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MES 10 FILMS DE 2013

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TEL PERE, TEL FILS-Les liens du coeur

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Ryota (incarné brillamment par Masaharu Fukuyama), un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de six ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l’hôpital, où est né leur enfant, leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance. Le garçon que Ryota a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste.

Film après film, le japonais Hirokazu Kore-Eda (Nobody Knows, Still Walking) creuse le même sillon. Ses films sont toujours des drames familiaux qui nous éclairent sur des problèmes particuliers de la société nipponne (pauvreté, exclusion, vieillesse) peu abordés par le cinéma local. Dans son dernier opus, le réalisateur aborde non seulement le questionnement que le fait d’être père entraîne mais aussi l’obsession d’une certaine classe japonaise pour le travail au détriment de la famille.

Kore-Eda va nous présenter deux familles symptomatiques de la dichotomie sociale qui règne au Japon. La première (deux adultes et un enfant) appartient a une classe assez aisée. Le père est un architecte confirmé dont les affaires marchent. La mère est une femme au foyer. Ils habitent dans un immeuble cossu en centre-ville. Leur petit garçon est un petit enfant modèle qui fait ce qu’on attend de lui. Censée être le modèle japonais par excellence, on voit que cette famille n’est pas heureuse. Le père sacrifie son temps à son travail et n’est pas très présent pour son fils. Mais surtout il exige de lui beaucoup (comme par exemple de très bien jouer du piano, d’être indépendant) afin qu’il lui ressemble. La mère semble prendre ça avec humour. La deuxième famille vit en banlieue. Elle tient un petit bazar de quartier. Elle a deux autres enfants en plus du petit garçon qui s’avèrera ne pas être leur fils biologique. C’est une famille bruyante mais aimante. Le père passe beaucoup de temps avec ses enfants, s’amusant comme un gosse avec eux.

L’échange des deux enfants va créer du désordre et des problèmes mais il va aussi réparer quelque chose. Ryota sent bien que son fils n’est pas aussi doué qu’il le voudrait. La révélation de l’échange semble le conforter dans cette idée. Après tout, ce n’est pas son fils. Ryota fera preuve d’arrogance en voulant élever les deux garçons, quand il voit la famille modeste et qu’il la juge incapable d’offrir un avenir décent à son « fils ». Elle ne correspond pas à son idéal familial. Finalement, les deux familles échangeront d’abord les deux garçons le week-end, avant que la question de l’échange total ne se pose…

A la critique sociale évidente, Kore-Eda ajoute un mélodrame familial bouleversant. Il pose des questions essentielles : « Qu’est-ce qu’être parents?  » « Les liens du sang sont-ils plus important que tout? » « Etre un parent de cœur est-il moins fort? ». L’apprentissage sera long pour les personnages. Kore-Eda fait preuve d’une grande sensibilité et d’une grande justesse dans sa réalisation. Il sait faire durer ses plans quand il le faut. Il sait s’arrêter sur un geste ou une expression du visage avec beaucoup d’à propos. Le plus beau plan du film est ainsi celui où la main de Ryota se met à côté de celle de son fils au piano et qu’ils jouent ensemble. Il n’hésite pas non plus à montrer la solitude de ses personnages dans un décor urbain quelque peu froid. Comme si on sentait tout le poids de la société… Et il ne laisse pas les enfants de côté nous montrant leur tristesse  et leur désarroi face aux comportements des adultes.

Mais le film reste sur le point de vue d’un adulte. Celui d’un homme, traumatisé par son propre père, qui n’arrive pas à dire à son fils qu’il l’aime. Un homme qui veut faire de son rejeton un être aussi insensible que lui, afin que le monde ne le blesse pas. Ce film est l’histoire de cet homme, qui va devoir apprendre à laisser parler ses émotions et à être, enfin, lui-même. Tout le film n’est que l’histoire de ce parcours émotionnel. Au passage, Kore-Eda revient sur le statut particulier des belles-mères au Japon. Elever et aimer un enfant qui n’est pas le sien n’est pas de tout repos. Le personnage de l’infirmière est, de ce point de vue, admirable.

Le film (qui dure 2 heures) a peut-être quelques longueurs, le péché mignon de Kore-Eda. Et quelquefois, il force un peu la note sur les différences sociales. Mais le film n’est jamais caricatural. Il demeure sensible, juste et bouleversant. Kore-Eda atteint ici la maîtrise de son art si particulier.

Note: 18/20.

Soshite Chichi ni Naru, de Hirokazu Kore-Eda, en salles depuis le 25 décembre.

LE HOBBIT: LA DESOLATION DE SMAUG-La soif de l’or

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Bilbon (Martin Freeman) sur le point de renconter Smaug....

Bilbon (Martin Freeman) sur le point de renconter Smaug….

