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INTERSTELLAR- Au-delà

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Interstellar-2014-Poster-Wallpaper

 

 

Interstellar est le prototype du film dont il est difficile de parler sans tout raconter de lui. Tenter de donner envie aux gens d’y aller sans tout dévoiler, est très dur. Aussi, si vous souhaitez en débattre, vous pouvez utiliser les commentaires, je serai ravi de vous répondre!

Ceci posé, on peut quand même dire quelques mots sur ce film. Christopher Nolan (Memento, The Dark Knight Trilogy, Inception) est en passe de mener une petite révolution à Hollywood. Cela va-t-il perdurer? On verra. Nolan, depuis The Dark Knight en 2008, vend de faux blockbusters familiaux au public. Il livre des films amples, qui prennent le temps, aux scénarios parfois alambiqués et qui possèdent une touche sombre et mélancolique. Pour l’instant, cela marche au box-office. On peut remercier Nolan de nous sauver de tous ces films formatés qui ne prennent plus aucun risque. Nolan a de l’ambition, du talent…et beaucoup de courage voire d’inconscience! Ses détracteurs le décrivent comme prétentieux, pompeux et n’ayant aucune aptitude pour la réalisation. Enfin, ce sont surtout les fans de Batman qui lui en veulent car il a osé s’attaquer à une icône des comics pour en livrer une vision personnelle qui a eu l’ire de ne pas plaire à des gens parfois bornés et sectaires. Mais revenons plutôt à Interstellar.

Interstellar est un voyage. Un voyage à travers les étoiles mais aussi dans le cœur et l’âme de ses personnages, surtout Cooper. Le film est un parcours émotionnel. C’est l’instinct de survie de l’homme qui est en question ici. Il faut bien sûr préserver et sauver l’espèce humaine. Mais le personnage principal est animé de la volonté de sa survie propre et de revoir ses enfants. Il ne veut pas n’être qu’un souvenir pour eux. Et pourtant, c’est ce qu’il est déjà, une fois le voyage commencé. Nolan nous montre que le cœur humain et l’amour qu’on porte aux autres peuvent transcender les barrières du temps. Le réalisateur, au cœur d’un film se déroulant aux trois-quarts dans l’espace, réussit un formidable drame humain et familial. On n’est pas prêt d’oublier Cooper et sa fille. Leur relation est l’âme du film. Nous ressentons fortement leur peine et leur désarroi. Mais il y a encore plus dans ce film…

Nolan a accordé beaucoup d’importance aux théories scientifiques dans ses dialogues. On y parle beaucoup de temps, de relativité, de trou noir, etc. Sans que cela soit obscur. On se prend à se passionner pour les problèmes évoqués. En plus, ils ont une conséquence directe sur les personnages et leur destinée. L’approche de la temporalité dans le récit est ici originale. Le film, au début, montre aussi que la science est mal vue dans une société devenue pauvre et qui se concentre uniquement sur la production de la nourriture, pour sa survie. La fille de Cooper est ainsi renvoyée de l’école pour y avoir amené un livre sur la conquête spatiale, conquête spatiale carrément remise en question par une enseignante! Difficile de ne pas voir ici un parallèle avec les intrusions des créationnistes dans l’éducation, aux Etats-Unis. Enfin, Nolan aborde le thème de ce que l’on est censé faire et de ce que cela implique: quelles sont nos aspirations réelles? Sommes-nous condamnés à effectuer des tâches que nous n’aimons pas? Dans le film, Cooper déteste sa reconversion dans l’agriculture et son fils est obligé de prendre sa suite.

Nolan a centré son film sur peu de personnages, pour ne pas perdre le spectateur dans une fresque trop ambitieuse. Pourtant, il y a un formidable parallèle entre le voyage dans l’espace de Cooper et la vie de ses enfants sur Terre, simultanément mais pas sur la même ligne temporelle…Nolan fait monter l’émotion avec un montage fluide et bien géré. Le film a beaucoup de puissance de ce côté. La réalisation est ample, avec des mouvements de caméras aériens mais qui savent aussi revenir sur les personnages quand il le faut. Nolan n’oublie pas le spectaculaire et livre des séquences bardées de suspense. Les effets spéciaux sont fantastiques. Le voyage est de toute beauté. L’espace et ses mystères nous paraissent presque à notre portée. La solitude qu’on peut y rencontrer aussi. Cette solitude capable de rendre fou et de pousser un homme à la folie….

Interstellar est un grand film de SF adulte, humain, émouvant et profondément exaltant. Bien sûr, il comporte quelques défauts (le personnage du frère pas assez développé, certaines longueurs) mais il nous entraine loin, au coeur de l’espace, du temps …et des émotions.  Note: 17/20

Interstellar, de Christopher Nolan, avec Matthew McConaughey, Anne Hataway, Jessica Chastain et Michael Caine, en salles depuis le 5 novembre.

THE NOVEMBER MAN-Le retour de l’Irlandais

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Pierce-Brosnan

Cinq ans après une mission qui a mal tourné, l’agent de la CIA Peter Devereaux coule une retraite paisible en Suisse, au bord du lac Léman. Mais l’un de ses supérieurs et amis lui demande de reprendre du service pour exfiltrer une agent de Russie, une femme dont Deveraux semble très proche.  Mais elle est tuée, et Deveraux se trouve pris dans un complot où ses anciens employeurs semblent tremper. Il va devoir aussi affronter son ancien élève qu’il a formé, David Mason (Luke Bracey).

