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THE VOICES-Seul au monde

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Jerry (Ryan Reynolds) est un brave type. Toujours souriant, il travaille dans une fabrique de baignoires et se donne à fond dans son travail. Il vit à Milton, une petite ville provinciale américaine bien tranquille. Jerry est apprécié de tout le monde. Seulement, Jerry n’est pas comme tout le monde. Il a fait un long séjour dans un asile psychiatrique. Il doit prendre chaque jour des médicaments et va régulièrement voir sa psychiatre (Jacki Weaver). Mais Jerry finit par ne plus prendre son traitement. Le résultat est qu’il croit que son chien et son chat lui parlent. Pas très grave jusqu’à ce que Jerry se mette à fantasmer sur Fiona (Gemma Arterton, plantureuse à souhait) une de ses collègues…

Le parcours de la réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi  est atypique. Venu de la bande-dessinée, elle adapte elle-même son œuvre Persépolis en film d’animation, en 2007. Depuis, elle a décidé d’arrêter la BD et de se reconvertir dans le cinéma. Après le très joli Poulet Aux Prunes (2011), elle revient avec un film produit et réalisé aux Etats-Unis: The Voices. Avec ce film, Marjane Satrapi s’attaque à la comédie noire et gore, mâtiné d’un léger parfum de fantastique. Et elle s’en tire plutôt pas mal.

Le film oscille constamment entre un humour décalé rose-bonbon et des situations tordues et sanglantes. Le film garde ce ton du début à la fin. En bref, The Voices, vu son sujet, reste un film assez léger et aérien. Curieux paradoxe! Mais le parti-pris est intéressant. On pénètre facilement dans l’esprit dérangé de Jerry. Dès qu’il ne prend plus ses cachets, il vit dans une réalité parallèle peuplée d’animaux  qui parlent et où la femme qu’il aime en secret est un ange avec des papillons qui lui volent autour. Cette réalité est plus colorée que le réel. Ce dernier est filmé de façon plus terne et réaliste. On soulignera l’excellent travail du directeur de la photographie Maxime Alexandre (Haute Tension, Otage, La Colline A Des Yeux). Marjane Satrapi s’avère être une réalisatrice douée. Sa mise en scène est classique et élégante. Elle sait composer son cadre (son passé d’illustratrice se retrouve à ce niveau). Ses mouvements de caméra sont fluides. Des scènes comme l’accident de voiture, la poursuite dans la forêt ou la découverte du secret de Jerry par une de ses collègues, dénotent un savoir-faire indéniable et s’inscrivent dans le genre du film à suspense de façon naturelle. On pourra regretter que la réalisation demeure un peu trop sage par rapport à ce qui se passe à l’écran: des meurtres brutaux, des têtes décapitées qui parlent, des corps découpés dans des tupperwares,… Mais le film s’éloigne des balises du politiquement correct et nous offre un spectacle osé et insolent.

Mais le plus beau dans ce film (et le plus réussi), c’est l’émotion qu’il dégage. The Voices est un drame de la solitude. Celui d’un brave garçon perturbé qui veut juste qu’on l’accepte tel qu’il est et qu’on l’aime. Ce qui est gonflé ici, c’est que le brave garçon en question est un serial-killer en puissance. Là encore, le décalage est croustillant. On arrive à prendre en pitié ce monstre. La prestation de Ryan Reynolds est extraordinaire. Il joue son personnage comme un petit garçon perdu. Très pertinent quand on découvre son trauma enfantin, lors d’un flash-back intense et bouleversant. De plus, et là il faut voir ce film en VO, Ryan Reynolds assure lui-même le doublage du chien Boscoe et du chat Mr. Moustache. Les scènes de discussion entre Jerry et ses animaux sont hilarantes.  Boscoe a une grosse voix grave rassurante. C’est la bonne conscience de Jerry. Mr Moustache a une voix ironique et cassante avec un accent écossais des plus drôles. Et ce Moustache est un vrai salopard, il représente les pulsions homicides de Jerry. Pauvre Jerry qui, lorsqu’il prend ses pilules, découvre un monde terne…et aussi le taudis dans lequel il vit! Alors, que sans ses pilules, tout devient plus beau!

The Voices est un film qui ne rentre dans aucune case, un projet gonflé et assez frais. Il aurait pu être mieux maîtrisé par moments mais en l’état, c’est un film attachant. Le final est bouleversant. Et le générique de fin joyeux et entraînant. Sing a happy song!  Note: 14/20

The Voices, de Marjane Satrapi, avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick et Jacki Weaver, en salles depuis le 11 mars.

15 mars, 2015 à 10 h 39 min


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