La première partie du Hobbit, Un Voyage Inattendu, a été accueilli de façon très partagée par les fans et les spectateurs. Quand bien même la méthode Jackson n’a pas changé d’un iota depuis la trilogie du Seigneur Des Anneaux, le film s’est pris dans la tête des critiques assez injustes. Certains ont fustigé sa soit-disante lenteur et sa mise en place trop longue au niveau de l’intrigue, d’autres ont vilipendé Peter Jackson pour sa réalisation qui serait ratée et se reposerait trop sur les effets spéciaux. Bref, un mec se casse le cul pour offrir du grand cinéma, avec de l’ampleur et du lyrisme et les loups sortent du bois pour le dévorer. Des films aussi mal réalisés et mal foutus, j’aimerais en voir plus souvent, perso. Enfin, les pseudos gardiens du temple de l’œuvre de Tolkien crachent sur Jackson qui défigurerait et trahirait l’œuvre de l’écrivain. Ceux-ci n’ont toujours pas compris qu’un roman et un film sont deux façons différentes de raconter une histoire et qu’il faut parfois trahir pour être fidèle à l’esprit de l’œuvre qu’on adapte. Récemment, j’ai vu, sur un forum, le commentaire d’un type, ayant vu La Désolation de Smaug, et qui se plaignait de la trahison permanente de l’œuvre tolkienienne par Jackson, depuis La Communauté de l’Anneau. Pourquoi continuer à aller voir les films dans ce cas si ce n’est pour cracher son venin ou faire croire qu’on a vu le film?

Recentrons-nous sur le film. Il est parfois dur de réussir l’acte central d’une trilogie. C’est le cas ici, vu que Jackson s’intéresse à une sous-intrigue, en plus de l’histoire de Bilbon. Il s’agit toujours de celle du Nécromancien et du retour de l’Ennemi en Terres du Milieu. C’est peut-être là que réside la seule vraie faiblesse du film. Pas tellement parce que les personnages sont séparés pour vivre des aventures différentes (Gandalf d’un côté, Bilbon et les Nains de l’autre, groupe qui sera lui-même scindé en deux). Ce genre de parti-pris narratif est bien accepté. Tolkien l’a bien fait pour Le Seigneur des Anneaux. Et ceci a été repris par Leigh Brackett et Lawrence Kasdan pour leur scénario de l’Empire Contre-Attaque. Non, le vrai problème, c’est la petite baisse de rythme que cela entraîne. Et c’est une première dans la saga! En effet, l’histoire des Nains est trépidante à souhait et la couper avec autre chose donne l’impression que le film fait du sur-place. L’enquête que mène Gandalf sur le Nécromancien est loin d’être  ratée (d’autant que leur face à face est très réussi). Mais, on a l’impression de voir un autre film là où tout cela était plus fluide dans la première partie. Il faudra peut-être comparer avec la version longue.

Mis à part cela, le film est remarquable. Il ménage des moments jubilatoires où la générosité filmique de Peter Jackson éclate à chaque instant. L’évasion en tonneau est un grand moment d’action et d’humour, un morceau de bravoure qui balaie tout sur son passage. La rencontre avec Beorn, au début, est, sur le plan pictural, très réussi. Jackson filme avec un plaisir intact, ses mouvements de caméra sont remarquables, fluides, aériens. Toutes les scènes d’affrontement avec les Orques sont formidables (notamment celle où ils débarquent dans la maison de Thranduil). Le film est un régal pour les yeux. Il est passionnant à suivre. Mais sur le plan thématique, Jackson fait mûrir son propos et assombrit le tableau d’ensemble.

Le film parle de la cupidité liée à l’or et au pouvoir que l’on convoite. Certains personnages vont flirter dangereusement avec leur côté obscur. Bilbon (Martin Freeman) commence à subir l’influence néfaste de l’Anneau de Pouvoir. Il ment et dissimule l’Anneau à Gandalf. Thorin (remarquable Richard Armitage) est le personnage le plus sombre du film. C’est une figure tragique qui cherche à venger son peuple et reconquérir son royaume mais, comme son grand-père, la perspective de posséder un immense trésor et un royaume deviendra une obsession capable de le mener à un meurtre potentiel. Nous avons aussi le roi des Elfes Noirs, un personnage lâche et menteur, sourd au monde qui l’entoure mais intéressé par une partie du trésor de Smaug. Ce dernier est devenu un dragon paresseux qui ne fait que dormir sous son tas d’or et de bijoux mais dont la convoitise est toujours intacte. Le trait est plus sombre que dans la première partie. Tout ceci éclate dans les scènes à Lacville. Les habitants de l’ancienne Erebor y vivent pauvrement, sous la domination d’un Maître (Stephen Fry, hilarant) grotesque mais qui s’accapare tout l’argent de la cité, affamant sans vergogne son peuple, et essayant de se maintenir au pouvoir en faisant taire ses opposants.

Néanmoins, Jackson parvient à nicher au cœur de son film, une histoire d’amour très touchante entre le nain Kili et l’elfe Tauriel (Evangeline Lilly, belle à se damner). Leur conversation, quand Kili est emprisonné, est simple et met à nu le cœur de deux combattants. Jackson nous gratifie même d’une séquence où il convoque le Abyss de James Cameron (scène de la réanimation de Mary-Elisabeth Manstrantonio par Ed Harris)  et dans laquelle la personne qui sauve l’être aimé s’en trouve transfiguré comme dans une véritable épiphanie. Le triangle amoureux entre Kili, Tauriel et Legolas (Orlando Bloom dont chaque regard impressionne) est bienvenue. On voit l’amitié et la loyauté entre les deux elfes et en un regard, on voit que Legolas ressent plus mais qu’il accepte le choix de Tauriel de rester auprès de Kili.