Cela faisait douze ans, depuis le catastrophique Meurs Un Autre Jour (2002), que Pierce Brosnan n’avait pas revêtu le costume d’agent secret et d’action man. Viré de la franchise James Bond, Brosnan revient au genre qui l’a rendu mondialement célèbre, avec un thriller d’espionnage à l’ancienne, réalisé par ce vieux briscard de Roger Donaldson (Sens Unique, La Mutante, Braquage à l’Anglaise). A 61 ans, l’acteur irlandais prouve ici qu’il est toujours en forme. Que ce soit dans les scènes d’action, où il se montre froid et brutal, et dans les scènes dramatiques, où sa sensibilité montre les fêlures de son personnage, Brosnan n’a rien perdu de son talent et de sa classe. Retour réussi pour l’acteur.

Et le film? Sans être révolutionnaire et sans un être un futur classique du genre, il remplit son contrat haut la main. Donaldson a du métier et c’est un solide artisan. Le rythme est prenant, les scènes d’action nerveuses et lisibles, et Donaldson prend le temps de faire respirer son intrigue avec des scènes plus intimistes qui sont bien écrites. Bref, à ce stade, c’est un bon film de divertissement, bien fait, et qui donne du plaisir au spectateur. Mais pas que.

Le scénario a des côtés prévisibles et clichés comme dans la majorité de ces films. Cela limite un peu l’impact du métrage. Pourtant, le ton général est assez surprenant. Le film est souvent sombre et désenchanté: les héros d’hier sont fatigués, désabusés…et un peu alcoolos (voir le sort que fait Deveraux à toutes les bouteilles de mini-bar qu’il croise sur sa route!). Mieux, le film est parfois cruel. On pense à cet séquence hallucinante où un Pierce Brosnan sadique menace la petite copine de son ancien élève pour le déstabiliser. Ce n’est pas le héros hollywoodien lambda et propre sur lui qui se permettrait ça! Les rapports père/fils entre Devereaux et Mason (excellent Luke Bracey) sont bien vus, mais derrière l’estime qu’ils se portent, chacun est prêt à tuer l’autre pour sa propre survie. Deux de leur face à face se règlent en deux mots et en un long regard. Sec, comme le whisky que s’envoie Devereaux.

Le film regarde aussi l’horreur en face et s’intéresse aux victimes de crimes de guerres. Le conflit tchétchène, la corruption  et la responsabilité de l’état russe, ainsi que le silence coupable (et complice?) des Etats-Unis, sont abordés sans fard. Le film prend même des allures anti-Poutine par moments. L’actrice Olga Kurylenko apporte beaucoup de sensibilité à son personnage. Enfin, il y a des scènes doucement émouvantes comme celle où Olga Kurylenko joue du piano tandis que Brosnan, le verre à la main, épie son rival par la fenêtre de son hôtel. On retiendra aussi le face à face tendu, pervers et tragique où une victime retrouve son bourreau, à la fin. Bref, The November Man est loin d’être aussi conventionnel que de prime abord.

Malheureusement, quelques menus défauts plombent un peu le film, comme cette tueuse russe dont on se débarrasse trop vite. Mais The November Man est une petite réussite du genre. Et revoir Pierce les armes à la main n’a pas de prix!   Note: 14/20

The November Man, de Roger Donaldson, avec Pierce Brosnan, Luke Bracey et Olga Kurylenko, en salles depuis le 29 octobre.

 

GONE GIRL-Apparences

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Gone-Girl

Nick et Amy Dunne (Ben Affleck et Rosamund Pike) forment un couple uni et parfait. Mais les circonstances les obligent à quitter New-York pour aller vivre dans la ville natale de Nick, dans le Missouri. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparait. Des traces de lutte et de sang sont retrouvées dans la maison. Commence alors une enquête pour retrouver la disparue. Mais le comportement relâché de Nick et certains indices en sa défaveur instillent le doute chez les enquêteurs et dans l’opinion publique…

Le nouveau film de David Fincher (Seven, Zodiac, Social Network) est une vraie réussite, doublée d’une étonnante surprise. Le film débute comme une enquête classique où un mari est accusé de la disparition de sa femme. Le film prend le temps de faire monter le suspense et d’installer son histoire. Le tout est entrecoupé de flashs-backs sur la vie passée du couple, qui permet de mieux les connaitre. Ben Affleck y fait une formidable prestation, en jouant un type ordinaire curieusement amorphe et qui semble peu concerné par le sort de son épouse. A moins qu’il ne soit juste dépassé par les évènements…

Comme toujours, la réalisation de Fincher est précise, minutieuse et élégante. Il est désormais établi que Fincher est un maître dans son art et un grand cinéaste au style classique, dans le sens le plus noble du terme. Par moments, on pourrait le trouver glacial mais cela colle parfaitement aux sujets qu’il traite et Fincher laisse passer de l’émotion quand on s’y attend le moins. La façon dont il cadre Ben Affleck, souvent isolé dans le plan, la façon dont il scrute le décor dans chaque détail ou des plans comme celui de cet hypermarché abandonné aux mains des SDF (brillante illustration de la crise), confirment ce qu’on pensait depuis longtemps: Fincher est un grand réalisateur. Le rythme hypnotique de Gone Girl rappelle Zodiac. On est fasciné par ce que l’on regarde. Et la photographie, assez sombre par moments, renforce encore plus cette impression.

