est qu’on pense la même chose que lui! King manie l’humour noir avec une grande habileté. Comme jamais, il sait magnifiquement retranscrire toutes les contradictions de la société américaine.

Alors oui, certains rebondissements sont attendus et la deuxième partie fait légèrement du surplace. Mais les personnages secondaires emportent l’adhésion. Janey est une femme quadragénaire qui va séduire Bill…et le lecteur. La romance entre deux personnes d’âge mûr est formidable. Le personnage de Jérôme est irrésistible et très drôle. La mère alcoolique du tueur est presque aussi effrayante que son fils. Et puis il y a Holly, une femme dépressive et limite aliénée, qui va devenir une héroïne en aidant Bill dans son enquête. Elle aussi a une revanche à prendre sur la vie. L’émotion tient une grande place dans ce roman.

A signaler que Mr Mercedes est le premier volet d’une trilogie. Vivement la suite!

Note: 15/20

Mr Mercedes, de Stephen King, 2014, 475 pages, Albin Michel

15 février, 2015 à 17 h 18 min


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