Mais le clou du spectacle reste le climax dans la salle du trésor et les anciennes mines des nains. La confrontation avec le dragon Smaug est absolument phénoménale et devrait ravir les fans du livre. Smaug est remarquablement designé et animé. Sans conteste l’un des plus beaux dragons vus dans un film. Son doublage vocal (et gestuel) est assuré par Benedict « Sherlock » Cumberbatch ( le Khan de Star Trek: Into Darkness). Son face à face avec Bilbon est extraordinaire, le dragon se déplaçant comme un danseur pour trouver le Hobbit. Et sur le plan du dialogue, le tandem de la série Sherlock est reconstitué (Martin Freeman,  étant le Watson de Cumberbatch dans cette série). Par ailleurs, Cumberbatch assure aussi le doublage vocal du Nécromancien.

Alors, bien sûr le cliffanger en vue du troisième et dernier épisode était prévisible et il faudra patienter un an avant de voir Histoire D’Un Aller Et Retour. On se demande comment Jackson va régler tous les problèmes soulevés par le scénario. Néanmoins, 2h40 d’un spectacle aussi réussi, aussi prenant, aussi émouvant et qui nous fait retomber en enfance, on en redemande, non?

Le Hobbit: The Desolation Of Smaug, de Peter Jackson, avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, en salles depuis le 11 décembre.

 

LES GARCONS ET GUILLAUME, A TABLE!-Tout sur ma mère

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Guillaume est un petit garçon qui n’aime pas le sport et adore Sissi Impératrice. Il aime aussi beaucoup sa maman, qu’il vénère et qu’il sait même imiter à la perfection. A cause de tout ça, sa famille pense qu’il est homosexuel. Et lui aussi, d’ailleurs…Enfin, pas  tout à fait: Guillaume pense qu’il est une fille et qu’il est hétérosexuel puisqu’il aime les garçons. Sauf que Guillaume va devoir faire face à sa vraie nature: il est un garçon…et il n’est peut-être pas homosexuel!

Ce film est le premier long-métrage réalisé par le comédien Guillaume Gallienne, sociétaire de la Comédie-Française. C’est un film qu’il a adapté de sa pièce éponyme, véritable one-man show où il était seul en scène. Ce spectacle était largement autobiographique vu que Gallienne y raconte sa propre vie. On pouvait craindre que l’adaptation sur grand écran ne se révèle plate, sans saveur et téléfilmesque comme le sont quasiment toutes les adaptations de pièces ou de spectacles en France. Et bien non! Et c’est une vraie (bonne) surprise!

Car Guillaume Gallienne a parfaitement compris qu’une pièce et un film sont deux médias différents et n’ont pas la même façon de raconter une histoire. Et notre ami Guillaume de faire un vrai film de cinéma, pas formaté « télévision », avec des idées de mise en scène brillantes et toutes simples. En un mot, c’est du cinéma et c’est tant mieux. Alors bien sûr, il nous refait le coup de la pièce de théâtre qui devient film sous nos yeux mais ce gimmick n’est pas envahissant et est utilisé avec justesse et parcimonie. C’est juste une béquille narrative qui lui sert à lancer le film et à se lancer, comme au début où on le suit des coulisses à la scène et où on sent son trac. Le reste du métrage est, sur le plan formel, quasiment irréprochable (très belle photo). Des scènes comme celle de la piscine (sur fond de Supertramp) sont très réussies et dénotent un grand talent visuel de la part de ce jeune comédien/réalisateur. Les interventions de sa mère dans l’histoire sont toujours drôles et très bien intégrées. Gallienne donne vie à chacune de ses scènes et sait instaurer diverses ambiances (pensionnat, boîte de nuit gay, intérieur bourgeois, voyage en Espagne, etc).

On aurait pu craindre un épanchement narcissique de sa part. Alors oui, le film est follement impudique. Mais tout cela est fait avec classe, humour, délicatesse et émotion. Ce film vous met de bonne humeur. On passe de séquences hilarantes (le service militaire, la thalasso, la boîte gay) à d’autres très émouvantes (la piscine, la rencontre avec Amandine). C’est un film qui nous dit de ne pas enfermer les autres dans des cases et de ne pas se laisser enfermer dans des cases à notre tour. Il faut s’accepter, s’assumer et faire pareil avec les autres. Mais le film n’est pas didactique, cela se fait de façon toujours légère et divertissante.  Gallienne peut parfois aller loin dans l’humour mais ce n’est jamais lourd et le film conserve son charme jusqu’à la fin.

Et puis, Guillaume Gallienne est un acteur extraordinaire. Dans le double-rôle de Guillaume (adolescent et jeune adulte) et de sa mère, il est extraordinaire. D’ailleurs, ce n’est plus lui qu’on voit mais sa mère qui devient un personnage à part entière: une femme sarcastique et parfois cassante mais aimante et qui cache un profond mal de vivre. On est loin de la Cage Aux Folles! Gallienne mérite un double César (masculin et féminin!). Et puis sa relecture de Sissi est à se tordre! Mention spéciale aussi à Françoise Fabian, hilarante dans le rôle de la grand-mère.

En résumé, une comédie folle, libre, émouvante, drôle, pétillante qui fait un bien fou! A consommer sans modération! Note: 15/20

Les Garçons et Guillaume, à table! de et avec Guillaume Gallienne, en salles depuis le 20 novembre.

