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SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L’ORIENT-EXPRESS (1976)-Une étude en psy

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Sigmund Freud (Allan Arkin) hypnotise Holmes (Nicol Williamson), sous le regard de Watson (Robert Duvall)

 

1891. Le docteur Watson (Robert Duvall) est inquiet. Son ami Sherlock Holmes (Nicol Williamson) est en proie à une grande détresse. Complétement obsédé par un mystérieux professeur de mathématiques, James Moriarty (Laurence Olivier), ce dernier ne mange plus, ne dort plus et abuse de la cocaïne. Aidé du frère de Sherlock, Mycroft (Charles Gray), et….de Moriarty, Watson amène Holmes à Vienne, où un médecin pourrait l’aider à vaincre son addiction: Sigmund Freud (Allan Arkin). Mais une fois sur place, une affaire d’enlèvement va se présenter à eux. Holmes sera-t-il capable d’affronter et de vaincre ses démons pour mener à bien cette enquête?

Ce film est l’adaptation du roman The Seven Per Cent Solution (La Solution à 7%, titre original du film aussi, bravo les distributeurs français!) publié par le scénariste Nicholas Meyer, l’année précédente. Meyer en signe lui-même l’adaptation en scénario mais c’est Herbert Ross (oui, oui, le mec qui réalisera Footloose dans les années 80!) qui se charge de la réalisation (et aussi de la production). A sa parution, le roman eut un immense succés auprès des holmésiens bien qu’une polémique éclata dans ce milieu à cause des révélations sur le passé de Holmes. Elles ne furent pas du goût de certains holmésiens!

Nicholas Meyer publiera deux autres pastiches de Sherlock Holmes avec L’Horreur du West End (1976) et Sherlock Holmes Et Le Fantôme De L’Opéra (1993). Ce scénariste (Star Trek 4: Retour Sur Terre et Liaison Fatale entre autres) est un holmésien lui-même. Son amour du détective londonien transpire dans d’autres de ses oeuvres. Ainsi on assiste à un duel cérébral du type Holmes/Moriarty dans son film C’Etait Demain (1979) à travers l’affrontement Herbert Georges Wells/John Lesley Stevenson. Ajoutons que ce remarquable film de sf débute son action dans le Londres victorien de 1888 et qu’il comporte beaucoup d’allusions au Canon holmésien de l’écrivain Arthur Conan Doyle. Mieux encore, dans Star Trek 6: Terre Inconnue (1991), Meyer (qui co-écrit et réalise le film) arrive à caser son « obsession »! Spock (identifié comme un descendant de Holmes!) mène une enquête criminelle à bord de l’Enterprise et cite même une phrase fétiche du détective londonien! Et il n’est pas interdit de voir dans les relations Spock/Kirk, un rapport Holmes/Watson.

The Seven Per Cent Solution va s’attacher à brosser le portrait (trés intime) des névroses de Sherlock Holmes. Avec cette histoire, Nicholas Meyer va nous révéler pourquoi Holmes a plongé dans la cocaïne, la véritable nature de ses relations avec le professeur Moriarty, la raison qui lui fait détester les femmes, etc. Le personnage de Sigmund Freud (campé par un excellent Allan Arkin) va lui servir de révélateur (comme à nous, spectateurs). Freud va devoir, d’abord, sevrer Holmes de la drogue. Il le fera par l’hypnose. Une technique qui fera remonter chez Holmes des angoisses profondes. Des angoisses qui se traduiront en cauchemars. A la fin du récit, on comprend facilement que l’étude de Holmes va permettre à Freud de….mettre au point sa fameuse interprétation des rêves.

Sherlock Holmes est clairement présenté comme un quasi-aliéné paranoïaque dans ce film (ce que tant à démontrer la flamboyante et hallucinée prestation de Nicol Williamson). La première chose que l’on voit de Holmes, est un gros plan sur son oeil. Un oeil de malade mental où transpire la folie. Folie accentuée par le débit saccadé de la voix du détective (du moins, en v.o). Mais qu’on se rassure, Holmes est toujours le brillant logicien que l’on connait. Lors de sa première rencontre avec Freud, il déduit toute la vie du praticien viennois grâce à ses dons d’observations. Freud admire sa méthode mais condamne, par la suite, ce que le détective inflige à son intelligence et à ses proches, en se droguant. Le spectateur est mis à la même place que le docteur Freud: celui d’observateur d’un cas clinique. Et quel cas!

Néanmoins, Holmes, Watson (Robert Duvall, l’un des meilleurs Watson que l’on connaisse) et Freud devront porter secours à une cantatrice célèbre, Lola Deveraux (Vanessa Redgrave). Holmes, en plein doute sur ses capacités, ménera l’affaire à bon port. Le personnage de Lola, une ancienne toxicomane, amène de l’émotion. Holmes, reconnaissant en elle quelqu’un qui a connu l’enfer de la drogue, éprouve de la compassion face à son sort. Meyer équilibre merveilleusement son récit. Quant à Herbert Ross, sa réalisation classique et élégante assure le reste. Il se fend même d’une poursuite en train et d’un duel final à l’épée efficaces et entraînants. A signaler aussi, l’évocation de l’antisémitisme naissant dans l’empire austro-hongrois de la fin du 19ème siècle, via l’antagonisme entre Freud et le baron Otto. Mais c’est Freud qui remportera la partie contre lui, symbolisant le triomphe de la psychiatrie sur les vieux préjugés d’un ancien monde.

The Seven Per Cent Solution, malgré quelques menus défauts (de petites éllipses narratives, par exemple) reste l’un des meilleurs films consacrés à Sherlock Holmes. Et qui éclaire le Grand Hiatus d’un autre oeil…

Sherlock Holmes Attaque L’Orient-Express (The Seven Per Cent Solution) de Herbert Ross, avec Nicol Williamson, Robert Duvall et Allan Arkin, en DVD Zone 2 chez Universal.

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Watson, Holmes et leur fidèle limier, Toby.

FRENCH CONNECTION (1971)-La colère de Popeye

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Buddy Russo (Roy Scheider) et Jimmy Doyle (Gene Hackman), en planque, sous la pluie de New-York.

Dans les rues de New-York, une voiture fonce à toute allure. Au volant, un homme déterminé et farouche. Son nom: Jimmy Doyle. Mais tous ses collègues de la police le surnomment Popeye. Car Popeye est policier. Il travaille aux Stups. Il lutte contre le trafic de drogue. Là, il est lancé à la poursuite d’un tueur à gages français qui travaille pour la fameuse French Connection, la « Filière Française ». Ce tueur est dans une rame de métro. Il menace le conducteur avec son arme afin que ce dernier n’arrête pas la rame dans les stations. Le tueur veut échapper à Popeye. Il met en danger la vie des passagers. Et Popeye fonce. Sa voiture suivant le parcours, en parallèle, de la rame de métro. Car l’homme qu’il traque a essayé de le tuer, quelques minutes auparavant. Il a tué une passante innocente. La poursuite se finira mal pour un des deux hommes.

Cette poursuite dantesque a fait entrer le réalisateur William Friedkin (L’Exorciste, Cruising, Police Fédérale Los Angeles, Killer Joe) au panthéon des grands réalisateurs hollywoodiens. C’est devenu une scène culte, au même titre que la poursuite en voitures de Bullitt. Réalisé et montée au cordeau, elle est (encore aujourd’hui) un modèle d’efficacité et de suspense. Mais ramener le film de Friedkin à cette seule scène, serait réducteur.

L’histoire du film est basée sur l’enquête visant la fameuse French Connection, dans les années 60. Une enquête qui précipitera la chute de ce mouvement criminel. Pour faire simple, des gangsters français, basés à Marseille, exportaient de l’héroïne aux Etats-Unis où ils la revendaient aux parrains italo-américains de la Côte Est, qui l’écoulaient sur le marché américain. Un animateur de télé français, Jacques Angelvin, y fut mêlé.