Mais Gone Girl est plus qu’un simple thriller. Ceux qui ont lu le roman de Gillian Flynn à l’origine du film le savent. Il serait criminel de tout révéler et de pousser plus loin l’analyse. Mais Gone Girl est un piège subtil dans lequel on fonce tête baissée. Les apparences y sont trompeuses. Le personnage de Amy (formidable Rosamund Pike, qui mérite un oscar) est ainsi affublé d’un double littéraire, inventé par sa mère écrivain pour des livres pour enfants. Cette Amy fictive est parfaite et a toujours rendu jalouse la véritable Amy. Le film propose ainsi une réflexion passionnante sur la place de la femme dans la société, sur sa « soumission » à son mari et sur le rôle qu’elle doit jouer. Le film égratigne la bonne société d’où est issue Amy, avec ses codes sociaux périmés et son mépris assumé du prolétariat (Nick, issu d’un milieu modeste, est rabaissé par sa belle famille). Dans la deuxième partie, deux marginaux joueront un sale tour à l’un des principaux protagonistes, parce que ce dernier les a sous-estimés. Le film se paye aussi au passage l’institution du mariage. Derrière les conventions de façade, la mariage semble être le royaume du mensonge et de la duperie, un modèle social mensonger et pas du tout idyllique!

Mais le plus beau, c’est cette satire des médias et de l’Amérique. La toute-puissance de talks-shows racoleurs qui mentent, proposent des analyses erronées et se roulent dans le sensationnalisme pour faire de l’audience, est ici épinglée avec une grande férocité.  Le public de ses émissions, la fameuse « opinion publique », n’est pas mieux loti: influençable, manquant de discernement et, osons le dire, bête et méchant! Gone Girl est un film cruel où Fincher nous laisse contempler le déclin de son pays: faillite économique, juridique, médiatique et humaine. Gone Girl dénonce le rêve américain qui a viré au cauchemar. Le film est doté d’un humour mordant mais le rire final du spectateur se coince dans sa gorge et demeure jaune. Enfin, Gone Girl est une grande histoire d’amour…bien tordue! Tout cela dans le même film, on dit bravo et on met un 20/20!

Gone Girl, de David Fincher, avec Ben Affleck et Rosamund Pike, en salles depuis le 8 octobre.

HORNS-Ange déchu

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La vie de Ig Perrish (Daniel Radcliffe) est devenue un véritable cauchemar: sa fiancée Merrin (Juno Temple) a été assassinée et il est accusé du meurtre. Comme si cela ne suffisait pas, il se réveille un beau matin avec une paire de cornes sur la tête. Il va se rendre compte que ses cornes poussent les gens qui l’entourent à lui dévoiler tous leurs petits secrets inavouables. Ce qui va pouvoir peut-être l’aider à retrouver le meurtrier de Merrin…

Horns est le sixième long-métrage du français Alexandre Aja et le quatrième qu’il réalise de suite aux Etats-Unis après La Colline A Des Yeux (2006), Mirrors (2008) et Pirahnas 3D (2010). Ayant mis en stand-by son projet d’adaptation de Cobra pour cause de financement insuffisant (mais Aja n’a pas renoncé à ce film pour autant!), il se voit confier la réalisation de Horns, l’adaptation d’un très bon roman de l’américain Joe Hill. Ce qui n’aurait pu être qu’une commande alimentaire se transforme en un beau film fantastique dans lequel Alexandre Aja s’est beaucoup impliqué.

Niveau réalisation, le frenchie expatrié à Hollywood n’a rien perdu de son savoir-faire. Sa mise en scène est élégante, classique et dotée de plans qui impriment la rétine. Il faut signaler la magnifique lumière dans laquelle baigne le film et qui lui donne un aspect de rêve éveillé. Dès le début, on est scotché au personnage d’Ig, incarné par un excellent Daniel Radcliffe enfin affranchi de ses binocles de petit sorcier et qui livre une magnifique prestation sur le fil du rasoir entre émotion à fleur de peau et accès de colère. Le film s’ouvre sur le magnifique plan d’un couple allongé dans l’herbe. Puis il enchaîne sur Ig, filmé à l’envers sur le sol, qui émerge d’une cuite. Comme le personnage, nos repères sont brouillés. Nous avancerons doucement dans l’histoire au rythme des souvenirs d’Ig. Le film a parfois des allures de rêve obsédant.

Comme le roman de Joe Hill, le film a un ton particulier. On pourrait dire qu’il y a trois films en un: un film fantastique, une satire au vitriol de la nature humaine et une déchirante histoire d’amour perdu. Le côté fantastique vient des cornes de Ig et de leur pouvoir. Ig doit expier ses fautes et assumer sa part d’ombre pour retrouver la lumière. Le personnage ressemble parfois à un démon tentateur qui pousse les gens à avouer leurs fautes. Ce qui débouche sur l’aspect satire. On rit beaucoup des aveux des « victimes » de Ig. Toutes les petites mesquineries, les petites rancoeurs et les désirs coupables éclatent au grand jour. L’hypocrisie des soi-disant bonnes mœurs de l’Amérique est ici mis à mal. Le film possède un vrai humour noir frontal qui n’a peur de rien. Mais depuis Pirahnas 3D, on savait que Aja était un cinéaste malpoli et qui ne s’en excusait pas! Il nous gratifie ainsi d’une attaque jouissive de serpents sur un personnage particulièrement détestable…

Mais là où le film nous cueille, c’est avec cette formidable histoire d’amour entre Ig et Merrin. Ils se sont rencontrés enfants. Il faut signaler, à ce propos, la formidable séquence où Ig se souvient de son enfance. Ce long flash-back enfantin rappelle les productions Amblin des années 80 et décuple encore plus la sensibilité du film. Cette sensibilité se retrouve dans la manière dont Aja filme, avec délicatesse et romantisme, nos deux tourtereaux (soyons clair, Juno Temple est magnifique). Ig se souvient de son amour décédé et culpabilise de sa mort. Le personnage est un ange déchu, chassé du paradis de l’amour et qui se retrouve confronté au Mal, celui des autres et celui qu’il porte en lui. Le film se mût alors en un vrai mélodrame fantastique, sans cynisme aucun. Et puis impossible d’oublier une scène aussi forte et terrible que celle où Ig confronte son frère Terry ( extraordinaire Joe Anderson) à ses démons.