INSIDE LLEWYN DAVIS-Un héros trés discret

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INSIDE LLEWYN DAVIS-Un héros trés discret dans Cinéma picture-of-oscar-isaac-in-inside-llewyn-davis-large-picture1-300x199

New-York, 1961, Llewyn Davis est un chanteur de folk qui tente de subsister comme il peut. Entre le manque d’argent, les hébergements à répétition chez des amis, la course aux cachets d’un soir, la copine d’un ami qu’il a mise enceinte et un chat perdu, les galères s’enchaînent…

Ethan et Joel Coen déçoivent rarement, si l’on excepte deux comédies paresseuses: Intolérable Cruauté (2003) et Ladykillers (2004). A chacun de leur film, on est frappé par l’excellence de leur réalisation et la qualité de leur écriture, quelque soit le registre abordé (comédie, polar, western,). Un fois de plus, cela se vérifie avec leur nouveau film. Certains diront: « Pfff, encore une critique dithyrambique d’un film des Coen! » Ben oui, encore! Ce n’est pas la faute de l’auteur de ces lignes si, encore une fois, les frères Coen réussissent un grand film!

Cette fois, ils s’attachent aux pas d’un looser magnifique, Llewyn Davis. Celui-ci est incarné à la perfection par l’extraordinaire Oscar Isaac, qui se révèle aussi bon chanteur qu’acteur. Llewyn est un chanteur de folk qui a beaucoup de talent. Mais il a aussi une poisse monumentale. Pas besoin de tout révéler, mais il faut dire que le sort s’acharne sur le malheureux héros de ce film. Mais les Coen ne le prennent pas de haut et ne se moquent jamais de lui. C’est un personnage qu’ils savent rendre attachant et qu’on finit par plaindre. Parce qu’avec ce film, les Coen rendent hommage aux petits musiciens qui ne connaîtront jamais la gloire mais qui vivent leur passion jusqu’au bout.

Car que faut-il faire? Avoir un travail que l’on n’aime pas et vivre confortablement ou vivre de sa passion et tirer le diable par la queue? Ce dilemme-là se pose à Llewyn via le personnage de sa sœur qui le méprise ouvertement. Llewyn choisira de vivre sa passion. Vus les problèmes qu’il rencontre, on se dit qu’il fait preuve d’un grand courage. Et les Coen de transformer un looser en héros. Un héros souvent pathétique, voire assez lâche et qui fuit toute responsabilité. Mais un héros quand même qui choisit de vivre de son art.

Le film oscille constamment entre l’humour le plus décalé (le running gag du chat, le voyage quasi-surnaturel avec les jazzmen) et le tragique le plus bouleversant (la scène avec le père, celle chez le médecin-avorteur). Il distille une profonde mélancolie. La réalisation des Coen est à ce titre exemplaire. Remarquablement éclairé par le frenchie Bruno Delbonnel (déjà à l’œuvre sur le Dark Shadows de Tim Burton), leur film nous livre des plans absolument inoubliables et qui impriment la rétine: la silhouette d’un chat au bord d’une route, Llewyn marchant dans le froid et la neige, une route où des voitures roulent dans un silence ouaté,… Bref, le film est de toute beauté et nous plonge comme dans un rêve.

Sans la dévoiler, la fin bascule dans un fantastique discret où la répétition du quotidien condamne le héros à toujours vivre sa petite vie de misère, sans aucun espoir. Une image terrible. Mais le plus ironique, c’est que pendant qu’un artiste sombre et se voit fuir par la célébrité, un autre émerge et va rentrer dans l’Histoire. Pour un chanteur qui réussit, une dizaine se cassent les dents. Peut-être faudrait-il montrer ce film à tous les candidats de télé-crochets à la The Voice? Pour leur montrer la réalité…. Note: 18/20

Inside Llewyn Davis de Ethan et Joel Coen, avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, John Goodman et Justin Timberlake, en salles depuis le 6 novembre.

THOR: LE MONDE DES TENEBRES-L’âge d’or de Marvel?

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THOR: LE MONDE DES TENEBRES-L'âge d'or de Marvel? dans Cinéma capture-decran-2013-04-23-a-10_11_431-300x215

Bon, les fans le savent, entre deux Avengers (le deuxième-Age Of Ultron-sortira en 2015), chacun des héros vit sa vie et des aventures qui lui sont propres, mais avec des scènes post-génériques de fin qui font le lien avec le reste de la « saga ». Ainsi, après nous être farci un film bien naze en 2011 (sorte de mixe raté entre l’Heroic Fantasy, le film de super-héros et la comédie sentimentale gnangnan et crétine), nous retrouvons Thor,  son marteau et sa Nathalie Portman pour de nouveaux exploits. Cette séquelle est supérieure au film de Kenneth Branagh pré-cité, autant le dire tout de suite. Elle comporte son lot de satisfactions…mais aussi de frustrations et de déceptions. Le film est loin d’être le chef d’œuvre ultime décrit par les fans de comics. Ne leur en déplaise!

Commençons par distribuer les bons points. Après la bouillie visuelle du père Branagh (mais où est passé ton talent, Kenneth?!!), Alan Taylor (réalisateur sur la série Games Of Throne) reprend le flambeau. Et il s’en tire beaucoup mieux. Taylor fait ce que Branagh aurait du faire, un film de super-héros assez décomplexé et qui dépote visuellement. Le film est d’une grande beauté, c’est indéniable. Le production design est remarquable: costumes, vaisseaux, décors, sfx sont irréprochables et nous plongent dans un autre univers. Le royaume d’Asgard est absolument magnifique!  On redevient (presque) des enfants et ça redonne le sourire! D’autant que Taylor n’est pas un manchot. Ses scènes d’action et d’affrontements sont lisibles, efficaces et trépidantes. Cela culmine dans ce formidable affrontement final entre Thor et Malekith (seigneur des Elfes Noirs), qui se déroule sur trois mondes. Enfin du spectacle qui ressemble à du comic-book! Léger, aérien, burlesque et épique! La meilleure séquence du film! Bref, c’est du grand spectacle et il n’y a aucune baisse de rythme dans le film, qui ne dure qu’1h52, ce qui nous change un peu des 2h30 habituelles de ce genre de films!