Mais ce qui intéresse le plus Friedkin, ce ne sont pas tant les ramifications internationales de ce trafic que l’enquête des deux policiers des Stups, Jimmy Doyle (Gene Hackman) et Buddy Russo (Roy Scheider). Le précepte de mise en scène érigé içi par Friedkin est simple: tout est filmé avec réalisme. Friedkin, comme bon nombre de jeunes réalisateurs américains de l’époque (ceux qui ont formé le Nouvel Hollywood, comme Scorsese, Coppola ou Spielberg) était fasciné par les cinéastes français de la Nouvelle Vague des années 60 (Godard et Truffaut, entre autres). Ceux-ci se sont coupés des règles du cinéma classique, sont sortis des studios et sont partis tourner, avec du matériel léger, dans les rues des grandes villes. Une petite révolution esthétique pour l’époque. William Friedkin, pour son film, décide de marier les codes du polar américain (flics solitaires et pugnaces, gangsters violents et impitoyables) avec une approche réaliste héritée de la Nouvelle Vague.

En résulte un film toujours en mouvement. On ne compte plus les scènes, filmées caméra à l’épaule, où le réalisateur suit les policiers quand ils filent des suspects ou font des planques. Popeye et ses collègues passent d’un trottoir à l’autre, au milieu de la foule, sans perdre de vue les voyous. French Connection est une sorte de ballet, où flics et truands cherchent à se semer mutuellement, dans les rues de New-York. Ceci culmine avec cette formidable scéne de filature où Popeye colle au train d’un parrain français jusque dans le métro. Le truand, non sans humour, arrivera à semer le policier, ce qui énervera beaucoup ce dernier.

Le réalisme de la mise en scène s’allie içi au réalisme des décors et des situations. Friedkin montre la réalité telle quelle, sans fioritures. Les bars y sont louches et mal famés. La fusillade finale se déroulera même dans un entrepôt abandonné, sale, dégoulinant et suintant une humidité malsaine par ses murs. On est loin du glamour des années 40 et de Humphrey Bogart! Tout cela s’étend à l’enquête des policiers et à leurs méthodes, parfois violentes et borderlines. Car les flics des Stups de l’époque n’avaient aucun moyens et leurs enquêtes étaient trés dures. Il fallait mettre les mains dans le camboui!

Mais ce qui reste le plus important dans ce film est la personnalité de son « héros », interprété par un Gene Hackman incroyable et magnifique. Popeye est un homme en colère. Têtu, déterminé mais en colère. En colère contre les dealers, contre ses supérieurs qui ne l’écoutent pas, contre ses collègues qu’il juge trop timorés. Le seul qui trouve grâce à ses yeux est son collègue Buddy Russo, lui aussi déterminé mais plus calme et réfléchi. Il est le seul à pouvoir calmer et à comprendre Popeye. Le regretté Roy Scheider livre aussi une solide interprétation. Mais il ne pourra pas sauver Popeye de sa fureur. Celui-ci, en traquant sa némésis, à la fin du film, commettra un acte irréparable. Friedkin le filme alors qui disparait au fond d’un décor sordide, perdu à jamais dans son propre enfer.

French Connection remportera 5 oscars en 1972: Meilleur Film, Réalisateur, Acteur (Gene Hackman), Scénario Adapté et Montage. Et c’était pas volé!

French Connection de William Friedkin, en dvd Zone 2 chez Fox Video.

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Popeye, un personnage inoubliable, incarné par le grand Gene Hackman.

OBSESSION (1975)- Déjà-vu

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Michael Courtland (Cliff Robertson) face au fantôme d'un amour décédé....

 

Résumé:  Nouvelle-Orléans, 1959, Michael Courtland, un riche promotteur immobilier, perd sa femme et sa fille à la suite d’un enlèvement raté. 15 ans plus tard, Courtland rencontre à Florence, une étudiante, sosie de sa femme décédée. Le jour de leur mariage, la jeune fille est enlevée. Le cauchemar recommence…

Décryptage: En 1974, le réalisateur Brian DePalma, qui sort tout juste du tournage de Phantom of the Paradise, rencontre le scénariste Paul Schrader, futur auteur du script de Taxi Driver et futur réalisateur de American Gigolo. Schrader avait écrit, un an auparavant, un article élogieux sur l’un des films de DePalma, Sisters (1973). Les deux hommes sympathisent et discutent cinéma et notamment d’un réalisateur qu’ils vénèrent tous deux: Alfred Hitchcock. La conversation roule alors sur l’un des chefs d’oeuvre de Sir Alfred: Sueurs Froides (1958), Vertigo en v.o. DePalma et Schrader se demandent alors si on ne pourrait pas utiliser les thèmes de Vertigo pour en tirer un autre film, radicalement différent. Ils décident d’écrire un scénario. Le premier titre en sera Déjà-vu (en français) mais le studio (Columbia) a peur que le public ne le comprenne pas et boude le film. Il est retitré Obsession. Ce thème de la duplication (içi de Vertigo) est au coeur du film et est sa raison d’être. D’autant que ce n’est pas la première fois (ni la dernière) que DePalma s’amuse avec Hitchcock: ainsi Sisters proposait déjà des références à Fenêtre Sur Cour et Psychose.

Le thème du double est donc au centre de Obsession. Tout d’abord le film est un double de Vertigo. DePalma ne cessera de commenter cet état de fait pendant son film. Ainsi la discussion entre Courtland et la jeune Sandra dans l’église San Minatio à Florence, porte sur une fresque que la jeune femme restaure. La peinture laisse apparaître une autre oeuvre en dessous. Sandra s’interroge: doit-elle restaurer la plus récente ou la détruire afin que la plus ancienne reste? Sous-entendu: avons-nous le droit de copier Vertigo ou devons-nous ne pas y toucher? DePalma, qui plaide pour la liberté artistique, a déjà sa réponse.

Bien sûr, cette scène porte aussi sur l’intrigue du film. Un homme qui a perdu sa femme il y a 15 ans, en trouve le sosie parfait. Doit-il vivre avec le souvenir de son ancienne épouse ou épouser la jeune femme? Est-ce de la nécrophilie? On rejoint Vertigo, à ce moment. Mais DePalma oriente son oeuvre vers la tragédie familiale, ce que n’était à aucun moment le monument de Hitch. DePalma, traumatisé par le divorce de ses parents qu’il a lui-même précipité étant enfant, développe la thématique de la famille brisée. Une thématique qui reviendra souvent dans sa carrière (Pulsions, L’Esprit de Caïn). Le héros de son film est un homme brisé qui vit avec le souvenir d’une morte. Un amour qui le mène à l’obsession. Mais DePalma a aussi un autre angle d’attaque: la trahison du père (qu’il a vécu enfant). Ce thème est aussi trés présent dans sa filmographie (Furie, Mission:Impossible). De Palma l’avoue, il s’identifie à « l’enfant vengeur » dans ses histoires. Et il punit souvent le père. Obsession ne dérogera pas à la règle et ce de la façon la plus terrible qui soit.

