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REVIVAL-La menace fantôme

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Jamie Morton, un guitariste/ingénieur du son sexagénaire, se souvient de son enfance dans le Maine, de sa vie de musicien drogué…et du révérend Charles Jacobs, un homme qu’il croisera à quatre reprises dans sa vie et qui le conduira aux portes de l’Enfer.

Le nouveau roman de Stephen King ressemble à un best of de ses figures imposées: un artiste (mais pas un écrivain, cette fois!) nous raconte sa vie, une enfance dans le Maine rural des années 1960, l’addiction à la drogue puis la rédemption, une critique de la religion et de ses abus, la volonté de regarder la mort en face, la fragilité de la vie, etc. On aurait pu craindre une baisse de son inspiration. Même pas! Sur un sujet qu’on croyait connaître, King nous surprend et nous livre un roman à la fois émouvant et terrifiant.

Il y a deux romans dans ce Revival: l’un « naturaliste » et l’autre « fantastique ».  Nous avons d’abord l’autobiographie fictive d’un petit guitariste du Maine. Ce Jamie Morton nous apparait vite comme un vieil ami. On a l’impression de le connaître depuis toujours. Comme d’habitude, King nous fait croire avec talent à un personnage de fiction. D’autant que l’histoire de Jamie est attachante. Banale mais terriblement humaine. Une fois de plus, l’enfance dans le Maine (que King a vécu) est admirablement retranscrite. Le moindre petit détail sonne juste. Tout un monde disparu renait sous nos yeux. Imparable. Puis Jamie grandit: l’amour, la musique, la drogue. Tout s’enchaîne assez vite. Mais le parcours du personnage reste toujours intéressant. Les relations professionnelles et personnelles de Jamie évoluent. Chaque personnage secondaire existe sous nos yeux et joue sa partition jusqu’au bout. Même un cliché comme la relation intime entre un quinquagénaire et une jeune étudiante de vingt ans est traité avec délicatesse et humour. C’est un donc un roman américain par excellence. Mais ce n’est pas une success story pour autant. Jamie nous apparait au final, derrière l’autodérision, comme rempli de nostalgie, d’amertume…et de peur.

Car une ombre plane sur sa vie: celle du révérend Charles Jacobs. La première fois que Jamie le rencontre, c’est en 1962 et il a huit ans. Et la première chose qu’il perçoit de cet homme, c’est son ombre qui s’abat sur lui alors qu’il joue aux soldats de plomb. La menace était déjà là. Mais Jamie voit d’abord cet homme comme un ami, ce qu’il était peut-être au début. A travers Charles Jacobs, King interroge la foi des croyants et livre un discours pessimiste et résolument athée, même si l’élément surnaturel final nous montre qu’il y a quelque chose…mais quelque chose qui ridiculise la ferveur religieuse d’une bien sinistre façon. King égratigne aussi, au passage, les pasteurs fous qui font des spectacles avec des pseudo-miracles et les gogos qui y croient. L’exploitation de la misère humaine par la bigoterie l’a toujours dégoûté.

Charles Jacobs est un personnage complexe. Ce n’est pas un fanatique religieux mais un fanatique de sa propre obsession: la foudre et l’électricité. Au début, il est normal et équilibré: bon époux, bon père, jeune pasteur aimé de ses fidèles. Mais un terrible drame va l’amener vers l’obscurité. Jacobs devient alors l’une des meilleures figures maléfiques inventées par King. Un homme qui veut percer les secrets de la vie et de la mort, à n’importe quel prix, même celui de la vie humaine. Charismatique, exerçant une influence néfaste sur les gens qu’il « aide » (y compris Jamie), cet homme bon devient, au fil des décennies, un monstre. Il y a bien sûr du docteur Frankenstein en lui. Mais King cite aussi les écrits de Lovecraft. Et il conclut son roman sur une conclusion horrible, pessimiste et traumatisante. Alors, comme King semble nous le dire, profitons à fond de la vie, avant de serrer la poigne de la camarde… Note: 17/20

Revival, 440 pages, éditions Albin Michel

21 octobre, 2015 à 15 h 55 min


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