Alors on pourra regretter des effets spéciaux too much sur la fin qui décrédibilisent un peu le climax émotionnel final, même si l’imagerie fantastique convoquée est hallucinante. Et puis la résolution de la mort de Merrin demeure un poil convenue (cela passait mieux dans le roman). Néanmoins, Horns demeure un film fantastique singulier  et attachant, donc à voir!  Note: 14/20

Horns de Alexandre Aja, avec Daniel Radcliffe, Max Minghella, Joe Anderson, Juno Temple et David Morse, en salles depuis le 1er octobre.

GEMMA BOVERY-Fantasmes

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Un ancien éditeur parisien nommé Joubert (Fabrice Luchini) s’est installé depuis 7 ans dans la campagne normande où il a repris la boulangerie familiale. Un beau jour, de nouveaux voisins s’installent dans la maison d’en face, un couple d’Anglais: Charles et Gemma Bovery (Jason Flemyng et Gemma Arterton) . La tranquille petite vie de Joubert va voler en éclats puisqu’il tombe sous le charme de Gemma et qu’il découvre d’étranges similitudes entre elle et l’héroïne de son roman fétiche: Madame Bovary de Gustave Flaubert.

Le film d’Anne Fontaine (Nettoyage à Sec, La Fille De Monaco) est assez réussi mais demeure étrange. Cela tient principalement à sa construction. La première partie est clairement comique. On voit un pauvre homme lassé et fatigué qui se met à fantasmer comme un malade sur sa charmante nouvelle voisine. Tout cela est léger, drôle et coloré. Anne Fontaine joue très bien de la jolie lumière normande. Elle égratigne, au passage, la vie nonchalante de province, mais sans jamais tomber dans la caricature. Le réveil sexuel de son héros nous fait rire. On passe un bon moment.

Mais le film bascule complètement par la suite et déjoue nos attentes. La deuxième partie est plus dramatique et plus sombre. C’est le portrait d’une épouse qui s’ennuie dans son couple (malgré un mari aimant) et dans sa vie, une femme qui a besoin de s’accomplir et de vivre pleinement sa vie de femme. Anne Fontaine nous intéresse à cette Gemma Bovery, dont on suit les hésitations, les coups de cœur et les peines avec intérêt. Le film s’achemine vers le drame, que personne n’aurait pu prédire, et s’achève sur une note mélancolique. Anne Fontaine conclura cependant avec un épilogue comique, très drôle et bien vu, mais qui casse un peu l’émotion ressentie auparavant.

Ce qui peut décevoir dans son film, c’est que le parallèle entre Gemma Bovery et Emma Bovary n’est pas assez poussé et que les fantasmes de Joubert finissent par être laissés de côté pour une romance assez plate (mais torride!) entre Gemma et le jeune châtelain local. Joubert imaginait des choses et le début jouait très bien de cette situation. Ensuite, Anne Fontaine préfère montrer ce qui se passe vraiment et le film obsessionnel attendu ne vient pas. Du moins pas complètement. Car, heureusement, Anne Fontaine retombe sur ses pieds dans son dernier acte.

La véritable Emma Bovary de l’histoire, c’est…Joubert! Qui s’ennuie à mourir dans sa petite vie provinciale ? Joubert. Qui rêve secrètement de passion romantique en lisant Flaubert et en regardant sa voisine anglaise? Joubert. Joubert se rêve écrivain. Il n’est que le personnage de sa propre histoire…et de sa névrose. Car si le personnage fait rire au début, il devient rapidement inquiétant. Joubert se mêle de la vie de Gemma, persuadé qu’il est qu’un drame va avoir lieu. Le personnage est un obsédé et un voyeur de la pire espèce, assez pathétique. Fabrice Luchini est extraordinaire dans ce rôle: tour à tour drôle, tourmenté, résigné à son sort et amoureux, bien sûr. Joubert causera deux fois le malheur de Gemma, sans le vouloir, mais en se mêlant de ce qui ne le regarde pas.

Et puis, il y a Gemma Arterton. Cette jeune femme est un véritable poème à elle seule. Une promesse. Une lumière d’espoir. La comédienne, belle à se damner, épouse toutes les contradictions de son personnage avec aisance. Après Tamara Drewe et Byzantum, elle prouve qu’elle est une grande comédienne, douée d’une grande sensibilité….et d’une grande sensualité. Rien que pour elle, le film vaut le détour.  Note: 14/20

Gemma Bovery, de Anne Fontaine, avec Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Jason Flemyng, en salles depuis le 10 septembre.

 

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LES GARDIENS DE LA GALAXIE-Risque minimum

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Alors le voilà, le space opera ultime, le chef d’œuvre auto-proclamé de Marvel, le film que certains vendaient comme culte bien avant sa sortie… et son tournage! Pour le studio Marvel, ces Gardiens représentaient un risque. Les personnages (inventés dans les années 70) ne sont pas les plus populaires auprès du grand public, faisant même figure de parfaits inconnus. Marvel ne choisit pas la facilité, d’autant qu’elle engage, comme réalisateur de la chose, James Gunn. Ancien scénariste de la firme Troma, réalisateur de Horribilis et Super, deux films politiquement incorrects et rentre-dedans (surtout le deuxième), Gunn réalise ici son premier blockbuster. Le doute était parmi. Alors qu’en est-il à l’écran? Et bien, mes amis, ce film est le prototype même du film sur lequel il est très dur d’écrire. Pourquoi? Parce qu’on ne peut ni crier au génie, ni crier à la purge tant le métrage suscite une sorte de léthargie intellectuelle et émotionnelle.