Car les films de DePalma sont souvent des pièges pour leurs personnages principaux. Obsession n’est rien d’autre que l’histoire d’un homme qui va revivre son traumatisme passé et à qui une seconde chance est offerte.  La plupart des protagonistes « depalmesques » sont des personnes qui répètent tragiquement les mêmes erreurs (on pense à John Travolta dans Blow Out) et qui finissent traumatisés à vie par les actes qu’elles ont commises (Travolta toujours mais aussi Nancy Allen dans Pulsions ou Amy Irving dans Carrie). DePalma traumatisent ses personnages qui ne sont que des pantins effectuant une danse préétablie et qui, ne retenant rien de leurs erreurs, courent à leur propre perte. Si Obsession semble se finir sur un happy-end, il ne déroge pas à la règle. Le personnage de Courtland (émouvant Cliff Robertson), déjà marqué par un évènement tragique, se retrouve face à une révélation qui, non seulement est un nouveau traumatisme, mais qui conduit un autre personnage vers la folie. Un effet « double traumatisme » terrible et dérangeant…

Quant au film lui-même, il est à l’image de son réalisateur: excessif, romantique, manipulateur et limite putassier. Car DePalma cultive l’amour du style pour le style, le cinéma pour le cinéma et se soucie comme d’une guigne de raconter une histoire linéaire avec des personnages consistants.  Avec un sens du commercial et une vulgarité parfois gênante mais toujours jouissive (et qui trouvera son apothéose avec le terriblement vulgaire, virtuose, sexuel et génial Body Double), DePalma est là pour montrer qu’il est un génie de la mise en scène et qu’il ne fait que du cinéma, dans sa forme la plus totale et la plus primaire. Ils utilise souvent des effets grossiers (écrans partagés, ralentis, plans-séquences, caméras subjectives) pour épater la galerie et plonger les spectateurs dans une sorte de piège esthétique qui fascine l’oeil et l’esprit mais qui ne propose aucune leçon ni engagement politique ou culturel. Obsession n’y fait pas exception. Le film baigne dans un romantisme exacerbé, parfois délétère, aux allures de rêve (ou de cauchemar) éveillé. La photographie de Vilmos Zsigmond est, de ce point de vue, d’une beauté surnaturelle et vaporeuse. Entre La Nouvelle-Orléans et Florence, on assiste à un ballet filmique dont le gothisme et le romantisme éxagérés font penser furieusement à Edgar Poe, sentiment renforcé par cet amour perdu puis retrouvé par-delà la mort. Au niveau des figures stylistiques, DePalma met un peu la pédale douce par rapport à d’autres de ses films, hormis un ralenti final de toute beauté et une caméra tournoyante qu’on lui a beaucoup reprochée, alors qu’elle fait référence de la plus belle et de la plus triste des façons à une scène du début du film.

Avec Obsession, DePalma a inauguré une trilogie dans son oeuvre: celle des personnages principaux revivant un traumatisme et qui doivent vivre avec leur culpabilité. Les deux autres films sont Pulsions a/k/a Dressed To Kill (1980) et Blow Out (1981). C’est aussi la trilogie de pratiquer l’art pour l’art pour ce cochon de DePalma, et dans le cochon, tout est bon!

Obsession de Brian DePalma, avec Cliff Robertson, Geneviève Bujold et John Lithgow, en DVD Zone 2 chez Wild Side dans une copie somptueuse sortie le mois dernier.

SCREAM (1996)-La nuit du cri

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Casey (Drew Barrymore) menacée par un tueur invisible mais pourtant proche.

Résumé: Un tueur masqué cinéphile, fan de films d’horreur, terrorise les adolescents de la ville de Woodsbooro. Ses armes: un téléphone et un grand couteau.

Contexte: Le slasher-movie est un sous genre bâtard du cinéma d’horreur. Il s’agit d’un film où un tueur masqué décime un groupe de jeunes adolescents (généralement bien cons) à l’arme blanche. Il est né avec les films Black Christmas (1974) de Bob Clark et surtout Halloween (1978) de John Carpenter. L’énorme succés de ce dernier va donner naissance à toute une série de suites et de copies, plus ou moins inspirées. La mode du slasher-movie est née. Ces films ne coûtent rien aux producteurs et leur rapportent beaucoup d’argent. Jusqu’en 1985, la formule est gagnante, avec des titres comme Le Bal de l’Horreur, Massacre dans le Train Fantôme, Vendredi 13,etc. Mais à partir de 1985, le jeune public se lasse et se détourne du slasher. Le genre ne fait plus recette et les films sont de plus en plus nuls. Le slasher va lentement mourir.

Mais tout va changer en 1995. Un jeune scénariste américain ,au chômage, décide d’écrire un slasher. Son nom: Kevin Williamson. Fan du chef d’oeuvre de John Carpenter, Halloween donc, il décide d’écrire LE slasher des années 90, adapté au public jeune de l’époque: la génération MTV. Il accouche d’un scénario baptisé A Scary Movie (« Film Effrayant » en v.f) et fait le tour des maisons de production avec. Et là, tous sont soufflés par la qualité du script. Les propositions affluent. Oliver Stone (oui, celui de JFK!) s’intéresse même au projet. Mais Williamson ne donne pas suite car on lui demande d’édulcorer son histoire, ce qu’il refuse. Finalement, l’offre la plus alléchante vient des fréres Weinstein et de leur filiale fantastique, Dimension Films. Le script sera filmé tel quel. Seul le titre change: Scream (« cri »). Wes Craven, le papa de Freddy himself, est chargé de la réalisation. La suite entre dans l’histoire. Scream sort le 25 décembre 1996 aux States et devient le premier film d’horreur à franchir la barre des 100 millions de dollars de recettes sur le sol américain. En France, à sa sortie durant l’été 97, il fera prés de 2 millions d’entrées.

Le film devient culte pour toute une génération. Il relance l’industrie moribonde du film d’horreur. Son succés a encore des répercussions aujourd’hui. Il a aussi donné naissance à une courte vague de néo-slashers (Souviens-toi l’été dernier, Urban Legend) qui s’est rapidement échouée sur le rivage. Mais surtout, Scream connaîtra trois séquelles. Deux autres succés au box-office: le sympathique et réussi Scream 2 (1997) et le trés mauvais Scream 3 (2000). Et un échec cuisant et injuste pour l’excellent Scream 4 (2011).

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Les jeunes héros de Scream.

Décryptage: Dés la première scéne, le film prend le spectateur à la gorge et ne le lache plus. Dans une maison, une jeune fille (incarnée par Drew Barrymore) passe la soirée seule, ses parents étant sortis. Elle reçoit le coup de téléphone d’un inconnu qui semble, de prime abord, se tromper de numéro. Finalement, ils sympathisent et flirtent gentiment. Mais cet inconnu se révèle être un psychopathe. Il va terroriser la pauvre lycéenne. Il lui pose des questions sur les films d’horreur. Si elle ne répond pas, elle meurt. Longue d’une douzaine de minutes, cette scène est un modèle du genre. On suit la jeune fille dans sa maison. On sursaute avec elle. La tension est à son comble. Craven en profite pour donner une leçon de mise en scène: le suspense est rigoureux et l’espace trés bien utilisé. On est proche de Alfred Hitchcock. D’ailleurs, le film aura une autre référence au cinéma de Hitch, au début de l’acte final. Mais la première scène de Scream se finit d’une façon éprouvante, violente et dramatique. A ce jour encore, elle demeure une référence dans le cinéma d’horreur, au même titre que le prologue du Halloween de Carpenter.

Le reste du long-métrage tient toutes ses promesses et marche admirablement sur deux tableaux. D’abord, Scream est un slasher rigoureux, pur et dur avec tueur masqué et énigme quant à son identité. On soupçonne tous les personnages que l’on rencontre. Chaque entrée dans le champ, chaque réplique, chaque regard peut-être interprêté comme un indice et alimente la paranoïa des protagonistes et du spectateur. De plus, le film reprend les personnages-types du slasher: la jeune vierge courageuse (formidable Neve Campbell), son fiancé taciturne (l’extraordinaire Skeet Ulrich), le copain blagueur (Matthew Lillard), le lycéen cinéphile (Jamie Kennedy), la bimbo (Rose McGowan), l’adjoint benêt du shériff (hilarant David Arquette), la journaliste arriviste (Courteney Cox). Les meurtres sont assez brutaux (mais les auteurs iront plus loin dans les opus suivants, surtout le 4), les apparitions du tueur font sursauter. Le suspense est total jusqu’au twist final, assez inattendu et malin.

Mais ce qui distingue Scream, c’est son humour…trés noir! Williamson a brillament anticipé le fait que les spectateurs connaissent les codes du slasher-movie et sont blasés. Ses personnages seront donc le reflet de ce public. Ils commentent les films d’horreur, se moquent de leurs clichés et se prétendent plus malins que le tueur. C’est une erreur car ce qu’ils vivent est bien réel. Un meurtre n’est pas une blague et reste choquant. D’autre part, les personnages sont eux-même les protagonistes du genre de films dont ils se moquent. La mise en abîme est assez futée. Et finalement, ils feront les mêmes erreurs que les victimes des films d’horreur, des erreurs qu’ils prétendaient ne pas commettre. Et voilà quel est l’angle d’attaque de Wes Craven et Kevin Williamson: se moquer d’un genre, en proposer une critique et une relecture tout en faisant un film classique du dit genre. Le second degré règne en maître. Par exemple, Sidney (Neve Campbell) fustige les blondes stupides qui se réfugient à l’étage au lieu de sortir de la maison. Quand le tueur l’attaquera, ….elle montera à l’étage. Quant à la blonde de service, elle s’avérera plus coriace que le tueur ne le croyait!

