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Mr HOLMES-Le dernier problème

Roger (Milo Parker) et Sherlock (Ian McKellen)

Roger (Milo Parker) et Sherlock (Ian McKellen)

1947. Sherlock Holmes, âgé de 93 ans, coule une retraite paisible dans le Sussex. Il s’est reconverti dans l’apiculture et vit seul avec une gouvernante et le jeune fils de cette dernière. Watson est mort depuis de nombreuses années et son frère Mycroft quelques mois auparavant. Tout irait bien pour Holmes s’il n’était pas atteint de troubles de la mémoire et d’un début de sénilité. Ceci ne l’arrange pas car il souhaite mettre par écrit la dernière affaire qu’il a menée. Celle-ci a eu lieu 35 ans auparavant. Holmes se rappelle juste que Watson a menti lorqu’il l’a racontée. Il se souvient aussi du début de l’affaire…mais pas de sa résolution, juste qu’elle a précipité sa retraite. Luttant contre sa mémoire défaillante, Holmes fera aussi équipe avec le jeune fils de sa gouvernante, Roger, pour élucider une autre affaire, bien plus domestique celle-là.

Après les deux bouffonneries de Guy Ritchie (2009 et 2011), le personnage de Sherlock Holmes semblait être dans une impasse cinématographique. Devenu héros de blockbuster, incarné par Iron Man, le personnage s’éloignait dangereusement de l’œuvre de Arthur Conan Doyle. Dans ce nouveau film, le réalisateur Bill Condon (Gods And Monsters, Dreamgirls) prend complètement cet état de fait à contre-pied. Non seulement il revient à l’essence du personnage mais il nous propose un anti-blockbuster: un film de vieux qui va à 2 à l’heure! Et le pire dans tout ça? C’est l’éclatante réussite du film!

Adapté d’un roman de Mitch Cullin (Les Abeilles de Monsieur Holmes), le film nous propose, avec culot, de suivre les pas d’un Holmes lent, limite gâteux et dont l’esprit brillant s’émiette peu à peu. Mais attention! Jamais le personnage n’est ridicule! Jamais Bill Condon ne se moque de lui! Au contraire, il le regarde avec bienveillance et tendresse. Ce portrait délicat de la vieillesse apparaît très émouvant. On se sent en empathie complète avec le personnage. D’autant qu’il est interprété par un formidable Ian McKellen qui arrive à faire de ce vieillard sénile en robe de chambre un héros magnifique et une figure à la fois touchante et tragique. De plus, McKellen joue un Holmes « normal » dans les flashs-backs se situant en 1912. Et on se rend compte que notre bon vieux Gandalf aurait fait un Holmes du tonnerre! En quelques plans, c’est une évidence!

Le film est réalisé avec élégance par Bill Condon. Certains lui reprocheront un classicisme suranné, mais cela sied parfaitement au sujet et au rythme du film. Néanmoins, les images et les plans demeurent de toute beauté. On est loin de l’hystérie de la mise en scène brouillonne de Guy Ritchie! Mais ce qui retient l’attention, ce sont le scénario et les thèmes développés. Autant prévenir: les énigmes proposées n’ont rien de spectaculaire et d’inattendu. On est dans le domaine du drame psychologique et du problème d’ordre domestique, même si ce dernier peut s’avérer mortel. Pour l’énigme venue du passé, nous sommes dans le registre de la seconde chance. Holmes a foiré quelque chose, même s’il ne sait plus quoi. Sa mauvaise conscience vient le hanter. Lui qui n’a pas toujours été tendre avec ses proches, se rend aussi compte qu’il a souvent manqué d’humanité dans ses rapports avec les autres. Quand il voit le petit Roger, un gamin intelligent et solitaire, rudoyer sa mère (magnifique Laura Linney), il lui enjoint immédiatement d’aller s’excuser, l’air horrifié et choqué. L’amitié qui se tisse entre Holmes et Roger est touchante. Le vieux détective se reconnaît en ce gamin. Lui qui était un misanthrope patenté semble apprécier la présence du jeune garçon. D’autant que le gamin est doué pour l’apiculture et semble s’intéresser à la vieille histoire dont Holmes essaie de se souvenir.

Mr Holmes est aussi un film malicieux qui joue avec les codes holmésiens. On se rend compte que Watson, dans ses mémoires, a constamment menti au public et que lui et Holmes l’ont parfois mystifier. On le voit avec l’adresse du 221 B Baker Street ou avec le « truc » de Holmes (qui parfois, mais pas tout le temps, se basait sur du bon sens). Le pouvoir de la fiction est immense. Il peut créer des légendes et des icones. Mais la fiction est un mensonge. Et il y a un abîme parfois entre modèle et représentation fictive. Le Sherlock Holmes de Watson n’est pas le vrai. Le vrai c’est ce Monsieur Holmes que l’on voit dans le film. La fiction a aussi un pouvoir de guérison. Quand on lit une bonne histoire, on oublie ses soucis. Watson, en véritable ami de Holmes, a maquillé un échec en réussite pour aider son ami à sortir de la dépression. Le vieux Monsieur Holmes fera la même chose à la fin du film pour aider quelqu’un à son tour. Il y aura toujours des histoires à raconter…

Mr Holmes est un film qui propose une autre vision de son héros. Lors d’une scène, on peut même le voir tomber amoureux! On le voit aussi confronté aux conséquences tragiques d’un des évènements historiques les plus douloureux du siècle passé. Mais que l’on se rassure, un crime a été commis. Il est constamment à l’arrière-plan du film. Mais Holmes retrouvera le coupable et sauvera un innocent. Il pourra ensuite faire la paix avec ses morts et avec lui-même.

Note: 4/5

Mr Holmes, de Bill Condon, avec Ian McKellen, Laura Linney et Milo Parker, en salles depuis le 4 mai.

8 mai, 2016 à 9 h 37 min


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