Pourtant tout démarre formidablement bien: un prologue prenant et émouvant qui expose le trauma du personnage de Peter Quill/Starlord, un générique de début où le même personnage danse sur fond de tube des années 80. C’est assez percutant et original pour un space opera. Gunn nous présente ensuite ses personnages d’une façon assez réussie. Le réalisateur a recours à l’humour façon burlesque lors d’une course poursuite entraînante où quatre des futurs Gardiens s’affrontent. Il embraye ensuite sur une longue séquence carcérale qui culmine lors d’une évasion jouissive. Gunn fait des miracles. Tout le long, son film est agréable à l’œil, ses scènes d’action sont bien découpées, les sfx et les décors sont prodigieux. Et puis nous avons 5 personnages principaux qui sont loin d’être conventionnels et font figure d’anti-héros badass. Les personnages de Rocket et Groot sont irrésistibles et demeurent la grande attraction du film. Gunn nous fait rire avec eux et aussi émouvoir, lors de scènes assez déchirantes. Bref, on se dit qu’on tient le blockbuster ultime! Patatra, la suite fait tout retomber par terre.

 Il est vraiment curieux de remarquer qu’une première partie aussi jouissive est suivie par une deuxième d’une banalité confondante. Les défauts s’accumulent pour notre plus grand déplaisir. Le principal tient au méchant de l’histoire: Ronan. Encore un méchant monolithique, avec un balai dans le cul, doté d’une grosse voix, qui veut tout casser et détruire les autres. Un personnage sans relief, que Gunn essaie de nous présenter comme terrifiant, et se fait avoir comme une merde par un ahuri qui danse devant lui! Incroyable! On a l’impression de revoir Thor 2! Visiblement, Marvel tient une recette et se contente de l’appliquer sagement de film en film sans rien renouveler, ou si peu. D’autres défauts? Le combat entre Gamora et Nebula, vite expédié. Comment se satisfaire de ça quand on vient de voir l’affrontement entre César et Koba dans La Planète Des Singes-L’Affrontement? Et la liste s’allonge avec le personnage du Collecteur qui ne sert strictement à rien dans le développement de l’histoire et n’a droit qu’à une scène et un retour après le générique de fin en compagnie d’un des personnages  les plus insupportables de Marvel! Un gros camouflet pour Benicio Del Toro qui n’a rien à défendre! L’humour et toutes les répliques drôles finissent par tomber à plat et plombent, quasiment à chaque fois, un moment d’émotion très réussi. Quant au personnage de Starlord, il est parfois insupportable!

James Gunn a réalisé un film qui a le cul entre deux chaises. Pas totalement personnel et trop déférent envers le studio qui le produit. Où est passé l’auteur de Super? La bataille finale est très bien faite mais le manque d’intérêt de la trame principale et le rythme poussif (on se surprend à bailler) font trouver le temps long. Et puis ces anti-héros qui rejoignent rapidement le camp de l’autorité et de l’ordre établi…Lamentable! On a même droit à une tirade de Drax le Destructeur sur « mon dieu, toute cette colère, cette haine. Mais maintenant j’ai des amis et c’est bien! Soyons tous unis et heureux! » Voilà, un tueur qui devient un boy-scout! Heureusement qu’il reste Rocket et Groot! On a droit à un début de love story qui ne s’assume pas entre Gamora et Starlord (pas de bisous, pas de sexe, on est chez Disney!). James Gunn livre, au final, un blockbuster lisse, aseptisé, sans aspérité. Franchement décevant de sa part! Tout est calibré pour plaire au public de base: une scène d’action, une scène d’émotion, une scène de rigolade, une scène d’action, une scène d’émotion, une scène de rigolade,… Jusqu’à ce final  moraliste sur l’air de « l’union fait la force »….comme dans Avengers, quel hasard, dites donc! Allez, on se console avec les trois premiers quarts d’heures qui restent excellents ainsi qu’avec le personnage de Yondu (hilarant Michael Rooker), plutôt réussi. Quant à Thanos, s’il n’est pas raté sur le plan du design, il n’est pas non plus très effrayant. Vivement la suite? On verra bien… Note: 09/20

Guardians Of The Galaxy, de James Gunn, avec Chris Pratt, Zoé Saldana, Bradley Cooper, Glenn Close, Benicio Del Toro, en salles depuis le 13 août.

LA PLANETE DES SINGES: L’AFFRONTEMENT-L’âme des guerriers

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César (Andy Serkis).

César (Andy Serkis).

Dix ans se sont écoulés depuis les évènements de La Planète Des Singes: Les Origines. Le virus dit de la grippe simiesque a ravagé l’humanité. Pendant que le monde des humains sombrait dans la mort et le chaos, la petite colonie du singe César a prospéré dans les montagnes aux alentours de San Francisco. Le groupe s’est agrandi et est devenu une véritable tribu. Désormais père de famille, César veille sur les siens et demeure le leader des singes, épaulé par son bras droit Koba. Mais une colonie d’humains s’installe dans les ruines de San Francisco. La rencontre est inévitable….

En 2011, la Fox lançait un reboot de La Planète Des Singes, une de ses franchises les plus rentables: 5 films (dont un, le premier, devenu un des grands classiques de la SF), une série TV et un remake en 2001. Ce dernier, réalisé par Tim Burton, n’a pas convaincu les fans malgré un gros succès commercial. Une suite avait été envisagée mais rapidement abandonnée. Au bout de dix ans, la Fox décide de tout reprendre a zéro. D’abord craint et décrié sur Internet, le reboot sort à l’été 2011 et fait un carton au box-office. Mais la plus grande réussite (et surprise) c’est la qualité du film présenté. La Planète Des Singes: Les Origines est un bon film, très émouvant, qui relance avec talent et originalité une franchise moribonde. La Fox se frotte les mains et donne son feu vert à la suite. Malheureusement, suite à des désaccords avec la production (notamment sur les délais de tournage) le réalisateur du premier volet, Rupert Wyatt, quitte le navire, bientôt suivi par l’acteur principal James Franco. Matt Reeves (Cloverfield, Laisse-Moi Entrer) est engagé pour remplacer Wyatt. Ces problèmes de pré-production font craindre le pire au public. Jusqu’à ce que la première bande-annonce tombe et jusqu’à ce que le film sorte enfin.