La dernière partie de Scream va plus loin dans la mise en abime. Durant une fête, le tueur va frapper alors que les jeunes regardent Halloween en v.h.s. Et Craven de calquer son rythme sur le film de Carpenter, en utilisant les ressorts et bien sûr la musique, içi en fond sonore. Ce qui ne se passait qu’à l’écran vient de contaminer le réel. Craven poursuit le travail qu’il avait commencé avec le brillant Freddy sort de la Nuit (1994). Sur ce plan, il ira encore plus loin dans Scream 2 et 4. D’autant que Craven ajoute un élément pertubateur: l’effet retardateur. Aidé de son caméraman, la journaliste cache une caméra dans la maison des jeunes pour essayer d’avoir un meurtre en direct. Malheureusement, un fois dans le camion-régie, elle se rend compte qu’elle capte les événements en différé de 30 secondes! Les protagonistes assistent, impuissants à ce qui se déroule dans la maison et ont beau crier: »Attention derrière toi! », rien n’y fait, ils ont 30 secondes de retard! Comme quand on regarde un film d’horreur pour la 250ème fois et qu’on met en garde les personnages alors que leur destin est immuable. D’autant que dans Scream, 2 personnages observent, dans le camion-régie, un troisième qui regarde Halloween en exhortant Jamie Lee Curtis à faire attention, tandis que le tueur s’approche derrière lui! 

Voilà ce qui fait le sel d’un film comme Scream. il enfreint et se moque des règles d’un genre, tout en épousant ses codes narratifs. D’autre part, Wes Craven se permet une apparition (comme Hitchcock dans ses films) où il fait référence à un de ses personnages cultes. Le genre de chose qui ravit les fans!     

Scream de Wes Craven, en dvd Zone 2 chez GCTHV.

ATTENTION! A NE LIRE QU’APRES AVOIR VU LE FILM!

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Courteney Cox, Jamie Kennedy et Neve Campbell: attention, devant vous!

Le dénouement de Scream est assez unique dans les annales du slasher. En effet, contrairement à d’habitude, il y a deux tueurs complices: Billy Loomis et Stuart Marker. Mais c’est le premier, le véritable cerveau de l’affaire. Le deuxième étant plus un demeuré, symbole de ces jeunes décrébrés qui passent leur temps devant la télé. La personnalité de Billy Loomis est assez fascinante (tout comme l’interprétation de Skeet Ulrich). Le tueur est içi un metteur en scène qui décide de « réaliser » son propre film d’horreur. Il se montre malin, cruel et inventif. C’est un tueur cinéphile et ses camarades n’ont aucune chance contre lui. Ses références sont plus anciennes. Il prend un complice, le fait appeler quand lui-même est emprisonné au commissariat pour se disculper. Ce qui lui permettra aussi de monter sa propre mort. Cela rappelle fortement des films comme L’Assassin Habite au 21. D’autre part, une fois démasqué, il cite la réplique culte du Psychose (1960) de Hitchcock: We all go a little mad (on est tous un peu fou à notre façon).

Car Billy est un petit garçon traumatisé par le fait que sa mère a quitté son père et n’est jamais revenue. L’absence et la présence lourde d’une mère, comme dans Psychose. Sa première victime sera la mère de Sidney, car elle avait couché avec son père et précipité le départ de sa propre mère. On le voit, c’est un traumatisme ancien pour un jeune homme qui a ruminé sa vengeance en regardant des films. Il deviendra même le petit ami de Sidney pour la manipuler et la traumatiser à son tour. Dans les films d’horreur, la vierge survit. Billy la déflore pour qu’elle devienne une victime comme les autres. « Quel effet ça fait de coucher avec un psychopathe? » lui rappelle-t-il cruellement à la fin du film. Et Sidney elle-même est marquée par la mort de sa mère. Un événement crée par le tueur/réalisateur. Mais la rendre orpheline de mère ne lui suffit pas…

A la fin du film, Sidney devra vaincre Billy et Stu avec leurs propres armes: de l’intelligence, un téléphone et un masque. Ironiquement, c’est en sortant d’un placard dans le costume du tueur, qu’elle porte le coup fatal à Billy. Enfin, presque fatal….

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VIDEODROME (1982)-Nouvelle chair

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Max Renner (James Woods) va débuter une étrange scéance SM dans le monde de Vidéodrome.

 

 

« Je vois à l’intérieur des images, des couleurs,

 qui ne sont pas à moi, qui parfois me font peur.

Sensations, qui peuvent me rendre fou… »

Téléphone, « La Bombe Humaine »

Résumé:  Max Renner (James Woods) est le patron d’une  petite chaîne de télévision, Civic TV, spécialisée dans le porno et la violence. C’est un homme cynique toujours en quête d’un programme qui sera plus violent, plus porno. Un jour, un de ses techniciens capte, depuis la Malaisie, une chaîne de télé pirate, Vidéodrome, montrant une femme se faisant torturer et ce dans un style proche du snuff movie. Renner, fasciné, veut immédiatement en savoir plus et décide d’enquêter afin d’acquérir ce programme. Ce qu’il va découvrir va le conduire dans un cauchemar sans retour…

Décryptage: Voilà sans conteste l’un des films les plus fascinants et les plus réussis de David Cronenberg. Le cinéaste canadien y poursuit le travail et la réflexion entamés sur Chromosome 3 (1979) et qu’il portera à son paroxysme dans La Mouche (1986). Il traite, dans ses films, de la relation entre l’esprit et la chair. Dans Chromosome 3, le personnage de Samantha Eggar somatisait physiquement son mal-être mental et donnait naissance à une progéniture monstrueuse. Le corps humain, chez Cronenberg, se modifie sous l’effet du psychisme de ses protagonistes et engendre la création d’une « nouvelle chair ». Dans Vidéodrome, sous l’effet de pulsions sexuelles refoulées, Max Renner est victime d’hallucinations où il violente sa petite amie. Cette dernière (incarnée par Deborah Harry, la chanteuse du groupe Blondie) est elle-même une adepte du sado-masochisme. Elle veut que Max la brûle avec une cigarette. Celui-ci, d’abord réticent, se laissera convaincre. Il lui fera aussi, avec une aiguille, des trous dans le lobe de l’oreille. Les fantasmes influent donc sur le corps humain.

Mais Cronenberg va pousser le bouchon encore plus loin. Sous l’effet du programme Vidéodrome, le corps de Max va muter. Une fente apparait sur son ventre qui va lui servir de réceptacle pour cacher une arme (fantastiques effets de maquillage du génial Rick Baker). Mais Max est transformé en magnétoscope humain par le patron, sans scrupules, de Vidéodrome. Il suffit de lui insérer une cassette VHS dans la fente pour le programmer et lui faire accomplir des meurtres. Métaphore évidente de l’Homme moderne qui subit les images bruts des médias et dont l’esprit est facilement influençable et malléable. Car le film est une véritable réflexion (un réquisitoire?) sur le pouvoir des images en général et de la télévision en particulier. Ces images peuvent être dangereuses. 

Cronenberg nous montre la manipulation de l’esprit par une bande de fachos, qui se cachent derrière Vidéodrome, afin de « réveiller » le peuple américain qui est trop léthargique à leur goût. Ils rendent responsables des gens comme Max de cette décadence. C’est trés ironique: le pornocrate sans scrupules nous semble bientôt plus sympathique que le big boss de Vidéodrome qui s’avérera, au propre comme au figuré, encore plus pourri de l’intérieur que notre « héros ».    