Côté humour, le film est plus drôle que le premier opus: les bonnes répliques fusent, les bons gags aussi (apparition géniale d’un des Avengers!). On retiendra, au début, ce moment où des chercheurs et des gamins s’amusent, dans un bâtiment désaffecté, à  faire passer des objets par des portes ouvrant sur d’autres mondes. Toujours ce même plaisir enfantin évoqué plus haut et qu’on retrouve même chez les personnages (Erik Selvig nu à Stonehenge!). Mais c’est dans les relations entre les personnages que le film marque des points. L’antagonisme entre Thor et Loki est très bien rendu. Loki (formidable Tom Hiddleston) devenant un paria, ivre de vengeance. Mais on sent une sorte d’amour fraternel entre les deux, qui apparaît par moments….Sans tout révéler, le film comporte quelques scènes chargées sur le plan émotionnel, notamment une scène de funérailles bouleversante. Là, on se dit qu’on tient le divertissement parfait avec le juste équilibre entre comédie, émotion et action. Mais le problème, c’est que le film ne se donne pas les ambitions de ses moyens.

On passera sur certaines invraisemblances (le père d’Odin cache l’Ether dans le seul endroit où il y a un passage entre deux mondes, ce qui est bien pratique pour qu’on le retrouve!), pour se focaliser sur le méchant du film: Malekith. Cette créature est, franchement, l’un des méchants les moins effrayants vus sur un écran. Interprété par un Christopher Eccleston rigide à souhait (genre « je souris pas, je marche comme un robot, j’ai une grosse voix, bouh, je suis méchant! »), le look du personnage ne convainc pas et apparait ridicule, tout comme les autres Elfes Noirs qui n’ont rien de bien menaçants! Cette parade d’Halloween effraiera peut-être les moins de 7 ans, et encore… La substance noire, l’Ether, est sous-exploitée. En plus, sa représentation en CGI est d’une grande laideur. Quand Jane Foster est « possédée » par l’Ether, on se dit qu’elle va devenir maléfique et rejoindre Malekith qui la manipulera à distance. Même pas! Elle a juste les yeux noirs et basta! On commence à sentir le bâclage côté scénario. Et…c’est le cas! Les compagnons de Thor, présents sur l’affiche, ne servent à rien et font de la figuration. D’ailleurs, au début, les scènes de bataille où eux et Thor remettent de l’ordre dans les 9 Mondes, sont trop courtes et vite expédiées (Eh! on a Avengers 2 et 3 qui se profilent, désolé, les mecs!). Le personnage de Nathalie Portman (Jane Foster) fait un peu cruche par moments. Chris Hemsworth n’est pas très expressif dans le rôle de Thor. Alors leur love-story toute plate, hein….

Mais surtout, surtout, ce méchant constipé, Malekith, vous savez quoi? Il veut plonger les 9 Mondes dans les Ténèbres….pour régner dessus! Un vilain qui veut dominer le monde! Que c’est original! On a pas vu ça depuis Avengers, dites-donc! Vous me direz : »T’es blasé! C’est comme ça dans tous les blockbusters! »  Oui, certainement! Mais là, on est dans la MEME série de films! On va se taper ça à chaque fois? Captain America, Thor ou Iron-Man sauvent le monde puis se réunissent pour le sauver encore? Un sentiment de lassitude va finir par pointer le bout de son nez! Si, en plus, on bâcle les histoires du côté de chez Marvel, on est pas rendu! Parce que si ce Thor 2 se suit sans déplaisir ni ennui, il se suit sans surprise. On sait que Thor va en sortir indemne, qu’il va sauver le monde et embrasser sa belle. Y a pas un poil qui dépasse. Tout ça est calibré, lisse et pas très original. La routine Marvel, en somme…. Note: 11/20

Thor: The Dark World, de Allan Taylor, avec Chris Hemsworth, Nathalie Portman, Tom Hiddleston et Anthony Hopkins, en salles depuis le 30 octobre.

NOS HEROS SONT MORTS CE SOIR- Je suis l’autre

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France, début des années 50. Simon (Jean-Pierre Martins), catcheur, porte le masque blanc. Sur le ring, il est Le Spectre. Il propose à son ami Victor (Denis Ménochet), de retour de la guerre, d’être son adversaire au masque noir: L’Equarisseur De Belleville. Mais pour Victor, encore fragile, le rôle paraît bien trop lourd à porter: pour une fois dans sa vie, il aimerait être dans la peau de celui qu’on applaudit. Simon suggère alors à son ami d’échanger les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-là impunément….

Au milieu de la cascade de sorties cinématographiques qui s’abat chaque semaine, il arrive qu’un petit film passe un peu inaperçu. Il y a entre 15 et 20 sorties par semaine et, la plupart du temps, certains de ces films ne valent pas tripette. Mais il faut bien observer et, quelquefois, partir à l’aventure et donner sa chance à un petit film. On peut être déçu mais on peut être agréablement surpris et faire une découverte. C’est ce qui est arrivé à l’auteur de ces lignes durant la projection de Nos Héros Sont Morts Ce Soir de David Perrault.