La réussite de ce deuxième long-métrage est  incontestable. Dés les premières séquences, Matt Reeves (ancien collaborateur de J.J Abrams) prouve qu’il est bien l’homme de la situation. Le début du film est entièrement centré sur la tribu de César et nous montre son quotidien. Les humains n’ont pas leur place ici. D’ailleurs César et les siens pensent qu’ils sont tous morts et qu’il n’y a aucun survivant (au détour d’un dialogue, on apprend qu’ils n’ont plus vu d’humains depuis deux ans). Le film s’ouvre sur le regard et le visage de César, avec des peintures de guerre. Puis le réalisateur embraie sur une scène où les singes chassent du gibier. C’est rapide, barbare et brutal. On voie les rapports complexes qui se tissent entre César, son fils aîné et Koba, fidèle jusqu’à la mort à César. Les scènes de la vie en communauté sont formidables. La photographie est juste fabuleuse. on a la sensation de ressentir les bois, le froid, l’humidité et la brume. A plus d’un titre, on pense au 13éme Guerrier de John McTiernan. On assiste à une scène de naissance d’une émotion à fleur de peau. Et on découvre que César, sous ses airs de guerrier farouche, est un personnage calme et réfléchi.

Bien sûr, tout ceci ne va pas durer. L’arrivée d’un groupe d’humains va tout changer. Les humains cherchent juste à rallier un barrage pour faire repartir l’électricité. Mais dans les deux camps, le ressentiment est profond envers l’autre bord. Les humains rendent les singes responsables de la propagation du virus qui les a décimés (en fait, les deux se sont échappés du même laboratoire mais les singes n’ont rien à voir avec la contamination). Quant aux singes de la première génération (celle de César), ils ne peuvent oublier les tortures dont ils ont été les victimes durant leur captivité. Koba est animé d’un profond sentiment de vengeance et demeure partisan de tuer tous les humains, sans exception, même si César est contre. Matt Reeves fait intelligemment monter la tension durant tout le milieu du film. En fait, le film va à l’encontre du tout spectaculaire en vogue dans les blockbusters actuels et prend le temps de raconter une histoire. Les relations entre les personnages sont ainsi très bien écrites. Dans les deux camps, il y a deux personnages, ayant beaucoup souffert, et qui souhaitent la paix entre les communautés: César et Malcolm (Jason Clarke). Ils vont apprendre à se connaître et à se faire confiance. L’amorce d’un dialogue se crée. Malheureusement, la haine de l’autre et le fanatisme vont conduire à l’affrontement inévitable. Il est remarquable de constater que le film est proche de l’actualité: intolérance, communautarisme,…

La dernière partie du film concentre des morceaux de bravoure spectaculaires. L’assaut des singes contre la « forteresse » des humains est tétanisant. Matt Reeves le filme d’une façon classique mais spectaculaire. C’est du grand Cinéma! La violence n’est pas éludée. Le spectacle est guerrier et galvanisant. Tout ceci se déroule de nuit, à la lumière des flammes. Il y a un retour à l’état primitif évident. Une fois de plus, on pense à McT et son 13ème Guerrier (Matt Reeves est-il un fan de ce film?). Des images restent: Koba chargeant sur un cheval, mitraillette à la main, ou le plan-séquence sur le char avec la bataille en arrière-plan. Koba est un personnage très important et assez terrifiant  voire retors (CF sa parade face aux deux gardes). Dreyfus, le personnage de Gary Oldman, prend son ampleur à partir de ce moment: un ancien militaire, leader malgré lui d’une communauté, mais qui ira jusqu’au sacrifice pour la protéger. Le film s’achève sur un duel épique entre deux personnages, sur une ancienne tour en construction: là aussi un formidable morceau de bravoure cinématographique.

Le film est aussi politique. Il évoque le pouvoir et les responsabilités qui incombent à celui qui l’exerce. La trahison et la manipulation politique ainsi que la terreur (début de dictature) et le concept d’extermination d’une race sont aussi traités. Pas mal pour un simple blockbuster! Mais ce qui fait le plus mal, c’est l’amère déception qui domine à la fin. Ceux qui veulent la paix, malgré l’amitié et le respect qui les unissent, ne peuvent accomplir leur rêve d’unité. Et la guerre se profile dans les yeux d’un chef juste et pacifique, qui doit redevenir un guerrier sans pitié pour protéger les siens…  Note: 17/20

(à souligner les extraordinaires performances de Andy Serkis (César) et Toby Kebbell (Koba), qui méritent tous les oscars du monde! Et, bien sûr, le boulot formidable des responsables des effets spéciaux!)

Dawn Of The Planet Of The Apes, de Matt Reeves, avec Andy Serkis, Jason Clarke, Gary Oldman, Keri Russell et Toby Kebbel,  en salles depuis le 30 juillet.

THE RAID 2-Action!

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Rama (Iko Uwais), le calme avant la tempête...