Un « héros » incarné par un James Woods génial de cynisme mais aussi bouleversant quand il découvre qu’il a été le dindon de la farce. L’acteur a un visage d’une expressivité hallucinante, passant de la concupissence à la détresse la plus totale en un battement de cils! Max Renner est un personnage fasciné par le sexe et la violence qui va choisir (car il a le choix) de céder à ses pulsions les plus noires. Un personnage terriblement humain et faible, en définitif. Un homme captivé par les images au point d’y pénétrer pour participer à l’action. Cronenberg brouille notre perception du réel et on ne sait plus si on est face à la réalité ou non. A l’image du professeur Oblivion qui ne communique que par VHS interposées avec les autres, car c’est pour lui la seule réalité. On ne verra ce personnage qu’à travers un écran TV pendant tout le film. Ce qui nous vaut une idée complètement barrée mais incroyablement pertinente: la Mission Cathodique (!) du professeur qui dispense une dose quotidienne de nourriture et de télévision (!) aux pauvres.

Quant à la fin du long-métrage, elle reste ouverte: Max a-t-il vécu tout ça ou a-t-il tout halluciné? Les images l’ont-elles rendu fou? Et quant est-il de nous? C’est ce que semble nous demander Cronenberg à travers ce court film (84 minutes) sombre,  pessimiste, froid,  clinique et..assez gore (comme d’hab chez Cronenberg!). Un film d’horreur psychanalytique dont lui seul a le secret. Un film hallucinant et trés visionnaire. Et malheureusement toujours d’actualité, 30 après sa sortie.

Vidéodrome de David Cronenberg, avec James Woods et Deborah Harry, en DVD Zone 2 chez Universal Video. 

N.B: en 1999, Cronenberg, en adaptant le roman Existenz de Christopher Priest, fera un quasi-remake de Vidéodrome mais situé dans l’univers virtuel du jeu vidéo. Et malheureusemnt, le résultat est beaucoup moins convaincant que Vidéodrome…

MONSTRES ET MERVEILLES (1987)-Il était une fois

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Le conteur (John Hurt) et son chien (Brian Henson)

 

Résumé: Dans un château quelque peu délabré, un vieil homme (John Hurt) raconte des histoires à son chien, au coin du feu.

Liste des épisodes: 

1- Le géant sans coeur

2- La quête de la peur

3-Le soldat et la Mort

4-La promise

5-L’enfant de la chance

6-Les trois corbeaux

7-Une histoire en moins

8-Hans Pique-doux

9-Belle Chagrin

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Le splendide griffon de L'enfant de la chance: amateur de chair humaine!

 

Contexte: En 1986, Jim Henson (créateur du Muppet Show et de Fraggle Rock) sort fatigué de l’aventure Labyrinth, son deuxième long-métrage de fantasy aprés Dark Crystal. Labyrinth s’avère être un échec artistique et commercial. Et surtout, Jim Henson se montre déçu de sa collaboration avec George Lucas, le producteur du film. Un Lucas qui oriente le projet du côté de la comédie familiale un peu lourde, alors qu’à l’origine il s’agissait d’une version sombre d’Alice au Pays des Merveilles. De plus, la rumeur (largement confirmée par des témoins de l’époque) veut que Lucas ait complétement remonté le film en post-production. Bref, Henson est esseulé aprés cette malheureuse expérience. Pour rebondir, il se tourne vers la petite lucarne qui lui a déjà tant apporté. Il s’associe avec le producteur Duncan Kenworthy, qui produira par la suite Quatre Mariages et un Enterrement (1994) ainsi que le téléfilm Les Voyages de Gulliver (1996). Les deux hommes se sont rencontrés sur Dark Crystal où Kenworthy était producteur associé. Ce dernier a toujours été intéressé par l’univers des contes de fée, en particulier ceux des frères Grimm. Il propose à Henson de travailler avec lui sur une série adaptant ces contes. Henson, lui aussi amateur de fantasy, accepte. Il devient le producteur éxécutif de la série, en supervisant tous les aspects narratifs et visuels  avec la collaboration du designer Brian Froud, son « bras droit » sur Dark Crystal et Labyrinth. Les effets spéciaux, et notamment les créatures en animatroniques (marionnettes animés  »à la main » et avec des mécanismes) sont confiés à la boîte de Jim Henson, le Henson’s Creature Shop. Les adaptations sont signées par le scénariste Anthony Minghella (futur réalisateur du Patient Anglais). Côté réalisation, Jim Henson en signe deux (Le géant sans coeur et Le soldat et la Mort), les autres sont assurées par Steve Barron (épisodes 2, 8 et 9), Peter Smith (La promise), Jon Amiel (L’enfant de la chance) et Charles Sturridge (Une Histoire en moins). Côté casting, le conteur est joué par John Hurt (Elephant Man, Midnight Express, Alien) et son chien par Brian Henson (fils de Jim) qui s’occuppe de son animation et de son doublage vocal.  Pour le reste, on croise des comédiens encore peu connus (tels Sean Bean) ou d’autres qui commencent à se faire un nom (Brenda Blethyn, Miranda Richardson, Jonathan Pryce ou Philip Jackson). 9 épisodes sont donc tournés. Malheureusement, la série fait un flop (du moins aux USA). Son coût, trop élevé, la condamne. Il n’y aura pas de suite. Sauf une brève résurrection en 1995, les Mythes Grecs, avec Michael Gambon en lieu et place de John Hurt. Mais là aussi, ça ne marche pas. Par contre, la série rencontre un petit succés en Europe, et devient un peu culte. En France, elle fut diffusée pour la première fois, en décembre 1987, dans la dernière saison de Récré A2 (présentée par Marie Dauphin, Charlotte Kady et Alain Chauffour). C’est là que votre serviteur la découvrit.

A noter que le titre original de la série est The Storyteller, littéralement le raconteur d’histoire, le conteur donc!

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Un trés étrange monstre aquatique (La quête de la peur)

 

Décryptage: Il y a une chose qu’on ne pourra jamais ôter à Jim Henson: c’est sa volonté de ne jamais prendre les enfants pour des crétins (comme Hayao Miyazaki d’ailleurs). L’humour non-sensique du Muppet Show est là pour le prouver. Monstres et Merveilles ne fait pas exception à la règle. Car ce qui fait d’abord la réussite de la série c’est que la noirceur des contes originels n’est jamais éludée et édulcorée. Les thèmes abordés par la série sont sérieux et n’ont rien de joyeux: inceste, infanticide, mort, pouvoir qui corrompt, innocence perdue (passage enfance/âge adulte), etc. Le traitement est donc adulte et un peu sombre. Mais Henson veut parler à toute la famille et surtout aux enfants. L’aspect merveilleux et le plaisir enfantin des contes ne sont jamais sacrifiés pour autant. Henson veut simplement montrer aux enfants la cruauté du monde qui les entoure, tout en les enchantant. La preuve avec Le Géant Sans Coeur où un enfant fait la douloureuse expérience de la trahison en amitié ou avec La Promise où une jeune fille est séquestrée par un troll qui en a fait son esclave (violence domestique). L’inceste dans Belle Chagrin et l’infanticide des Trois Corbeaux montrent aussi la cruauté du monde. Mais il y a surtout Le soldat et la Mort (sans conteste le meilleur épisode de la série) où Jim Henson apprend aux enfants que la mort fait partie de la vie et qu’il faut l’accepter sous peine de vivre dans la folie. On est trés loin de Walt Disney!

Sur le plan visuel, la série est un enchantement de tous les instants. Les créatures comptent parmi les plus belles sorties des ateliers Henson: un suberbe griffon, des Trolls hideux, un fort étrange monstre aquatique, un magnifique lion blanc, des diablotins inquiétants et drôles, un homme coupé en deux, un géant inquiétant,un curieux homme-hérisson… Mais surtout, il ya le chien du Conteur, doué de la parole: un peu poltron, un peu bougon mais terriblement attachant. Son duo avec le Conteur est irrésistible. Celui-ci est campé de façon impériale par John Hurt. Mais c’est la V.F qui est incroyable: la voix, grave, mélodieuse et hypnotisante de Jean Barney colle admirablement bien à la voix du Conteur. Mais la plus étrange créature de cette série est la Mort elle-même: loin de l’image d’Epinale de la Grande Faucheuse, elle prend içi les traits d’un être petit au visage rond et peu effrayant. Et c’est là que réside toute l’originalité de ce concept.