On tombe instantanément sous le charme de ce film dés ses premières minutes. Perrault filme avec élégance et maîtrise dans un noir et blanc superbe. L’œil est déjà conquis. Car il s’agit, surtout, d’un film-impression, d’un film-atmosphère. Perrault ressuscite toute une époque: celle des années 60. C’est la France gaulliste de la guerre d’Algérie, la France des bistrots, des quartiers populaires et des milieux interlopes (gangsters, catcheurs, tenancière de bar). On y croit. On y est. On peut presque le respirer. On est avec les héros au comptoir ou dans leur chambre d’hôtel. La grande beauté formelle du film n’exclut pas la proximité qu’on éprouve pour les personnages et l’histoire.

Là réside peut-être le point faible du film, mais qui ne gâche en rien le plaisir du spectateur. L’histoire est un peu lâche et certains de ses aspects ne sont pas assez développés. C’est un premier long-métrage et il manque une certaine rigueur dans l’écriture scénaristique. Mais ce n’est pas forcément un grand mal! Les deux personnages principaux, incarnés par les formidables Denis Ménochet et Jean-Pierre Martins, sont remarquablement écrits. Deux hommes liés par un passé commun mystérieux et hantés par la guerre d’Algérie (surtout le personnage de Denis Ménochet). Des personnages cassés, qui n’apprécient pas leur propre image, comme dévalorisés. Le catch et ses masques/identités secrètes les révèlent à eux-mêmes et en font des super-héros (mais sans super-pouvoirs!). Mais l’un ne veut plus être le « méchant » sur le ring. Ils échangent leurs identités. Jalousie, vertige de l’identité…Devenir l’autre… Le film bascule, discrètement, dans un fantastique atonal, qui culmine lors de son épilogue mélancolique ( Qui est qui? Tout cela est-il réel? Où commence la fiction? Où finit la réalité?). On notera aussi le cauchemar récurrent de Victor, splendide séquence où éclate un désespoir et un sentiment de paranoïa prégnants. Les second rôles sont formidables (les lumineuses Constance Dollé et Alice Barnole, le truculent Philippe Nahon). Le personnage du Finlandais (Pascal Demolon, génial!) semble tout droit sortir d’un film de Tarantino.

Tarantino, justement. Perrault semble avoir la même démarche: citer des films qui l’ont marqué mais sans les singer et en y apportant quelque chose de nouveau. Pêle-mêle, on y trouve des références à Robert Wise, Jean-Luc Godart, George Franju, Melville, bien sûr, dont le fantôme semble planer sur le film. Mais on trouve aussi des références littéraires (Gérard De Nerval). Des séquences magnifiques impriment la rétine et la mémoire: celle du coup de foudre entre Simon et Anna, le combat de catch entre les 2 amis (d’un réalisme brut percutant!), l’incendie final,…  La grande force du film demeure, néanmoins, cette grande histoire d’amitié entre Victor et Simon. Deux amis qui s’apprécient et se respectent mais ont du mal à se le dire.

Alors, si vous voulez voir un film français filmé autrement qu’un épisode de Joséphine Ange Gardien ou Louis La Brocante, donnez sa chance à ce petit film et laissez vous porter par ses charmes et son mystère!  Note: 14/20

Nos Héros Sont Morts Ce Soir, de David Perrault, avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Philippe Nahon, Pascal Demolon, Alice Barnolle et Yann Colette (grand plaisir perso de le revoir!), en salles depuis le 23 octobre.

 

PRISONERS-Dans le labyrinthe

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Le détective Loki (Jake Gylenhaal) tente de calmer Keller Dover (Hugh Jackman)

 

 

Deux petites filles disparaissent le jour de Thanksgiving, dans une banlieue américaine. Suite à un signalement, le détective Loki (Jake Gyllenhaal) arrête un suspect, un simple d’esprit nommé Alex Jones (Paul Dano). Ce dernier nie et, faute de preuves, est relaché. Le père d’une des filles, Keller Dover (Hugh Jackman), ne l’entend pas de cette oreille et le kidnappe afin de lui faire avouer où il a caché sa fille. Le détective Loki poursuit, quant à lui, son enquête….

Prisoners, réalisé par le canadien Denis Villeneuve (Incendies), est certainement le meilleur polar américain de ces dix dernières années. Le film cumule des qualités d’écriture, de réalisation et d’interprétation qui le hissent, sans problèmes, au rang de classique du genre. On pense beaucoup à des films comme Le Silence des Agneaux, Seven ou Mystic River. Il faut dire que Prisoners a un point commun avec les films pré-cités: la volonté de regarder le Mal droit dans les yeux.