Rama (Iko Uwais), le calme avant la tempête…

En 2012, le réalisateur gallois, mais expatrié en Indonésie, Gareth Evans scotchait tout les fans de film d’action (à quelques exceptions) avec The Raid. The Raid était un film ultra-généreux en terme d’action mais aussi un formidable défi cinématographique:  l’action se passe dans un lieu unique, un immeuble, durant un raid de la police contre des malfrats. Les combats d’arts martiaux succèdent aux fusillades dans une ambiance putride, à la limite du film d’horreur (certains plans évoquent Carpenter). Quant aux prouesses martiales des combattants, elles sont hallucinantes! Alors comment faire une suite à un film qui repoussait les limites sans tomber dans la redite et la surenchère?

Réponse: en faisant quelque chose de différent et en répartissant et améliorant les scènes d’actions. Ainsi, The Raid 2 devient un film de…2h30! Assez incroyable! Mais le film n’est jamais ennuyeux tant Gareth Evans sait imprimer du rythme à son scénario, à son montage et à sa réalisation (il occupe les trois postes sur les deux films). La grande surprise de cette séquelle est la qualité de son script. Là où le premier volet sacrifiait l’histoire et les personnages sur l’autel de l’action, la suite s’évertue à raconter une histoire plutôt bien écrite. Le film est ainsi ample et a des résonnances tragiques. C’est une histoire de gangsters qui évoquent Infernal Affairs ou Le Parrain (toutes proportions gardées, hein!). Les trahisons et les rapports de force se succèdent sans temps mort. Les dialogues sont bien écrits et riches en menaces et sous-entendus. On assiste à des rapports entre un père et son fils (formidables Tio Pakusodewo et Arifin Putra) qui oscillent entre l’amour et la haine. Gareth Evans y appose une réalisation léchée avec de très beaux mouvements d’appareil et une photographie sublime (les scènes d’intérieur sont remarquablement éclairées). Bref, vous vous dites « Mais c’est vraiment la suite de The Raid?!! »

Oh que oui! Déjà le film démarre juste après l’assaut du 1. On suit le même héros, Rama, dans une nouvelle mission: infiltrer  une organisation criminelle pour faire tomber des policiers corrompus. Et surtout, côté action, on est dans la droite ligne du premier. Gareth Evans s’est surpassé! A ce niveau, c’est une symphonie de coups de pieds, de coups de poings, de combats à mains nues et de quelques fusillades.  Sans tout dévoiler, on peut citer le combat carcéral dans la boue, celui dans la boîte de nuit (un seul contre toute une bande) ou dans l’atelier vidéo porno clandestin (très glauque!)  la poursuite en voitures, le combat final dans la cuisine (véritable duel entre deux combattants sur près de 10 minutes, le clou du spectacle!). D’autant que Evans les filme à merveille: tantôt caméra à l’épaule pour souligner la brutalité des combats, tantôt dans un style plus posé, et toujours de façon assez lisible. Et il nous tricote des mini plans-séquences impressionnants! Certains personnages impriment la rétine: le tueur clochard, la muette et borgne aux marteaux, son compagnon à la batte de base-ball). Il y a des touches d’humour (très noir) mais aussi beaucoup de sang et de larmes (le film est interdit aux moins de 16 ans). Mais Evans arrive à caler des petits moments d’émotion (comme les rapports entre le tueur clochard et son ex-femme et son amour pour son fils) très intenses (l’un d’eux sur fond de Grande Sarabande de Haendel est proprement déchirant).

Mais qu’on ne s’y trompe pas! The Raid 2 est avant tout une série B d’action musclée, qui n’a pas d’autre justification que d’en foutre plein la tronche au spectateur. Un idéal de film d’action qui ridiculise pas mal de ses concurrents américains ou européens (pleure Luc Besson!). C’est presque du cinéma de quartier décomplexé, s’il n’y avait pas la durée et le script ambitieux. Est-ce le film le plus original de la décennie? Non! Est-ce un putain de roller-coaster émotionnel et violent qui ravira les fans de films d’action? Oui!   Note: 15/20

The Raid 2-Berandal, de Gareth Evans, avec Iko Uwais, Arifin Putra, Tio Pakusodewo, en salles depuis le 23 juillet.

BIG BAD WOLVES- Loup, y es-tu?

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big-bad-wolves-1

Israël. Des petites filles sont enlevées, torturées et décapitées par un maniaque. Un suspect, professeur de collège, est appréhendé mais relâché, faute de preuves. Le flic chargé de l’enquête et le père d’une des victimes, le kidnappent pour lui faire avouer ses crimes. Mais la situation va déraper…

A lire le résumé de l’intrigue, on ne peut s’empêcher de penser au récent Prisonners, sorti l’automne dernier dans nos salles. Mais le traitement est radicalement différent. A l’ambiance grise et pluvieuse du film de Denis Villeneuve, les réalisateurs/scénaristes Aharon Keshales et Navot Papushado optent pour une ambiance lumineuse et chaude. Mais ce qui marque le plus dans le film israëlien, et qui n’était à aucun moment présent dans Prisonners, c’est l’humour noir qui est présent dans les 3/4 des scènes. Et c’est peut-être cela qui va décontenancer certains spectateurs. Ce qui se passe dans Big Bad Wolves est proprement horrible, que ce soit au niveau des meurtres d’enfants ou des actes de torture sur le principal suspect. Et tout cela est contre-balancé par des dialogues incisifs et des situations parfois burlesques. On se croirait chez Tarantino (d’ailleurs, ce dernier a adoré le film!). On se met à rire. Mais pour autant, le rire s’étrangle face à l’horreur. C’est tout le talent des réalisateurs qui nous font passer de l’humour à la détresse la plus totale.

Tarantino est convoqué mais aussi Polanski, pour l’aspect huis-clos. La majeure partie du film se déroule dans une cave, avec trois personnages. Leurs rapports changent tout au long du film. Les trois acteurs sont remarquables, chacun dans leur rôle respectif. On comprend les trois à la fois et on ressent toute l’ambigüité morale de la situation. Les repères entre le bien et le mal sont brouillés. Le film est inconfortable et nous interroge sur notre sens des valeurs. Voilà un film qui n’est pas du tout formaté!