Au niveau de la réalisation, tout est parfait. Henson souhaitait appliquer les techniques du cinéma à la télévision. D’ailleurs l’effet le plus remarquable est souvent employé au cinéma (notamment dans Millenium Actress de Satoshi Khon ou Keoma de Enzo G. Castellari): c’est l’interraction entre fiction et réalité dans un même plan. C’est à dire que quelquefois, le Conteur et son Chien sont projetés brièvement dans l’histoire au milieu des personnages. D’ailleurs, dans Une Histoire En Moins, le Conteur raconte un épisode de sa vie passée, ce qui nous vaut un petit plan-séquence astucieux où il marche dans la salle de son château…pour se retrouver dans l’histoire qu’il va nous narrer (logique vu qu’il en est le personnage principal).

Monstres et Merveilles est sans conteste l’une des plus belles séries fantastiques des années 80. Dommage que son édition DVD, en 2004, chez LCJ édition, se soit révélée aussi catastrophique: image non retravaillée (ce qui nous vaut des pixels par moments), son 2.0 mono faiblard (un conseil: poussez le volume à fond!), pas de VOSTF ni de VO (scandale!), quant aux bonus, passons cette hérésie sous silence… C’est simple, ce n’est qu’une mauvaise copie de VHS. Mais c’est la seule façon de revoir cette merveille.

Monstres et Merveilles (The Storyteller), 3 DVD (3 épisodes par dvd), zone 2, LCJ édition   

Le chien du Conteur: un peu poltron, un peu bougon, mais trés attachant!

 

 

 

 

 

KRULL (1983)-Un film krulte?

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Le prince Colwyn (Ken Marshall) dégaine son fameux Glaive.

 

Résumé:  Il était une fois un monde paisible et fort éloigné du notre, le monde de Krull. Malheureusement, la Bête débarqua un jour avec son armée de Tueurs, à bord de sa Forteresse Noire venue de l’espace. Car la Bête écume la galaxie et détruit tous les mondes qu’elle visite. Pour tenter d’enrayer la menace, les 2 principaux rois de ce monde décident d’unir leurs 2 royaumes en mariant leurs 2 enfants: le prince Colwyn (Ken Marshall) et la princesse Lissa (Lysette Anthony). Malheureusement, les Tueurs débarquent et massacrent les 2 rois et leurs armées. Lissa est faite prisonnière et emmenée à la Forteresse Noire car la Bête a trés envie de s’unir à elle. Mais Colwyn n’est pas mort! Aidé d’un vieux prophète, d’un magicien de seconde zone, d’une bande de brigands et d’un cyclope, il se met en route pour la Forteresse Noire. La route sera semée d’embuches et révelera le courage caché dans le coeur de nos héros.

Contexte: Il était une fois un film qui révolutionna le cinéma de divertissement, en 1977: La Guerre des Etoiles. Après ce succés, et celui de sa suite, L’Empire Contre-Attaque, en 1980, les studios décident de faire leur Star Wars, dans la perspective de se faire un max de blés. Intention fort louable! Même les Italiens, les Japonais et les Turcs s’y mettent. Star Wars étant un mélange de fantasy et de science fiction (on parlera plus tard de Space Opera), certains producteurs essaient de mixer ces deux éléments pour obtenir un gros carton. Il faut dire que l’Heroïc Fantasy, suite aux succés d’Excalibur et surtout de Conan le Barbare, s’avère trés rentable. C’est ainsi que des films comme Dar l’Invincible voient le jour, et connaissent des succés d’estime. En 82, la Columbia décide de produire son « Star Wars v.s Conan » avec Krull. Un réalisateur prestigieux est embauché, Peter Yates, le metteur en scène de Bullitt (ah, oui, quand même!). Tout le pognon passe dans la location des Studios Pinewood en Angleterre, dans les extérieurs, et dans des décors d’intérieurs assez grandiloquents (mais trés factices à l’écran!) ainsi que dans des effets spéciaux, qui par moments le sont, spéciaux! Fatalement, aucune vedette au casting excepté un Liam Neeson rigolard mais compétement inconnu à l’époque. En 83, Krull bénificiera d’une promo monstre (avec un comic-book Marvel!) et….sera un four monumental au box-office. Il faut dire qu’il sort en même temps que Le Retour du Jedi (ce qui n’aide pas!) et que les critiques sont assassines! Les producteurs sortent ruinés de l’affaire. Mais curieusement, Krull deviendra culte dans la deuxième partie des années 80. Les quelques mioches l’ayant vu en salles se sont certainement empressés de lui faire une promo d’enfer dans la cour de récré. Ce qui fait que sa location en VHS et ses passages à la télé seront des succés. Mais bon, le film ne survit pas aux années 90 et sombre dans l’oubli, excepté pour toute une rirambelle de trentenaires ou quadragénaires nostalgiques.

Décryptage: Il était une fois, durant l’année scolaire 1989-1990, un petit garçon âgé de 10 ans qui regarde beaucoup la télé. Un soir, probablement pendant des vacances scolaires, il regarde un film sur une petite chaîne qui monte. Et ce film lui ravit le coeur. Quand il retourne à l’école, il se rend compte que ses petits camarades ont eux aussi vu ce film. Dans la cour de récré, ces enfants se racontent leurs scènes préférées et les rejouent. Ce film,c’est Krull et le petit garçon, c’est votre serviteur.

Longtemps, des souvenirs, fugaces et inconscients, de ce film ont hanté ma mémoire. Deux images surtout, le fameux Glaive du héros (une sorte d’étoile à 5 lames rétractables) et les métamorphoses en animaux d’Ergo le Magnifique. 22 ans que je n’avais pas vu ce film et que je désespérais de le revoir. Il fut rediffusé sur France 4, il y a quelques années, mais je passais complètement à côté. Mais grâce à Dieu, un ami m’a prêté le dvd sorti en 2001, et complètement introuvable aujourd’hui (à part dans les solderies ou aux puces!). 

Revoir ce film m’a procuré un immense plaisir. Sur le plan strictement nostalgique, c’était même un putain de trip! J’ai eu l’impression d’avoir à nouveau 10 ans et de partir à l’aventure avec le prince Colwyn et ses compagnons. Des tas de sensations et de souvenirs de mes 10 ans me sont revenus. Et à mesure que le film se déroulait devant mes yeux, la mémoire me revenait et un sentiment de déjà-vu faisait son apparition. Du genre: »Ah oui, le cyclope! » « Ergo va se transformer en chien, je me rappelle! » « Mais oui, ils vont enfourcher les Chevaux de Feu, je me souviens maintenant! ». Sur ce plan-là, c’est un pied formidable!

Mais Krull est-il un bon film? Euh…en fait, non! C’est même plutôt un nanar mais un nanar sympa, distrayant et entraînant. Car il y a beaucoup de rythme (sauf au milieu, où l’action piétine un peu) dans ce film. On ne s’ennuie jamais. Les personnages sont irrésistibles, notamment Ergo, le Cyclope ou les brigands. On s’émerveille devant certaines images (les extérieurs sont magnifiques) et certaines scènes (la course des Chevaux de Feu!). La musique de James « Titanic » Horner est somptueuse (tous ses fans la considèrent comme sa meilleure partition). Il y a de l’humour, des combats, tout ce qui faut quoi! Et puis de la magie et des sortilèges: le passage dans les Marais est le plus réussi du film et utilise la figure du double maléfique (Dopplegänger). Par moments le film est même étrange et inquiétant, je pense à la scène de la Veuve de la Toile avec son dialogue particulièrement cruel (la magicienne avoue avoir tué son fils à la naissance). Là, les personnages sont confrontés à leur mort, inéluctable, à l’image du Cyclope qui connait l’heure exacte de sa mort et qui se soumet à son destin non sans un dernier acte de bravoure.