Le film s’ouvre par la voix-off de Hugh Jackman récitant le Notre Père et des images nous montrant un père (Jackman) et son fils chassant. Avant de tuer un animal innocent (de prendre une vie), le père de famille prie pour le salut de son âme. Cet homme, croyant et respectueux de toute vie, va effectuer, durant le film, un voyage qui va l’amener à renier ce principe, et ce pour un noble motif: retrouver sa fille. Keller devient un homme brisé mais qui décide de se battre. Il mène sa propre « enquête » en torturant un suspect. Les actes que commet Keller sont abominables et pourtant, on reste à ses côtés. Villeneuve ne le glorifie pas mais ne le condamne pas pour autant. C’est un père de famille qui veut retrouver son enfant, à tout prix, même s’il doit commettre l’irréparable. Les scènes d’ »interrogatoires » sont violentes et insoutenables. Keller les justifie en disant que  Alex Jones  »n’est plus un homme ». Il n’a donc plus à respecter la vie de son prochain. Mais ce suspect est-il vraiment coupable? Est-ce un manipulateur ou juste un pauvre simple d’esprit? Il faut souligner l’interprétation saisissante de Paul Dano dans un rôle qu’il ne rend jamais caricatural. Cette partie-là de Prisoners est passionante. Les repères moraux du spectateur sont brouillés (où est le bien? où est le mal?) et on ne sait quelle issue aura le dénouement. Hugh Jackman trouve là le rôle de sa vie. Fragile, déterminé, violent. On lit la douleur, le chagrin, la colère, la rage dans chacun de ses regards. Il est le coeur vibrant du film.

La deuxième partie du film, montée en parallèle, suit l’enquête de l’inspecteur Loki, incarné par un Jake Gyllenhaal au regard hanté, à l’obsession palpable et qui se retient de ne pas éclater (l’antithèse de Keller). On devine un lourd passé d’enfant martyr chez lui, ce qui nous le rend attachant (le rôle de l’enquêteur est souvent un rôle ingrat dans les films). Loki mène son enquête sur les disparitions, tout en surveillant Keller du coin de l’oeil (leur scène de discussion dans la voiture est l’une des meilleures du film). L’enquête de Loki est complexe et semble déboucher sur quelque chose d’innattendu. Mais peut-être que ce ne sont que des fausses pistes… Néanmoins, on est scotché à notre fauteuil jusqu’à la fin. Le doute ne nous quitte pas. Nous sommes perdus dans un labyrinthe, et cette image n’est pas innocente.

Le Mal est partout dans ce film. Il se cache chez le voisin, à l’abri d’une maison de banlieue. Il se cache en nous, quand nous croyons agir pour le bien (comme le personnage de Keller). Et les enfants (incarnation suprême de l’innocence) en sont souvent les victimes. Il ne semble pas y avoir d’espoir. Le Mal brise des vies, à jamais. Villeneuve adopte un style classique et ample. Il scrute les visages, les rues, les façades des maisons. Il ne cherche pas à édulcorer son propos. Le film est sombre et sans concessions. Il y a beaucoup de suspense, un suspense au paroxysme avec la folle course d’une voiture, à la fin. A cette tension constante, répond une émotion sincère et bouleversante (les parents des fillettes disparues, on pense notamment aux magnifiques Maria Bello et Viola Davis). Le film se passe entre automne et hiver, dans la brume et le froid et sous la pluie. L’atmosphère laisse peu passer la lumière (superbe photo de Roger Deakins). Denis Villeneuve a l’art de réussir toutes ces scènes (l’arrestation du suspect au début est un modèle du genre) et de se focaliser sur des détails troublants (des poupées enterrées, des serpents dans une malle, un chien maltraité) qui achèvent de donner une atmosphère de cauchemar au film. Un film qui s’ouvre sur une prière et se clôt sur un déchirant appel à l’aide qui vous vrille le coeur.

Oui, Prisoners est un grand film noir, brutal, sans concessions et qu’on garde longtemps après la projection. Note: 18/20

Prisoners, de Denis Villeneuve, avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Viola Davis, Maria Bello, Terrence Howard, Melissa Leo et Paul Dano, en salles depuis le 9 octobre.

 

BLUE JASMINE-Portrait de femme

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Blue Jasmine est, sans conteste, le meilleur film de Woody Allen depuis Le Rêve de Cassandre, en 2007. On y retrouve sa qualité d’écriture habituelle et aussi sa férocité sans concession qui amène le film vers une certaine noirceur. Cette fois, Woody s’intéresse à la crise, mais du côtés des nantis (remarquable de constater que Le Rêve de Cassandre anticipait largement les ravages de celle-ci dans les milieux populaires). Nous suivons le parcours d’une femme de la haute-société, époux d’un magnat de la finance (excellent Alec Baldwin), qui sous des dehors bienveillants, cache un escroc et un coureur de jupons. Cette femme, Jasmine, est brillament interprétée par Cate Blanchett. Tour à tour fragile, déterminée, hautaine voire pitoyable, l’actrice livre ici l’une des meilleures  performances de sa carrière (un Oscar! Un Oscar!).

Car tout la grande réussite du film est de nous intéresser à cette femme. Au début, on a vraiment envie de la gifler. Elle vit dans son petit univers de riches snobinards et regarde le monde avec des oeillères. Elle méprise ouvertement son beau-frère (pauvre petit prolo) avec qui s’est mariée sa soeur (irrésistible Sally Hawkins). Et puis, on en apprend plus sur elle et son histoire. Le film fait d’incessants voyages entre le passé et le présent, mais avec une grande fluidité, sans que le spectateur soit perdu. Et là, Jasmine nous émeut. Elle n’est qu’une femme trompée par son mari et, par extension, par toute une bonne société qu’elle croyait inébranlable. Les fêlures du personnage nous apparaissent: alcoolisme, dépendance aux cachets, dépression nerveuse,….le film se clot, d’ailleurs, sur une image bouleversante et terrible.

