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LE TEMPS D’UN AUTRE-Brève rencontre

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Juillet 1990. Robin Trimariot, fonctionnaire européen à Bruxelles, revient en Angleterre pour une affaire de famille. Son frère aîné Hugh est brutalement décédé d’une crise cardiaque. Il était le PDG de la firme familiale qui fabrique des battes de cricket. Lors d’une randonnée, Robin croise, durant quelques minutes, une femme dont le charme emprunt de tristesse l’impressionne. Ils échangent quelques mots et se séparent. Trois jours plus tard, il apprend que cette femme, Louise Paxton, a été violée et assassinée dans la maison d’un peintre, lui aussi tué. Tout cela s’est passé quelques heures après que Robin l’ait rencontrée. Ne pouvant se détacher du souvenir bouleversant de cette femme, Robin décide de témoigner à la police. Il va aussi rentrer en contact avec la famille de la morte et mettre le pied dans un engrenage fatal.

Né en 1954, le britannique Robert Goddard fut journaliste, enseignant puis proviseur. Au milieu des années 1980, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture de romans. Il publie bon nombre de livres, assez populaires en Angleterre. Mais il faudra attendre le début des années 2010 pour que son œuvre soit redécouverte et connaisse enfin le succès qu’elle mérite, au niveau mondial. En France, on a pu découvrir ainsi Par Un Matin d’Automne (chef d’œuvre!), Heather Mallender A Disparu, Le Secret d’Edwin Strafford ou Le Retour. Des romans puissants où le passé ne meurt jamais et où ses conséquences, parfois terribles, sont toujours présentes. La plupart de ces histoires présentent un héros qui enquête sur une tragédie passée ou un évènement qui prend ses racines dans le passé. Il y a souvent de nombreux allers-retours en arrière. Les romans de Goddard sont addictifs. Impossible de s’arrêter avant la fin. Si vous n’avez encore pas découvert cet auteur, faites-le toutes affaires cessantes!

Le Temps D’Un Autre (qui date de 1995) est légèrement différent. Le héros ne remonte pas le temps pour son enquête ou alors sur une très courte période. Le point de départ est le meurtre sauvage de Louise Paxton. L’action va s’étirer sur trois ans, de 1990 à 1993. Cette fois, Goddard nous dépeint la tragédie d’un homme qui a connu très brièvement une femme (moins de cinq minutes). Il en est tombé amoureux mais a préféré la laisser. Ce qui explique son sentiment de culpabilité. Il va vivre une véritable obsession pour cette morte, allant jusqu’à éprouver une affection un peu excessive (mais bienveillante) pour ses deux filles. Il sera aux côtés de cette famille lors du procès du présumé assassin. C’est un roman mélancolique que nous écrit son auteur. Il y a des choses infimes que le temps n’efface pas, des petits riens que l’on n’oublie pas. Le passé ne meurt jamais, ni certains êtres. A travers cet amour d’un homme pour une morte idéalisée, Goddard nous ramène à l’essentiel de notre vie sur Terre. La mort frappe n’importe quand. Bien sûr, il y aura des rebondissements et Robin va découvrir des choses sur Louise et sa famille, qui vont le faire vaciller dans ses certitudes. Goddard possède un art consommé et précis du suspense. Robin Trimariot court à sa perte, sans le savoir. Quelquefois, il vaut mieux savoir faire son deuil…

Le deuil est au cœur du roman. Le portrait bouleversant que fait Goddard des deux filles de Louise est magnifique. Très proches de leur mère, comment ces deux jeunes femmes vont-elles survivre? L’une est plus forte, l’autre s’avèrera plus fragile. Le mari de Louise est aussi décrit comme un être brisé par la tragédie mais capable de se battre pour la mémoire de sa femme. Goddard a une écriture à la limite de la poésie. Ecrit à la première personne (Robin), son style possède une vraie mélancolie et une tristesse profonde. Les paysages d’été y sont aussi tristes que ceux d’hiver. Et comment oublier l’image de ce pont hanté par une tragédie? Les personnages sont admirablement décrits tout comme les états d’âme de Robin, qui nous est très proche. Que ce soit sur le plan du suspense ou des sentiments, Goddard gagne sur tous les tableaux.

Il faut aussi mentionner les problèmes familiaux de Robin, avec la firme Trimariot and Co. Les problèmes d’administration de cette entreprise auront une conséquence sur l’autre affaire. Comme toujours chez Goddard, il y a cette fascination pour les histoires de famille et tout ce qu’elles renferment: jalousie, passion, haine, amour, secrets….Voilà, il ne faut pas en dire plus. Juste qu’il faut lire ce roman et tous les autres de son auteur. Ce sont des histoires que l’on n’oublie pas, une fois le livre refermé.  Note: 18/20

Le Temps d’Un Autre (Borrowed Time) de Robert Goddard, Le Livre de Poche (inédit), 590 pages

 

21 avril, 2015 à 13 h 56 min


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