Malheureusement, le film est souvent cheap et démodé. Cela se vérifie avec certains effets spéciaux complètement foirés (même pour l’époque, si on les compare au Retour du Jedi, par exemple): l’Araignée géante (oula!) et surtout le combat final contre la Bête. Alors, là! ça fait mal aux yeux! La Bête est ratée et surtout pas effrayante, un simple figurant dans un costume en latex! Conscient de la catastrophe, Yates (qui a plutôt fait du bon boulot sur ce film) la filme avec un filtre déformant et la noie dans les fumigènes pour qu’on remarque pas trop la déblâcle! Mais le mal est fait!

Et puis surtout, comme ils n’avaient plus de budget, il n’y a AUCUNE figuration! Le monde de Krull est aussi désert qu’un parking de supermarché le dimanche! On a l’impression qu’il y a 10 habitants et basta! Je sais bien que la Bête a massacré beaucoup de monde, mais quand même! Colwyn et Lissa se retrouvent, à la fin, à régner sur un monde où ils auront quoi? 5 sujets? Fichtre, ça vaut pas le coup! A un moment, Liam Neeson est chargé d’aller chercher des victuailles dans un village. On ne le verra pas. La scène d’après, il est déjà revenu avec la bouffe et 2 villageoises.

Bref, Krull est un film culte mais c’est loin d’être un trés bon film. Pourtant, il se regarde sans déplaisir et ne déclenche pas la colère du spectateur. Mais bon, faut peut-être avoir entre 30 et 40 ans pour l’apprécier! La plupart des enfants des années 80 devraient l’aimer et se remémorer des tas de souvenirs à l’occasion. Les autres (les malheureux!) se contenteront de lever les yeux au ciel et de soupirer. Moi, j’assume, j’avais des larmes aux yeux, en le revoyant…

(Je dédicace cette chronique à mon pote Archangel Eddy qui m’a prêté le dvd)

Krull de Peter Yates, en dvd Zone 2 chez Sony/Columbia    

 

USUAL SUSPECTS (1995)-Le coup le plus rusé du diable

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Kobayashi (Pete Postlewhaite) en mauvaise posture face à McMannus (Stephen Baldwin) et Keaton (Gabriel Byrne). Mais qui manipule qui?

 

Résumé: Une nuit, dans le port de San Pedro, en Californie, l’explosion d’un cargo fait une trentaine de morts. Il n’ y a que deux survivants: un marin hongrois gravement brûlé et un petit escroc boiteux de New-York. Tandis que le hongrois est expédié à l’hôpital, le boiteux, Roger « Verbal » Kint (Kevin Spacey) est interrogé par la police et par un agent des douanes new-yorkais, Dave Kujan (Chazz Palminteri). Il va alors lui raconter une étrange histoire où lui-même et 4 autres bandits, réunis par hasard, vont se faire manipuler par un criminel légendaire, Keyser Söze.

Contexte: Il s’agit du deuxième long-métrage réalisé par Bryan Singer, après le toujours inédit Public Access (1993). Le scénario est signé Christopher McQuarrie, un ancien détective privé reconverti dans le cinéma, futur réalisateur de Way of the Gun (2000) et Jack Reacher (2012). Le montage et la musique sont tous les deux effectués par John Ottman. Ce dernier, après l’échec de sa première réalisation, Urban Legend 2, en 2000, ne s’occuppe plus que de composer de la musique de films (Les 4 Fantastiques 1 et 2, Esther, Walkirie, X-Men 2, Gothika ou Superman Returns). Côté interprétation, on retrouve des acteurs peu connus à l’époque du grand public car abonnés aux seconds rôles ou aux films indépendants: Stephen Baldwin (frère d’Alec, William et Daniel), Gabriel Byrne (le futur Satan de La Fin des Temps), Chazz Palminteri (Coups de feu sur Broadway), Kevin Pollack (Des Hommes d’honneur), Pete Postlewhaite (Au Nom du Père), Kevin Spacey (Jeux d’adultes) et le quasi débutant Benicio Del Toro (Permis de Tuer). Le film a coûté 5 millions de dollars. Après sa présentation hors-compétition à Cannes, en 1995, il devient un véritable phénomène et un gros succés (25 millions de dollars de recettes aux States soit 5 fois son budget, 2 millions d’entrées en France). Il remporte 2 oscars en 1996: Meilleur Second Rôle Masculin (Kevin Spacey) et Meilleur Scénario Original (Christopher McQuarrie). Depuis, le film est entré dans la légende , devenant culte pour toute une génération. Grâce à ce succés, Singer s’est fait connaître et a pu réaliser, entre autres, les deux premiers X-Men. 

Décryptage: Ce qui fait la force de ce film, c’est d’abord la grande qualité de son scénario. Dès le début, on est pris par l’histoire et notre intérêt ne faiblit jamais. La structure est habile (des flash-backs durant un interrogatoire). On est scotché à ces 5 malfrats (Verbal, Keaton, McMannus, Fenster et Hockney) et à leur aventure. Mais rapidement, l’intrigue se complexifie. Il ne faut louper aucune image, aucune ligne de dialogue. Chaque danger rencontré par nos 5 anti-héros en amène un autre qui débouche lui-même sur un autre. C’est une construction en poupées russes. On a l’impression d’avoir tout compris dès le départ mais en fait, plus on avance, plus on est perdu et plus l’histoire se révèle être autre chose que ce qu’elle paraissait de prime abord. Tout cela est renforcé par le personnage de Keyser Söze, un génie du crime légendaire (existe-t-il vraiment?) que personne n’a jamais vu mais que la rumeur décrit comme un psychopate machiavélique, déterminé et impitoyable. Une sorte de Marque Jaune ou de Professeur Moriarty des temps modernes, que certains assimilent au Diable en personne. Mais peut-être n’est-il qu’une rumeur ou une légende urbaine? Qui sait? En tout cas, les dangers qu’il fait courir aux protagonistes de cette histoire sont bien réels!

Les personnages sont incroyablement bien campés et les dialogues sont juste formidables. McQuarrie s’est servi de son vécu d’enquêteur privé et ça se sent. Tous les protagonistes sonnent justes et sont authentiques. Il y a aussi de l’émotion, par moments: l’histoire d’amour entre Keaton (incarné par un magnifique Gabriel Byrne) et l’avocate Eddie Finneran. Mais quelquefois, c’est au coin d’un dialogue que cette émotion affleure. Par exemple, quand, à San Pedro, McMannus (Baldwin), juste avant de faire le « gros coup » lance: « Il doit pleuvoir à New-York. » New-York représente là sa vie passée et sa sécurité qui s’est envolée. Quant aux acteurs, ils sont TOUS incroyables et livrent là des interprétations de haute volée. Petit hommage à feu Pete Postlewhaite qui campe un inquiétant avocat, sardonique à souhait.

Outre son formidable scénario qui nous étonne jusqu’à la fin, le film est réalisé de main de maître par Bryan Singer. Chaque mouvement de caméra, chaque cadrage, chaque entrée de personnage dans le champ, traduit quelque chose et nourrit à la fois le suspense de l’histoire et la paranoïa qui s’installe dans l’esprit du spectateur. Même un plan en plongée anodin sur une tasse à café a un sens caché. C’est tout simplement miraculeux pour un deuxième film. Même si Singer n’a rien perdu de son talent (comme le démontre l’excellent Walkirie), il n’a jamais vraiment retrouvé l’état de grâce de sa réalisation sur Usual Suspects. Il est bien secondé par le travail du monteur/compositeur (superbe thème principal) John Ottman et du directeur de la photo Newton Thomas Sigel.

Bref, Usual Suspects est un chef d’oeuvre, un polar noir bourré de chausses-trappes et de retournements de situations innattendus jusqu’à cette fin qui reste l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma.

The Usual Suspects de Bryan Singer, en dvd Zone 2 chez MGM Video.

(ATTENTION!!! A NE LIRE QU’APRES VISION DU FILM!)