Woody épingle avec une grande jubilation le monde des riches et de la finance. Le mari de Jasmine finit par descendre de son piédestal et n’être plus qu’un Bernard Madoff queutard et magouilleur. Mais ce genre d’homme a entraîné la faillite de nombreux salariés et épargnants plus modestes. Et Woody nous le rappelle, via le personnage de Augie (l’ex beau-frère de Jasmine), dont la vie et le mariage ont été brisés à cause de cela. La vie ancienne de Jasmine, riche et insouciante, n’était qu’une illusion. La vraie vie, ce n’est pas ça. Le seul personnage qui le comprend, le beau-fils de Jasmine, rompt avec cette vie et avec sa famille. Peut-être la chose la plus sensée à faire….

Mais cette Jasmine est-elle un monstre? Non, juste une femme seule et trahie qui fera un geste terrible précipitant sa propre chute. Woody se moque de sa coquetterie et de son snobisme. Mais il est incroyablement délicat quand il la filme tentant de refaire sa vie. Après tout, elle en a le droit. Mais son passé finira par la rattrapper alors qu’elle essayait, encore une fois, de cacher la vérité. Une vérité qu’elle ne veut pas affronter. Il y a ensuite un portrait croisé entre sa rencontre amoureuse avec un diplomate et les hésitations sentimentales de sa propre soeur. Blue Jasmine est élégant, touchant et trés sombre. Mais on retrouve l’humour Allenien, par petites touches (le dentiste obsédé sexuel, les crises de jalousie et de larmes du petit ami de la soeur). Mais ça grince. Car le film reste lucide. Blue Jasmine est un film dont le parfum reste entêtant, même après la fin. A voir! Note: 18/20

Blue Jasmine, de Woody Allen, avec Cate Blanchett, Alec Baldwin et Sally Hawkins, en salles depuis le 25 septembre.

LES AMANTS DU TEXAS- The long kiss goodnight

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Bob (Casey Affleck) et Ruth (Rooney Mara) s’aiment. Ruth attend un bébé. Tout va bien. Sauf que ce sont des braqueurs. Après un coup qui semble avoir mal tourné, la police les prend en chasse. Lors de la fusillade qui s’en suit, Ruth blesse un policier. N’ayant d’autre choix que de se rendre, Bob décide d’endosser toute la responsabilité afin que Ruth n’aille pas en prison. Il jure qu’il reviendra la chercher, elle et l’enfant. Quelques années plus tard, Ruth élève seule sa fille avec l’aide discrète et silencieuse de son père adoptif (Keith Carradine) qui habite à côté de chez elle. Un policier (Ben Foster) lui fait la cour. Il s’avère que c’est le même homme que Ruth avait blessé, mais il l’ignore. Mais bientôt, Bob s’évade de son pénitencier et revient pour chercher Ruth et sa fille….

Le film de David Lowery arrive sur nos écrans, porté par une réputation flatteuse et une présentation triomphale aux derniers festivals de Sundance et Deauville. Pourtant, force est de constater que, malgré des qualités indéniables, le film de Lowery demeure trop hermétique pour qu’on s’y attache vraiment. Sur le plan visuel, Lowery est plutôt doué. C’est un adepte des longs plans contemplatifs. Cela donne une atmosphère particulière à son film. Malheureusement, cela ne fait pas tout. Le gros défaut du film est sa lenteur. Cela semble être assumé par le réalisateur mais, autant le dire, bien que le film ne dure qu’1h34, il est trés ennuyeux et on se surprend à bailler plus d’une fois.

David Lowery peine à donner chair à son histoire et à ses personnages, dont il n’exploite jamais le potentiel. Tout occuppé qu’il semble être a vouloir éviter de faire un mélo ou un polar, Lowery oublie, tout simplement, de faire quelque chose. Et le film stagne et nous laisse bien froid! Il y avait matière à faire une histoire simple, mais porté par des sentiments forts et une mécanique narrative comme un piège fatal autour de Ruth et Bob. Mais Lowery s’en fiche. Il sacrifie tout à l’atmosphère, quitte à se passer d’un scénario digne de ce nom. Le plus rageant sont ces ellipses narratives et ces choses qui demeureront floues et ne nous seront jamais expliquées: le braquage du début, les truands qui veulent se venger d’on ne sait quoi auprés de Bob, le rôle exact du père adoptif de ce dernier (est-il un ancien truand rangé?). Surtout que Keith Carradine est un acteur prodigieux et rare, alors pourquoi ne pas développer son personnage? Par contre, le personnage de Ben Foster (excellent acteur lui aussi) est trés touchant dans sa maladresse amoureuse. Mais ça ne suffit pas!

Pourtant, il y avait de si jolies choses dans ce film! Toutes les scènes entre Ruth (magnifique Rooney Mara) et sa fille, empreintes de beaucoup de tendresse et d’émotion. Malheureusement, le personnage de Bob nous reste assez étranger. Casey Affleck est inexpressif au possible et semble ne pas comprendre son rôle. Bizarre! C’est pourtant un bon acteur (cf The Killer Inside Me). Du coup, on ne croit pas du tout à leur histoire d’amour passionnelle. On peut sauver, dans le film, une chasse à l’homme baignant dans un clair de lune envoûtant et des scènes finales bouleversantes…mais trop tard! Le film est déjà fini….Note: 08/20

Ain’t them Bodies Saints, de David Lowery, avec Casey Affleck, Rooney Mara, Ben Foster et Keith Carradine. En salles depuis le 18 septembre.

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