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THE REVENANT-Lucky Leo

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Il y des films qu’on attend comme le Messie parce que leur bande-annonce nous fait saliver et parce qu’ils créent un buzz sans précédent. Les critiques sont élogieuses alors on s’attend à un chef d’œuvre. Et souvent, cela se confirme après vision. Mais parfois, la déception est cruelle et le film s’avère être une baudruche qui se dégonfle. C’est le cas de The Revenant.

The Revenant n’est pas foncièrement mauvais, ce n’est pas un navet. C’est pire, c’est un film moyen, assez terne, qui ne déclenche pas une véritable passion ou une véritable haine. Il y a deux projets qui cohabitent dans ce film et qui finissent par en ruiner tout le potentiel. Tout d’abord, nous avons un film d’auteur, un film de cinéaste virtuose, une expérience viscérale et incroyable. C’est vrai durant les 45 premières minutes, tout bonnement hallucinantes. On tient un futur grand film. Innaritu nous montre une attaque indienne sur des trappeurs d’une violence et d’un réalisme qui laisse sans voix. A l’aide de plans-séquences majestueux, d’une violence jamais édulcorée et d’un culot monstre, il nous fait ressentir l’ensemble avec maestria. Et cela continue avec la fuite des survivants, l’attaque de l’ours (une putain de scène culte!), le meurtre d’un des protagonistes et l’abandon du personnage principal à son sort. Tout cela est grandiose, filmé dans une nature immaculée et incroyablement immersif. Le spectateur est scotché sur son siège. Le chef d’œuvre tant attendu se profile à l’horizon….

Puis Leo sort de sa tombe et le film se transforme en film à Oscars terriblement convenu. Lors d’un acte central abominablement chiant, nous suivons le chemin de croix, censé être douloureux, du héros. Il n’y a plus de rythme et l’ennui s’installe. Leo court à quatre pattes, Leo fait du feu, Leo s’abrite du froid, Leo pêche le poisson, Leo souffre et grimace devant la caméra. Voilà, c’est Seul Au Monde et il aura son Oscar. Mais le pire c’est que Innaritu change de style et filme tout cela d’une façon bien plate et conventionnelle, comme si il rentrait subitement dans le rang dans l’espoir de gagner des récompenses. Il nous gratifie, au passage, de visions surnaturelles d’un ridicule achevé (le fantôme de l’épouse défunte qui flotte au-dessus de Di Caprio) et qui n’apportent rien. Un personnage secondaire d’Indien apparait et disparait du film aussitôt, pour laisser la vedette à Leo. Il a juste servi à le nourrir et basta! Et puis surtout, que de facilités! Le personnage, suite à l’attaque de l’ours, marche à quatre pattes, un séjour dans l’eau glacée et hop! il tient sur ses deux jambes avec un bâton. Quand il arrive au bord d’une rivière, à quatre pattes, il surplombe une rivière et…le plan d’après il est, ô miracle, au bord de l’eau! Et ses poursuivants, pourtant à cheval et pas très loin, prennent tout leur temps pour le rattraper! Le pire est atteint quand il tombe, à cheval, d’une falaise. Le cheval s’écrase comme une merde et meurt. Di Caprio voit sa chute ralentie par un arbre et se relève…sans fractures! Agaçant! Le genre de détails qui vous sortent du film!

Heureusement, Innaritu se réveille pour l’acte final et nous y propose un face à face tendu et barbare. On retrouve à ce moment ce qui faisait le sel du début du métrage. Il faut souligner ici la très bonne prestation de Tom Hardy (Mad Max-Fury Road) dans le rôle, souvent ingrat, du bad guy. L’acteur y incarne un personnage veule, lâche, cupide mais lucide, le tout sans caricature aucune. Hardy le rend terriblement humain et proche de nous, malgré ses actes. D’ailleurs, les scènes avec Tom Hardy s’avèrent souvent meilleures que celles avec Di Caprio et l’acteur britannique est beaucoup plus subtil dans son jeu que son confrère américain. Lui aussi est nommé à l’Oscar, mais catégorie Second Rôle.

Malheureusement, Innaritu veut absolument faire « film d’auteur »  avec ce regard final face caméra qui gâche tout et où son acteur principal semble chercher la reconnaissance de son réalisateur et du public. Trop long, parfois prétentieux et boursoufflé, ne tenant pas ses promesses, The Revenant ne provoque au final qu’un sentiment de déception et de gâchis, malgré de très belles images. Dommage!

Note: 2,5/5

The Revenant, de Alejandro G. Innaritu, avec Leonardo Di Caprio et Tom Hardy, en salles depuis le 24 février.

 

26 février, 2016 à 14 h 01 min


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