Car bien sûr, comme pour Sixième Sens ou Fight Club, ce qui fait tout le sel de ce film, c’est son rebondissement final, à la fois inattendu…et prévisible!    

Mais en fait, il y a deux fins. D’abord une qui est fausse. L’agent Kujan, en écoutant l’histoire de Verbal, déduit que Keaton  est Keyser Söze et qu’il se cache derrière toute cette histoire. Pour lui, Verbal est un faible manipulé par Keaton, qui a monté sa propre mort et fait en sorte que Verbal aille raconter tout ça à la police.

Et puis survient la vraie fin, le véritable Keyser Söze n’est autre que Verbal lui-même, qui n’ayant pu fuir à tant, est arrêté et raconte une histoire fausse de A à Z à la police. Tous les éléments proviennent du panneau d’affichage qui se trouve derrière Kujan durant l’interrogatoire. Car Kujan est obsédé par Keaton qu’il veut coincer depuis des années. Voyant cela, Verbal lui sert une histoire qui amène à la conclusion que c’est Keaton qui a tout combiné. Comme ça, il sera tranquille.

Et c’est là que le film bascule dans la catégorie des oeuvres bênies des dieux. Pendant tout le film, jusqu’au coup de théâtre final, le point d’ancrage du spectateur est Verbal, homme faible et principal témoin de toute l’affaire. On le prend en pitié et on s’identifie à lui. L’interprétation de Kevin Spacey est, à ce niveau, extraordinaire tant on croit en son personnage de minable boiteux influençable. Mais à la lumière de la fin, on se rend compte que le véritable point d’ancrage du spectateur est l’inspecteur Kujan. Comme lui, on veut connaître la vérité. Comme lui, on a pitié de Verbal et on croit en son témoignage. Comme lui, on soupçonne Keaton. Pourquoi? Parce que l’histoire nous influence dans ce sens! En fait, l’inspecteur Kujan est un « spectateur » et Verbal un « réalisateur ». Verbal raconte, plante les personnages et le décor et (comme Singer) nous livre de faux indices. Et le film devient la mise en abyme de notre état de spectateur: manipulé et passif quand on se croyait plus malin. Ce sont toujours les menteurs racontant les plus belles histoires et flattant notre intelligence qui gagnent à la fin.

BEETELJUICE-Les autres (1988)

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affiche française du film

 

Résumé: Adam et Barbara Maitland (Alec Baldwin et Geena Davis) sont un jeune couple installé dans un petit village du Connecticut. Victimes d’un accident de la route, causé par un chien, ils meurent. Ils reviennent, en tant que fantômes, dans leur maison. Mais de nouveaux propriétaires, bruyants et horripilants, s’installent. Même si ils se lient d’amitié avec la fille de la famille, Lydia (Winona Ryder), ils décident de chasser les intrus de leur demeure. N’y parvenant pas seuls, il décide de faire appel à un « bio-exorciste », Beetelgeuse (Michael Keaton). Malheureusement, ce dernier s’avère être une vraie calamité doublé d’un escroc…

Contexte: Il s’agit du deuxième long-métrage de Tim Burton, après Pee Wee Big Adventure, en 1985. Malgré le succés de ce dernier, Burton doit encore prouver son talent à la Warner Bros s’il veut réaliser l’adaptation de Batman que prépare le studio et qui l’intéresse. Il tombe par hasard sur un scénario signé de l’écrivain Michael McDowell et propose à la Warner de le réaliser. Le deal est accepté et Burton recoit 13 millions de dollars de budget dont un seul consacré aux effets spéciaux. Malgré des réécritures de scénario demandées par le studio, Burton boucle son tournage en trois mois et parvient à livrer son film. Beeteljuice sera un succés, remportant 73 millions de dollars aux Etats-Unis, permettant à Burton de réaliser Batman.

Décryptage: Il est remarquable de considérer que Beeteljuice contient toutes les obsessions et les thèmes fétiches de Tim Burton, alors que ce n’est que son second long-métrage. En plus de livrer l’une des meilleures comédies fantastiques de ces 25 dernières années, Tim Burton parvient à imposer un style et un univers uniques dans leur genre.

Tout d’abord, comme dans nombre de ses films, les personnages principaux sont des inadaptés sociaux qui vivent en marge du monde. Bien qu’étant propriétaires et gérants de la quincallerie du village, Adam et Barbara vivent à l’écart, sur une colline où se dresse leur demeure. Une demeure isolée qui surplombe le reste de la ville? Bigre, voilà qui rappelle le château d’Edward (Edward aux mains d’argent), le manoir de Bruce Wayne dans les Batman ou l’usine de Willy Wonka dans Charlie et la Chocolaterie!

Adam est aussi une sorte d’artiste. Dans son grenier, il a reconstitué le village dans une somptueuse maquette, dévoilée dans le magnifique générique d’ouverture sur la musique de Danny Elfman. Comme pour Edward, Ed Wood ou Willy Wonka, l’artiste est un solitaire qui exerce son art loin du monde extérieur, tel un incompris. A travers ce type de personnage, c’est un véritable autoportrait que nous livre Tim Burton. Barbara, quant à elle, se passionne pour les oiseaux. Mais ce couple ressent un manque dans son existence: ils n’arrivent pas à avoir d’enfant. La mort les privera de cette joie. Mais ils se trouveront une fille de « substitution » avec Lydia. « Je veux rester avec Lydia » avouera Barbara à Adam.

Personnage étrange et attachant que cette Lydia! Interprétée à la perfection par une Winona Ryder touchante et espiègle, le personnage est pourtant sombre: une ado gothique dépressive et suicidaire, attirée par la mort. Elle envisage même de mourir pour rejoindre ses nouveaux amis. Burton fut lui même un ado solitaire, préférant regarder des films d’horreur plutôt que de fréquenter ses contemporains. Lydia rappelle fortement Vincent, le petit garçon du court-métrage éponyme de Tim Burton.

Mais le père et la belle-mère de Lydia, Charles et Dehlia Deetz, sont aussi des marginaux dans leur style. Lui est un homme d’affaires qui veut simplement se reposer dans son bureau, loin du stress de la ville. Elle est une sculptrice. Encore une artiste à part, d’ailleurs, tant ses oeuvres sont morbides et hallucinées! Tous les personnages de Beeteljuice sont des marginaux. Les morts de l’au-delà vivent dans un monde à part où ils passent leur temps dans des espaces administratifs (l’administration est-elle synonyme de mort pour Burton?) ou à hanter leurs anciennes demeures sans que les vivants ne les voient, comme Adam et Barbara. Seul Lydia les voit car elle se définit elle-même comme quelqu’un d’étrange.

Beetelgeuse (Michael Keaton dans un rôle de dément! Lubrique, paillard, bref, hilarant!) est lui-même un rejeté . Rejeté par les morts parce que c’est un escroc qui ne pense qu’à 2 choses: revenir parmi les vivants (les morts étant des exclus, revenir à la vie est une hérésie!) et…le sexe! Même si le personnage est maléfique, il est trés drôle et annonce le Joker du Batman.

Beeteljuice reste un film « positif ». Car les époux Maitland et Deetz finiront par apprendre à se connaître et à vivre ensemble . Etre accepté et accepter l’autre: une constante dans l’oeuvre de Burton.  Si les marginaux et les associaux sont rejetés par l’humanité, ils ne doivent pas rester seuls et doivent vivre ensemble pour être plus forts contre le monde extérieur. C’est ce qui arrive aussi à la fin de Mars Attacks! ou Charlie et la Chocolaterie.

Et le film se finit sur la lumineuse Winona Ryder dansant et chantant dans les airs. La petite fille solitaire et angoissée s’est ouverte au monde et aux autres et a guéri de son trauma grâce à deux fantômes bienveillants.

Beeteljuice malgé son humoir noir et son univers macabre assumé, reste une comédie drôle mais aussi trés émouvante. Le film est devenu culte depuis.

Beeteljuice (1988) de Tim Burton, avec Alec Baldwin, Geena Davis, Winona Ryder et Michael Keaton. En dvd Zone 2 chez Warner.

 

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