Le scénario ménage quelques surprises cocasses comme la rencontre avec le cavalier arabe, où le conflit entre juifs et musulmans est  évoqué sans lourdeur et d’une façon subtile (l’un des protagonistes a peur, l’autre, vétéran du Liban, respecte son « adversaire »). Il serait criminel de tout dévoiler. La réalisation est brillante, avec des mouvements de caméra et des plans admirables (la partie de cache-cache du début avec une superbe musique, la poursuite dans les rues de la ville, toutes les scènes de la cave). Et l’émotion éclate quand on s’y attend le moins. Il faut attendre le milieu du film pour que le père évoque sa fille assassinée et son trauma personnel. Et le métrage s’achemine vers une fin terrible, cruelle et traumatisante. On sort de la salle secoué.

Alors, oui, il y a peut-être un excès d’humour noir, mais ce film mérite le détour. Ames sensibles s’abstenir. Note: 16/20

Big Bad Wolves de Aharon Keshales et Navot Papushado, avec Lior Ashkenazi, Rotem Keinan et Tzahi Grad, en salles depuis le 2 juillet.

THE ROVER-L’homme de nulle part

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Guy Pearce et Robert Pattinson

Guy Pearce et Robert Pattinson

Dix ans après la « chute » (une sorte de catastrophe mondiale dont on ne saura rien de plus précis), un homme (Guy Pearce) arrive dans un relais perdu du désert australien, au volant de sa voiture. Mais il va se faire voler celle-ci par une bande de braqueurs. L’homme, déterminé à récupérer son bien, se lance à la poursuite des voleurs. Il emmène avec lui le frère blessé d’un des braqueurs, un retardé mental (Robert Pattinson), pour qu’il lui montre le chemin…

Il y a trois ans, le réalisateur australien David Michôd avait frappé un grand coup avec son premier long-métrage Animal Kingdom. Faux film de gangsters et vraie tragédie familiale, Animal Kingdom avait révélé un réalisateur/scénariste doué pour les ambiances poisseuses et sachant remarquablement gérer la tension dramatique de son récit. Le voir revenir avec un film à la Mad Max avait de quoi séduire. Et le début de The Rover est juste formidable. Michôd, sans jamais rien expliquer de la catastrophe qui a plongé le monde dans le chaos, dépeint un univers apocalyptique crédible sans discours superflu et sans voix-off de narrateur. En cinq minutes, on sait où on est. On est déjà scotché aux basques de son « héros ». Celui-ci est un homme taciturne, frustre et fermé. Il est incarné à la perfection par un Guy Pearce minéral à souhait mais dont chaque regard peut exprimer une menace sourde et diffuse.

Le début est donc bluffant: vol de la voiture, poursuite et prise d’otage du frère du chef des braqueurs. Tout cela est non seulement extrêmement fluide mais la tension est palpable à chaque plan. Tout le film est filmé de main de maître, à ce niveau. La réalisation de Michôd est ample et il sait tirer le meilleur parti du désert australien et de ses longues routes abandonnées. Michôd sait aussi resserrer son cadre sur les personnages quand il le faut (lors des moments de discussions et de violence). Bref, il donne à son film une allure de cauchemar. Un cauchemar écrasé par le soleil et la chaleur où les hommes sont prêts à défendre les armes à la main le peu qu’ils possèdent. Michôd nous gratifie aussi de scènes bizarres voire malsaines (l’achat de l’arme, la vieille femme sur son fauteuil) voire émouvantes (la visite chez la femme médecin). Après ce début fracassant et terrassant, on se dit qu’on tient un chef d’œuvre du genre.

Malheureusement, Michôd semble ne pas savoir comment meubler son histoire minimaliste. Le milieu du film est assez ennuyeux et la tension retombe. On se surprend même à bailler. Il ne se passe plus rien. Pourtant, la réalisation est toujours aussi parfaite. Et les acteurs sont remarquables. Pattinson joue enfin avec talent, incroyable! Dans un rôle d’homme-enfant à la fois candide et imprévisible (voire violent), il est littéralement bluffant. Le problème est qu’on ne croit pas, à l’écran, à ce duo improbable. Quelque chose ne fonctionne pas. L’alchimie entre les deux acteurs est parfaite mais leurs scènes dialoguées sont assez longues et redondantes. L’ennui guette le spectateur qui se dit que tout cela va se traîner vers une fin paresseuse.

Et c’est là que Michôd se réveille et nous sort de notre torpeur! L’acte final retrouve le niveau du début. Tout cela se finit par un règlement de comptes tendu et bouleversant entre deux frères (là, on retrouve l’auteur d’Animal Kingdom). Mais c’est la toute fin qui emporte l’adhésion. Le personnage de Guy Pearce, qui était jusqu’ici un homme borné qui veut simplement récupérer sa voiture, devient plus humain et son obstination plus compréhensible (une scène du milieu du film trouve alors un autre éclairage). Ce final nous serre la gorge et on ne peut s’empêcher de se dire: « Toute cette violence simplement pour… ».

 The Rover est un film qui sort des sentiers battus, qui est une véritable expérience émotionnelle, un film singulier donc précieux mais qui souffre de longueurs inutiles. Michôd le fait durer 103 minutes là où 80 ou 85 auraient suffi. Néanmoins, on continuera de suivre la carrière de ce réalisateur atypique.  Note: 13/20

The Rover, de David Michôd, avec Guy Pearce et Robert Pattinson, en salles depuis le 4 juin.

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